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«L’accord UE–Mercosur ne constitue pas un levier stratégique pour Luxlait»


Soucieux de ses exportations, Luxlait ne vise pas le marché du Mercosur. (Photo : archives lq/didier sylvestre)

Malgré des prévisions de croissance de 102% pour les exportations laitières européennes, Luxlait ne compte pas sur l’accord UE-Mercosur et préfère consolider son modèle coopératif sur le marché continental.

Lorsque l’on tente de distinguer les perdants des gagnants de la signature de l’accord de libre-échange UE-Mercosur, l’industrie laitière européenne fait plutôt partie de la seconde catégorie. Sur le papier du moins, puisque le texte prévoit de faciliter l’exportation vers l’Amérique du Sud en rendant progressivement nuls les droits de douane de certains produits laitiers dans la limite des quotas : fromage (30 000 tonnes), poudre de lait (10 000 tonnes) et lait infantile (5 000 tonnes).

Une baisse des droits de douane sud-américains favorisera aussi le beurre et les yaourts, tandis que la reconnaissance officielle des appellations (AOP, AOC, IGP) devra soutenir les filières de produits labellisés.

«Développer nos ventes sur des marchés proches»

La Commission européenne a ainsi estimé une augmentation nette de 85 millions d’euros pour les exportations, soit une hausse de 102% par rapport au niveau actuel. Quid des bénéfices pour Luxlait, la grande centrale laitière du pays? Cette dernière produit l’emblématique beurre Rose AOP, des yaourts, des boissons lactées ou encore des fromages qui sont tous des produits concernés par les exemptions de douane.

Pas de quoi changer le cap de la coopérative pour autant. «Depuis 2018, la stratégie de Luxlait a clairement évolué. Nous avons volontairement réduit les exportations vers des marchés lointains, à la fois pour des raisons économiques, les coûts logistiques sont importants, et pour des raisons environnementales», fait savoir Gilles Gerard, CEO de Luxlait. «Dans ce contexte, l’accord UE–Mercosur ne constitue pas un levier stratégique pour Luxlait aujourd’hui.»

L’usine de Bissen ne s’apprête donc pas à diriger une partie de sa production vers les pays sud-américains qui sont des clients trop éloignés : «Nous cherchons avant tout à développer nos ventes sur des marchés proches du Luxembourg, comme la France, la Belgique, l’Allemagne, les Pays-Bas, mais aussi l’Italie ou l’Espagne». Avec ces pays, Gilles Gerard loue «une meilleure maîtrise des coûts, une cohérence environnementale plus forte et une proximité commerciale qui correspond davantage à notre modèle coopératif».

 

Gilles Gerard, directeur de Luxlait. (Photo : archives lq/hervé montaigu)

 

Touché par le marché de la viande?

Bien que le leader national ne montre pas d’intérêt pour le Mercosur, «nous restons bien entendu attentifs aux opportunités, y compris sur des marchés plus éloignés, mais uniquement lorsqu’elles ont un réel sens économique et stratégique», prévient le directeur général.

Ce dernier en profite pour clarifier que, «contrairement à certaines idées reçues, Luxlait n’exporte pas directement vers l’Afrique du Nord». Le catalogue contient une gamme de produits du monde qui comprend «des laits fermentés ou des raïbis, destinés à une population à dominante musulmane, mais commercialisés sur les marchés européens». Luxlait se focalise donc sur ses marchés déjà en place, notamment à l’approche du mois de Ramadan, qui débute mi-février prochain, pour lequel «nous produisons plus, car durant cette période il y a une demande bien plus importante».

Gilles Gerard va malgré tout garder un œil sur l’accord UE-Mercosur, puisqu’il s’interroge pour les producteurs laitiers : «Ils seront, peut-être, touchés au travers du marché de la viande avec une moindre valorisation des vaches de réforme». Sinon, «il ne devrait pas y avoir énormément d’impact d’un côté comme de l’autre», avance le CEO, qui prévient tout de même que «retrouver du beurre argentin en Europe, n’est pas une utopie, puisque l’on trouve des beurres américain et néo-zélandais qui sont pourtant soumis à des droits de douane».

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