Deux cents personnes étaient réunies mardi dans la capitale pour honorer la mémoire des victimes de la Shoah et réaffirmer l’urgence de la lutte contre l’antisémitisme.
Au pied de la cathédrale Notre-Dame de Luxembourg, près de deux cents personnes se sont rassemblées ce mardi matin autour du monument Kaddish érigé à la mémoire des juifs luxembourgeois victimes de la Shoah. Tandis que les passants s’arrêtent brièvement, étonnés par cet attroupement, puis repartent aussitôt, ceux qui se tiennent là affichent une mine solennelle. En cette matinée du 27 janvier, la capitale commémore la journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de la Shoah, dont la date correspond à la libération du camp d’extermination nazi d’Auschwitz-Birkenau en 1945.
Parmi les nombreux invités d’honneur passés au micro, Albert Aflalo, le président du Consistoire israélite de Luxembourg, prend la parole afin de rappeler l’histoire commune des 1 225 victimes juives au Grand-Duché. «Le kaddish est une prière pour les morts, mais c’est aussi une affirmation du vivant. Derrière chaque victime, il y avait un enfant, un voisin, un commerçant et leurs noms sont encore présents sur ce mur aussi sobre qu’immense», a salué le président de l’institution religieuse, en référence au Mur du souvenir inauguré sur cette même place le 21 septembre dernier.
«L’antisémitisme n’a pas disparu»
«La Shoah a presque entièrement détruit la communauté juive luxembourgeoise, qui avait un tissu social fort au sein de la société», rappelle Albert Aflalo, qui tient néanmoins à dire que «cette journée n’est pas que tournée vers le passé». «L’antisémitisme n’a pas disparu avec la libération des camps de concentration. Être fidèle à la mémoire, ce n’est pas s’en rappeler une fois par an mais au quotidien, en faisant la promesse de ne pas oublier, de transmettre et de se lever contre la haine.»
Au fil de leurs discours, Georges Santer, le président de MemoShoah, Marc Thewes, le président du Conseil d’État, et Claude Wiseler, le président de la Chambre des députés, ont, eux aussi, souligné l’importance grandissante de cette commémoration du 27 janvier dans le contexte actuel encore marqué par l’antisémitisme et le négationnisme.
Le Premier ministre, Luc Frieden, estime, lui, que «ce mur parle de lui-même, qu’il n’y a pas besoin de discours et qu’un moment de silence serait, sans doute, la chose la plus appropriée». Le chef du gouvernement évoque également sa présence il y a deux ans, jour pour jour, au camp d’Auschwitz-Birkenau. Sur place, il assure avoir pleinement réalisé «qu’il s’agissait d’une action humaine, que ce (n’était) pas tombé du ciel», rappelant ainsi l’importance de lutter contre les actes antisémites.

Les élèves du lycée classique d’Echternach ont interprété la prière juive Avinou Malkenou durant la cérémonie. (Photo : Fabrizio Pizzolante)
La jeunesse présente et impliquée
Tandis que les survivants des camps de concentration se font de plus en plus rares, la transmission de la mémoire et la sensibilisation ont été évoquées par Maurice Bauer, le premier échevin de la ville de Luxembourg. «Faisons-nous suffisamment de travail de mémoire auprès de la jeunesse? Je pense qu’il faut être critique envers nous-mêmes», a-t-il déclaré.
Toujours est-il qu’en ce jour, deux classes de lycéens étaient présentes au monument Kaddish afin de participer activement à la cérémonie. Une chorale composée d’élèves du lycée classique d’Echternach a ainsi interprété la prière juive Avinou Malkenou, suivie par la récitation d’un texte écrit par leurs camarades du lycée Michel-Lucius. Intitulé «Lebensmelodien», le texte était consacré à la vie de Claude Marx, survivant luxembourgeois de la Shoah, président d’honneur de MemoShoah et présent dans l’assemblée.
Parmi les élèves de la 5G1, Lennart Karotom est celui qui a eu la responsabilité de réciter la vie de Claude Marx. «C’était la première fois que j’assistais à une telle cérémonie. C’était donc un honneur de lire son histoire et ça m’a touché au cœur, puisqu’il a dû se cacher durant la guerre et a perdu des membres de sa famille.» Une jeune membre de la communauté juive a ensuite lu les biographies de Sally, Della et Jacqueline, trois victimes luxembourgeoises.
La cérémonie s’est achevée avec les prières juives du Kaddish et El Male Rahamim, avant que l’hymne national ne retentisse et que les invités d’honneur déposent quelques pierres sur le mémorial. En fin de journée, une cérémonie commémorative a aussi eu lieu à Esch-sur-Alzette pour les déportés juifs de la Métropole du fer.

Environ 200 personnes étaient réunies devant le monument Kaddish. (Photo : Fabrizio Pizzolante)