À l’occasion d’un débat organisé par la fondation IDEA, experts et politiques ont analysé la rentabilité et l’intérêt réel des véhicules électriques au Luxembourg, dont la croissance n’est pas encore celle attendue.
En pleine pause déjeuner à la Chambre de commerce ce mercredi, un rendez-vous vient de naître : le débat de midi de la fondation IDEA. Pour cette première, le think-thank a décidé de discuter de l’électromobilité en la présence de François Bausch, ex-vice-Premier ministre et ministre de la Mobilité, Gerry Wagner, porte-parole de la House of Automobile et Frédéric Meys, économiste IDEA.
«C’est un peu notre petite contribution à l’Autofestival» plaisante en introduction Vincent Hein, directeur d’IDEA, qui assure «que nous n’avons pas fait exprès dans le choix de la date», en plein cœur de l’événement annuel du secteur automobile luxembourgeois.
Toujours est-il que le débat du jour tombait à point nommé pour ceux qui seraient tentés d’acheter un véhicule électrique d’ici la fin de l’Autofestival. Pour cause, la première partie de la discussion se lance à partir d’une question fondamentale posée par Vincent Hein : «Est-ce qu’en l’état des prix actuels, les consommateurs ont intérêt à passer du véhicule thermique à l’électrique ?»
«Le gain reste faible»
Afin de répondre à la question du prix, l’économiste d’IDEA Frédéric Meys a présenté quelques résultats de son document de travail n° 34 consacré au marché de l’électromobilité du Grand-Duché. L’expert a, entre autres, étudié le coût de détention de 15 paires de véhicules thermiques et électriques sur une période de six ans pour les achats ou trois ans pour le leasing. «Dans 12 cas sur 15, l’électrique est plus favorable que le thermique mais le gain reste faible, autour de 1 255 euros sur six ans.»
En s’appuyant sur cette différence loin d’être flagrante, l’économiste affirme que «sans primes, l’électrique est moins intéressant que le thermique, avec un surcoût de 4 145 euros». Parmi les obstacles financiers à l’électrification, Frédéric Meys cite donc la dépendance aux subventions et le surcoût à l’achat mais aussi «le coût d’installation d’une borne de recharge chez soi» ou encore «le faible marché de l’occasion et le coût incertain à la revente».
Au-delà des consommateurs, l’électromobilité s’avère surtout coûteuse pour le gouvernement selon l’auteur du rapport. «Une tonne de CO2 évitée coûte entre 533 et 1 252 euros pour les pouvoirs publics» déclare-t-il, très loin de la taxe carbone luxembourgeoise de 45 euros par tonne imposée aux entreprises. Tout ceci explique, en partie, pourquoi l’objectif d’avoir 49 % du parc automobile national en électrique ou hybride rechargeable d’ici 2030 s’annonce délicat : «La tendance actuelle n’est pas suffisante, à ce rythme nous serons entre 17 et 20 % en 2030.»
Encourager et protéger l’électrique européen
Attentifs au constat dressé par Frédéric Meys, Gerry Wagner et François Bausch ont à leur tour pris la parole afin d’aborder les difficultés de l’électromobilité. Tandis que le porte-parole de la House of Automobile soulignait que, malgré les bénéfices, «le coût à l’achat est la chose que regarde en premier le consommateur», l’ancien ministre de la mobilité a assuré que «le prix des batteries va baisser d’ici deux à quatre ans et qu’après, le prix de l’électrique sera le même que le thermique».
Se voulant «plutôt adepte de la carotte que du bâton», la figure du parti déi Gréng a aussi salué la volonté du gouvernement d’instaurer un leasing social. Cette mesure, se voulant accessible grâce à des mensualités réduites, ne séduit cependant pas Gerry Wagner. Ce dernier estime qu’«il ne s’agit pas du bon moyen, car les gens qui acceptent l’électrique sont ceux qui ont une maison et peuvent installer une borne». De fait, «la cible du leasing social n’est pas propriétaire.»

L’ex-ministre de la mobilité François Bausch salue l’instauration du leasing social. (Photo : Editpress/ Julien Garroy)
Les deux invités s’accordent par contre sur le retard pris par l’industrie européenne sur le volet électrique. «Si nous ne faisons rien d’ici cinq ans, les voitures chinoises, sud-coréennes et américaines nous anéantiront» alerte François Bausch, qui déplore la dépendance aux technologies étrangères.
Pour l’avenir, Gerry Wagner mise notamment sur l’importance centrale de l’aménagement du territoire afin de promouvoir l’électromobilité, ainsi que sur l’apport futur des voitures autonomes électriques, actuellement en test à travers le pays. Une vision que partage l’ex-ministre qui voit dans l’autonomie un moyen de créer des flottes partagées, puisque «la voiture a sa place dans la société mais il faut investir dans d’autres modes de mobilité».