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Une purge dans l’armée en Chine


Des généraux chinois ont disparu après avoir été limogés par le pouvoir. (Photo : afp)

La retentissante éviction du plus puissant général de Chine poursuit la purge au sommet de l’armée, mais ne devrait bouleverser ni son développement ni ses plans vis-à-vis de Taïwan, selon des experts.

La nouvelle est tombée samedi : figure connue du grand public, considéré comme un allié du président Xi Jinping, Zhang Youxia, 75 ans, fait l’objet d’une enquête pour corruption, mal ancien qui ronge l’institution militaire. Zhang Youxia est vice-président de la Commission militaire centrale (CMC), organe qui dirige l’armée et est présidé par Xi Jinping. Un autre général, Liu Zhenli, également membre de la CMC, l’accompagne dans sa chute.

Lui et Liu Zhenli sont soupçonnés de «graves violations de la discipline et des lois». Leur sort est inconnu, comme les agissements précis qui leur sont imputés. Le quotidien officiel de l’armée dit qu’ils auraient «gravement bafoué et sapé le système de responsabilité ultime qui incombe au président de la CMC» : en clair, manqué de loyauté à Xi Jinping.

Le Wall Street Journal, citant des sources informées sur un briefing de hauts responsables chinois préalable à l’éviction de Zhang Youxia, écrit que ce dernier aurait livré aux États-Unis des secrets sur le programme d’armement nucléaire chinois. L’AFP n’a pas pu vérifier cette affirmation.

Cette purge «est une bombe, dont l’impact est énorme et profond» au niveau politique, affirme Hua Po, commentateur chinois indépendant basé à Pékin. «Le fait de limoger (Zhang Youxia) signifie qu’aucun autre général de l’APL (l’Armée populaire de libération chinoise) ne peut désormais se sentir en sécurité», note Steve Tsang, le directeur de l’institut SOAS China à l’université de Londres.

Xi Jinping mène depuis son accession à la tête du Parti communiste en 2012 une vigoureuse campagne contre la corruption, dans les milieux civils puis militaires. La CMC, qui comprend en théorie sept membres, a été décimée en trois ans : deux ministres de la Défense (Wei Fenghe puis Li Shangfu), sont tombés en 2023, puis le général Miao Hua fin 2024.

«L’armée n’obéira plus qu’à Xi»

Les purges affecteront-elles les capacités militaires? Visiblement pas «de manière significative», affirme James Char, spécialiste de l’armée chinoise à l’université technologique de Nanyang, à Singapour, selon qui elle peut «continuer à fonctionner normalement». Il y a certes «une perturbation dans l’immédiat de la cohésion du commandement», note Niklas Swanström, le directeur de l’Institute for Security and Development Policy (ISDP), organisme de recherche basé à Stockholm. Mais il y a aussi «des bénéfices structurels potentiels à long terme» si «le gouvernement cherche sincèrement à éradiquer» la corruption, note-t-il.

Après la disgrâce des deux généraux, maintenus officiellement pour l’heure à la CMC, seul un membre de la commission garde les faveurs de Xi Jinping. C’est «une concentration du pouvoir militaire sans précédent» autour du président, note Niklas Swanström.

Les futurs remplaçants à la CMC «seront des béni-oui-oui qui n’oseront pas contester Xi», estime Steve Tsang. «Il sera donc davantage susceptible de mal évaluer certaines situations», note-t-il. «Pas bon pour la Chine. Pire encore pour le monde.» «L’armée n’obéira plus qu’à Xi : là où il pointera le doigt, elle frappera», résume Hua Po.

Les experts s’attendent toutefois à une relative stabilité des opérations. «Xi Jinping peut être certain que les stratèges chinois de la défense continueront à poursuivre les deux objectifs qu’il a fixés à l’APL : achever l’essentiel de la modernisation militaire d’ici 2035, puis en faire une force de rang mondial d’ici le milieu du siècle», note James Char.

Un répit pour Taïwan

Que peut craindre Taïwan? L’île et la Chine continentale sont séparées politiquement depuis la guerre civile chinoise, achevée en 1949. Pékin revendique le territoire et dit souhaiter une «réunification» pacifique, sans exclure l’usage de la force. Si la plupart des experts interrogés s’attendent à la poursuite des exercices militaires chinois autour de Taïwan, une invasion semble peu vraisemblable à court terme.

La purge rend «moins probable que Xi valide une quelconque escalade militaire majeure contre Taïwan. Cela rendrait une telle option encore plus risquée qu’elle ne l’est déjà», affirme Neil Thomas, chercheur de l’organisation américaine Asia Society. Car «la capacité de l’APL à mener une invasion d’envergure reste limitée, notamment en raison du nombre encore restreint de brigades amphibies au sein de l’armée de terre», souligne James Char.

Sans compter les problématiques de ressources humaines. Parmi les militaires purgés figurent des hommes «qui disposaient de la plus grande expérience et expertise dans la préparation d’une opération contre Taïwan», note Niklas Swanström. «Leur limogeage pourrait avoir détruit ce savoir-faire historique.»

«Pour Xi, consolider son contrôle à l’intérieur du pays pour assurer un quatrième mandat (NDLR : présidentiel de 2028 à 2033), (…) semble une option plus rationnelle que de lancer une guerre à l’issue incertaine», juge Su Tzu-yun, expert à l’Institut pour la Défense et la Sécurité nationale de Taipei.

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