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Chine : l’origine du scandale des laits infantiles?


Certains pointent du doigt la responsabilité de l'entreprise chinoise Cabio Biotech qui produit une substance de synthèse qui entre dans la composition des laits infantiles. (Photo : afp)

Soupçonnée d’être à l’origine d’une contamination à la céréulide, l’entreprise chinoise Cabio Biotech est désormais au cœur du vaste rappel mondial de laits infantiles tandis que la justice et les familles cherchent les responsables.

Tandis que les plaintes s’accumulent dans le dossier des laits infantiles (lire ci-contre), une entreprise chinoise du nom de Cabio Biotech est montrée du doigt comme produisant la substance de synthèse à l’origine d’une possible contamination de lait en poudre. Ces derniers jours, des géants comme Nestlé et Danone ont procédé à des rappels de laits infantiles dans plus d’une soixantaine de pays depuis décembre en raison d’un risque de contamination à la céréulide, une toxine produite par certaines bactéries.

L’affaire a pris une dimension encore plus alarmante avec la révélation, fin janvier, que deux enquêtes distinctes avaient été ouvertes en France après la mort de deux nourrissons qui avaient consommé du lait infantile d’une marque ayant fait l’objet d’un vaste rappel par Nestlé à cause de la présence potentielle de céréulide.

Le secret de Polichinelle

En France, des sources proches du dossier s’exprimant sous le couvert de l’anonymat, compte tenu de la sensibilité du sujet, ont identifié Cabio Biotech comme le fournisseur d’un certain nombre des industriels concernés. Ces derniers, dans leur quasi-totalité, se sont gardés de nommer la source du problème.

Cependant, le fabricant Nutribio a ouvertement cité Cabio Biotech pour justifier un rappel de produits auquel l’a conduit selon lui une alerte du fournisseur chinois. Cabio Biotech est l’un des rares fournisseurs au monde d’acide arachidonique, indique Foodwatch, organisation de défense des consommateurs. L’entreprise chinoise elle-même revendique dans ses documents boursiers avoir Danone et Nestlé parmi ses clients. Et le ministère français de l’Agriculture a indiqué que les rappels opérés par Nestlé mais aussi Lactalis ou Vitagermine menaient à un même producteur chinois.

À Angers et Bordeaux, la justice enquête déjà sur les décès de deux nourrissons ayant consommé un lait infantile rappelé par Nestlé pour cause de «possible contamination» par une substance d’origine bactérienne, sans «lien de causalité» établi pour l’heure, selon les autorités. À Paris, la plainte contre X vise une série de délits, dont la mise en danger et l’atteinte à l’intégrité physique des nourrissons, la tromperie aggravée ou le manquement aux obligations de sécurité.

Cabio Biotech reste silencieuse

Fondée en 2004, Cabio Biotech a son siège à Wuhan, métropole centrale de Chine. Cette dernière a repris la suite d’une compagnie présentée comme ayant été la première à mener à bien l’industrialisation de l’acide arachidonique dans le pays, avant de commencer à explorer le marché international. L’entreprise est aujourd’hui le principal fournisseur de produits à base d’acide arachidonique en Chine, et revendique plus de 50% du marché intérieur.

Bien que sollicité, Cabio Biotech ne s’est pas exprimée à l’attention du grand public sur une éventuelle contamination de l’huile incriminée. Quant aux autorités, le régulateur a publié le 15 janvier un communiqué réagissant aux rappels opérés par Nestlé «dans certains pays européens». Il disait accorder «une grande importance» à cette affaire, et avoir immédiatement pressé Nestlé Chine de procéder au rappel des produits en question sur le territoire, ce qu’avait fait Nestlé selon lui.

L’industrie locale a déjà connu un précédent et a mis du temps à se remettre d’un scandale retentissant. En 2008, six bébés étaient morts après avoir consommé des laits frelatés et environ 300 000 autres avaient été malades, parfois atteints de sérieuses complications rénales, dues à l’ingestion de mélamine, substance destinée aux colles, aux résines ou aux engrais.

Huit familles portent plainte

En France, l’affaire a connu nouvel épisode judiciaire avec la plainte déposée à Paris par l’association Foodwatch et huit familles, représentant neuf bébés, qui accusent les industriels et le gouvernement de ne pas avoir agi à temps.

«Ils ont été vendus dans le monde entier par des multinationales qui ont commercialisé des produits exposant les bébés à un risque pour leur santé. C’est hors la loi, et Foodwatch est déterminée à réclamer justice et transparence dans cette affaire» assure l’association.

La plainte contre X vise une série de délits, dont la mise en danger et l’atteinte à l’intégrité physique des nourrissons, la tromperie aggravée ou le manquement aux obligations de sécurité.

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