L’Okkasiounsbuttik est un service du CIGL de Differdange. Une quinzaine de personnes envoyées par l’Adem y travaillent chaque jour pour redonner vie à de vieux meubles et se réinsérer professionnellement.
Des morceaux de meubles divers et variés posés de tous les côtés, une odeur de bois et de peinture se sentant à plein nez et des bruits de ponceuse retentissant à répétition… Pas de doute, nous sommes bien aux ateliers de l’Okkasiounsbuttik, au 1535° Creative Hub à Differdange. Une quinzaine de personnes s’y activent pour redonner vie à de vieux meubles.
Luc Poos, le responsable de l’atelier et menuisier de formation, nous y accueille et nous annonce les trois différents services de la maison : récupérer des meubles et les revendre directement en seconde main, retaper et surcycler certains de ces meubles avant la revente, ainsi que réaliser des devis pour refaire des meubles pour des clients. «Nous sommes très sélectifs, alors nous contrôlons la qualité de chaque don. Nous récupérons les meubles chez nos donateurs et clients, les stockons avant de les présenter sur notre site web et dans notre boutique», résume le responsable. En 2025, 558 personnes ont fait don de leurs meubles et 39 devis et 87 meubles «recycling art» ont été réalisés.

Luc Poos est le responsable de l’atelier et menuisier de formation. Pour lui, aider, écouter et guider les gens est un véritable plaisir.
La boutique, où cinq personnes travaillent, se trouve quant à elle au centre-ville de la Cité du fer. Dans le local, devenu d’ailleurs trop petit pour tout exposer, les tables et armoires de seconde main côtoient les commodes repeintes par les équipes et les sets de vaisselle vintage. «Les meubles ne restent jamais bien longtemps… Les gens dans le besoin, ceux qui ont des bons sociaux, les étudiants et les jeunes couples viennent acheter ce dont ils ont besoin et bénéficient d’un rapport qualité-prix imbattable», estime Nadia Arensdorf, coordinatrice des vendeurs. En 2025, 1 606 meubles et 1165 articles de décoration et de vaisselle ont été vendus ici.
Un aspect social et durable
Mais l’Okkasiounsbuttik n’est pas une boutique de meubles de seconde main comme les autres. Il s’agit d’un projet du Centre d’initiative et de gestion local de Differdange (CIGL). Elle emploie donc des «bénéficiaires» de l’Adem en leur proposant des CDD de deux ans. «Le but est de les réinsérer professionnellement», souligne Stéphanie Scholtes, coordinatrice générale adjointe du CIGL. Le centre leur dresse un bilan professionnel, les forme «sur le travail et la vie au Luxembourg», les aide à faire leur CV et à être embauchés.
Et l’Okkasiounsbuttik, c’est l’«une des étapes de cette réinsertion» et l’un des secteurs d’activité que propose le CIGL. «Il faut leur donner une activité régulière et des choses à raconter en entretien», appuie Luc Poos, pour qui c’est un plaisir d’aider, d’écouter et de guider les gens. Et ce, même si le travail proposé est loin de leur métier précédent. C’est le cas de Sara, une bénéficiaire en poste depuis un an : «Au début, c’était difficile, car c’est très différent de mon métier d’avant dans la restauration, raconte-t-elle. Mais au fur et à mesure, j’ai commencé à aimer mon travail.»
S’ils sont à l’aise dans leur travail, ils se sentent mieux et plus confiants
Parfois, travailler à l’Okkasiounsbuttik peut même créer des vocations. Andy est bénéficiaire depuis huit mois : «Quand j’étais jeune, je voulais faire paysagiste. Alors quand j’ai commencé ici, je voulais faire du jardinage! Mais aujourd’hui je voudrais continuer ce travail de restauration de meubles, ça fait du bien de travailler avec les mains», sourit-il. Lui qui a été déclassé éprouve une certaine gratitude d’avoir l’opportunité de retrouver du travail.
Au-delà de son aspect social, l’Okkasiounsbuttik s’inscrit aussi dans une démarche de durabilité en reposant sur le principe de l’économie circulaire. «Cela évite d’acheter du neuf», dit Luc Poos. Mieux, le surcyclage (ou upcycling) évite également de jeter de l’ancien. «D’autant plus que les vieux meubles étaient de bien meilleure qualité… Certains nouveaux meubles sont fait pour ne durer que quelques années!» Le tout, c’est que les personnes trouvent chaussures à leur pied, ou plutôt meuble à leur intérieur.
Un espace de créativité
Et pour ça, il faut qu’il y ait du choix. Justement, dans ce travail de surcyclage, Luc Poos laisse une grande part de créativité aux bénéficiaires : «Chaque meuble comporte un bout de leur personnalité», s’enthousiaste le responsable. Et comme il y a beaucoup de personnalités et de nationalités différentes parmi les travailleurs, les meubles sont tous très différents les uns des autres également.
«Ils font tout le meuble de A à Z», ajoute Luc Poos. Ponçage, peinture et finition comprises. «Et s’ils ne sont pas contents du résultat, ils recommencent ou continuent jusqu’à l’être! Ils ne me montrent leur travail que lorsqu’ils en sont satisfaits», rigole-t-il. Parmi toutes ces étapes, c’est la peinture que Sara et Andy préfère. «Le ponçage, c’est fatigant… Je préfère travailler les couleurs et les détails, ils font la différence», nous dit Sara. «Nous faisons de belles choses avec plein de couleurs!», acquiesce Andy.
Ce travail de créativité vise avant tout une valorisation des bénéficiaires : «S’ils sont à l’aise dans leur travail, ils se sentent mieux et plus confiants», appuie Luc Poos. Sara et Andy en sont la preuve, ils éprouvent tous deux une grande satisfaction à créer de beaux meubles. Le seul point négatif, c’est la durée des contrats. Les bénéficiaires trouvent ces deux années trop courtes et les employés du CIGL voient les équipes changer régulièrement. «Mais il y a toujours une bonne ambiance, c’est le plus important!»