Un an après le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, les démocrates américains du Luxembourg dénoncent une dérive autoritaire aux États-Unis. Rencontre avec Will Bakker, conseiller juridique de Democrats Abroad Luxembourg.
«Chaotique», «cruelle». C’est en deux mots que Will Bakker, conseiller juridique de l’association Democrats Abroad Luxembourg, résume la première année du second mandat de Donald Trump.
Dans un entretien accordé au Quotidien, il dresse le portrait d’une Amérique plus divisée que jamais et livre son analyse de la politique migratoire de Trump, qu’il n’hésite pas à qualifier de «répression politique».
Une opposition démocrate jugée insuffisante
Malgré des voix qui s’élèvent au sein du Parti démocrate, Will Bakker ne cache pas sa frustration : «La plupart des démocrates vivant au Luxembourg ne sont pas satisfaits» de l’opposition menée par leurs élus au Congrès. Democrats Abroad, qui regroupe les démocrates américains établis à l’étranger, souhaite ainsi «pousser» davantage son parti à prendre des mesures drastiques pour empêcher la politique de Trump.
Le financement de l’ICE (le service de l’immigration et des douanes) fait partie du package : Will Bakker appelle à son abolition pure et simple. «Les démocrates doivent refuser de financer cette organisation. Elle agit avec cruauté et ne respecte pas la loi : l’ICE assassine des gens dans les rues sans aucune raison. Les démocrates doivent faire mieux», martèle-t-il.
La «terreur» de l’ICE
Pour lui, «l’ICE n’existe pas pour faire appliquer la loi sur l’immigration de manière équitable». Les récentes opérations de l’agence, marquées par la mort de deux citoyens américains à Minneapolis en seulement deux semaines (Renee Good le 7 janvier et Alex Pretti le 24 janvier), illustrent, selon lui, une dérive inquiétante.
«Les actions sur le terrain sont clairement conçues pour la terreur et pour réprimer non pas les gens qui vivent dans le pays sans papiers, mais pour réprimer les gens qui s’opposent à la façon de penser de Donald Trump», affirme-t-il. «C’est une machine de répression politique et nous devons la traiter comme telle.»
Depuis le retour de Trump au pouvoir, l’ICE a vu ses effectifs doubler, passant de 10 000 à 22 000 agents. L’agence a procédé à plus de 605 000 expulsions en 2025, un nombre sans précédent. Les méthodes employées (raids dans les quartiers résidentiels, agents cagoulés, arrestations musclées) sont de plus en plus contestées, y compris par certains élus républicains. «Le pouvoir et la violence sont les seules choses qu’il respecte. (…) Ce que j’entends, dans ses discours et ceux de ses partisans, c’est que les lois sont pour les autres. Eux, ils font ce qu’ils veulent.»
Une politique étrangère destructrice
Au-delà de la politique migratoire, l’Américain s’inquiète des ambitions géopolitiques de l’administration Trump, notamment concernant le Groenland. «Donald Trump est déterminé à détruire l’ordre mondial basé sur des règles», estime-t-il, évoquant le discours du Premier ministre canadien à Davos qui a dénoncé cette dérive.
«Il ne fait aucun doute que Donald Trump affaiblit le leadership mondial de l’Amérique. Ce n’est pas juste « est-ce que ça pourrait arriver dans le futur », ça se passe maintenant», martèle le démocrate. «C’est très troublant de regarder tout ça être démantelé pour ce qui semble être sans aucune raison.»
Une identité américaine fracturée
Vivant en Europe depuis 2007, Will Bakker observe un changement dans les relations entre Américains et Européens. «Les Européens veulent parler de politique tout le temps maintenant», constate-t-il. Mais cette curiosité met mal à l’aise de nombreux expatriés américains, habitués à éviter les discussions politiques dans leur pays d’origine.
«Aux États-Unis, c’est devenu très inhabituel de parler de politique, parce que les gens se fâchent si rapidement les uns contre les autres», explique-t-il. «Et comme à l’époque avec la politique de Bush, j’ai l’impression de devoir expliquer ce qui se passe alors que je ne le comprends pas moi-même.»
Les élections de mi-mandat comme ultime espoir
Pour Democrats Abroad Luxembourg, l’espoir repose sur les élections de mi-mandat de novembre 2026. «Nous sommes toujours une démocratie et toujours réactifs à l’opinion populaire», rappelle Bakker, qui mise sur une reprise du Congrès par les démocrates.
L’organisation luxembourgeoise mobilise d’ailleurs ses membres dès maintenant pour les élections primaires qui détermineront les candidats démocrates. «Nous voulons nous assurer absolument que le Congrès sera sous le contrôle des démocrates en novembre. Cela fera une très grande différence.», insiste-t-il.
«Pour les démocrates au Luxembourg, il est essentiel de demander votre bulletin de vote pour participer à ces élections importantes», conclut Will Bakker. «Pour le Parti démocrate dans son ensemble, il faut trouver une stratégie pour une véritable opposition qui inspirera et protégera les Américains.»
Democrats Abroad Luxembourg organise des réunions mensuelles et aide les citoyens américains résidant au Grand-Duché à exercer leur droit de vote. L’organisation, officiellement affiliée au Parti démocrate, compte des membres dans plus de 60 pays à travers le monde.