Face à l’explosion des chats errants et la saturation des refuges, une vaste campagne nationale incite les propriétaires à stériliser leurs animaux, avec un voucher de 100 euros pour alléger les frais vétérinaires.
Au Luxembourg, la question des chats errants n’est pas nouvelle. Voilà déjà plusieurs décennies que l’association «Lëtzebuerger Déiereschutzliga» alerte sur ce phénomène, qui prend de l’ampleur d’année en année : au Déierenasyl, plus de 414 chats abandonnés ont ainsi été accueillis en 2025, contre 340, deux ans plus tôt.
Une véritable «explosion», selon les porte-paroles de l’association. C’est simple, «la saison des chatons 2025 s’est révélée être l’une des périodes les plus intensives de l’histoire du Déierenasyl». Une situation qui devient critique, tant pour le bien-être de l’animal que pour la gestion des structures d’accueil.
Selon les associations et autorités, la multiplication des portées non désirées reste l’un des principaux moteurs de cette surpopulation féline. Une chatte peut avoir jusqu’à deux portées par an, avec plusieurs chatons à la fois, ce qui alimente durablement le nombre d’animaux vivant en liberté ou arrivant en refuge.
Face à cette pression, l’ASBL «Lëtzebuerger Déiereschutzliga» lance une importante campagne de sensibilisation «Castrer. Pucer. Enregistrer», dès le 2 février prochain. L’objectif est d’inciter fortement les propriétaires à stériliser, identifier et enregistrer leurs chats, afin d’éviter les portées spontanées et de réduire les abandons, trop fréquents chaque été.
Une aide financière inédite
Pour convaincre davantage de propriétaires à faire stériliser leur animal, la nouvelle campagne s’accompagne d’un voucher de 100 euros, à télécharger sur le site internet de l’ASBL, et à utiliser chez les vétérinaires. Cette aide (la première de ce type à cette échelle), permettra de réduire le coût de l’intervention, souvent cité comme frein par les propriétaires. L’opération, prévue pour durer deux mois, cible surtout les chats évoluant à l’extérieur, souvent non stérilisés.
«L’idée, c’est que tous les chats avec propriétaire ayant un accès à l’extérieur soient castrés, pour pouvoir se concentrer ensuite uniquement sur les chats errants et d’autres problématiques comme les abandons», explique Loïc Feltgen, responsable de la communication de l’association luxembourgeoise, qui rappelle qu’une loi existe pourtant à ce sujet : celle sur la protection des animaux, datant de 2018, dont «la mise en œuvre reste insuffisante dans la pratique», reconnaît-il.
Pour les chats errants ou sans propriétaire, des capacités supplémentaires seront mises en place, afin de permettre leur capture, leur castration et, après une courte phase de convalescence, leur remise en liberté sur le lieu d’origine. Un formulaire peut être rempli sur le site dédié, afin que chacun puisse signaler la présence d’un chat errant près de chez lui, permettant ainsi une prise en charge. Un budget de 100 000 euros est prévu pour l’ensemble de ces stérilisations.
L’identification : l’autre fléau
Hormis la castration, cette nouvelle campagne s’attaque également à l’importance de l’identification et de l’enregistrement de son animal. Un chat trouvé ne peut en effet être attribué à son propriétaire et lui être restitué que s’il est muni d’un «microchip (NDLR : puce électronique) correctement enregistré dans une base de données». Or, chaque année, environ 300 félins trouvés sont accueillis à Gasperich, mais seuls 15 % d’entre eux peuvent être rendus à leurs maîtres, faute d’identification.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte plus large où les autorités luxembourgeoises et les associations de protection animale rappellent régulièrement que la stérilisation est non seulement un acte de bien-être pour l’animal, mais aussi un moyen efficace de réduire la population féline errante qui pèse lourdement sur les ressources des refuges.

Avec cette nouvelle campagne de castration, l’association a choisi de placer les chats au cœur de son message. Pas de chiffres froids, ni de discours moralisateurs : ce sont les animaux eux-mêmes qui interpellent le public, à travers des portraits et des phrases simples, qui posent un constat. «Filius, 4 ans, FIV positif», «Ella, 4 ans, mère, grand-mère, arrière-grand-mère.»
Derrière ces messages se cache une réalité bien dure. La non stérilisation entraîne en effet une succession de portées épuisantes, souvent dans des conditions précaires, et expose les chats à de nombreuses maladies : infections, tumeurs, virus transmissibles sexuellement ou encore blessures.
En donnant un prénom, un âge et une histoire à ces chats, la campagne cherche à créer ici de l’empathie, et à rappeler que chaque portée non désirée à un coût, avant tout pour l’animal. L’objectif est clair : sensibiliser les propriétaires et montrer que la stérilisation n’est pas une contrainte, mais un acte essentiel de protection et de responsabilité envers nos animaux.