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Claude Wiseler : «Je les encourage à me contredire»


Claude Wiseler est rompu à cet exercice et l’apprécie. « Cela nous oblige à mettre des mots sur ce que l’on pense », témoigne-t-il. (photo : chambre)

Le président de la Chambre, Claude Wiseler (CSV), aime aller à la rencontre des lycéens, leur parler et surtout beaucoup les écouter.  Il palpe leurs inquiétudes et surtout leurs attentes.

Depuis une dizaine d’années maintenant, Claude Wiseler, professeur de français avant de faire carrière en politique, va à la rencontre des jeunes dans les lycées. Le président de la Chambre des députés met un point d’honneur à perpétuer cet exercice. Ces dernières années, il observe un changement notoire chez les lycéens.

«Il y a une dizaine d’années, il n’y avait aucune question de leur part sur la politique étrangère, on ne parlait que du quotidien au Luxembourg, de politique intérieure. Depuis ces derniers mois, 75 % des questions portent sur les événements mondiaux, la démocratie, la place du Luxembourg dans le monde et sur nos valeurs», témoigne-t-il.

Il a en face de lui des jeunes qui sont très bien informés, plus qu’il y a dix ans, et il sent leurs inquiétudes, les trouvent «un peu déboussolés». Les lycéens s’interrogent sur leur avenir, leurs chances de vivre dans un monde où leurs valeurs sont souvent malmenées. « Ils demandent assez directement aux politiques ce qu’ils comptent faire, et ils attendent des réponses claires qui ne sont pas toujours faciles à donner», admet Claude Wiseler.

Les jeunes l’interrogent, par exemple, sur ce que les politiques pensent des événements au Venezuela et réclament une analyse de la situation. Ils donnent aussi leur opinion sur la question et les jeunes ne sont pas forcément tous d’accord entre eux. «Il y a souvent des débats entre les jeunes qui défendent chacun leur point de vue, je prends position ou je les laisse parler cela dépend, mais en tout cas ils sont bien informés et cela me réjouit».

La politique luxembourgeoise n’est plus au centre de leurs préoccupations, sauf pour quelques sujets qui les concernent directement comme le logement ou le système des pensions.

Le climat qui était un thème majeur il y a encore quelques années, a cédé la place à des questions sur le sort de Gaza, sur la guerre en Ukraine, sur la Russie et les États-Unis, bien sûr. « Comme je suis allé en Chine, ils me posent aussi des questions sur ce pays, ils sont extrêmement intéressants et ça oblige aussi les politiques à être très clairs dans leurs réponses », reconnaît Claude Wiseler.

L’exercice est-il parfois difficile? «Oui, parce que ça nous oblige à mettre des mots sur ce que l’on pense et essayer de l’expliquer très simplement, ce qui est plutôt positif dans ce type d’exercice.» Le président de la Chambre des députés aime aussi leur laisser la porte ouverte pour d’autres explications, les leurs, celles de leurs parents ou de leurs professeurs.

«Sauvegarder nos valeurs»

Les droits humains, la démocratie sont des sujets que les jeunes abordent très souvent. «Nous disposons de sondages qui démontrent que la démocratie perd un peu en valeur puisque 34 % des sondés ne savent pas si la démocratie est le meilleur système, mais c’est une autre discussion.» Les lycéens que Claude Wiseler rencontre dans le cadre de ses tournées s’intéressent beaucoup à la politique, ils se sont informés et leur soutien aux valeurs démocratiques est palpable et beaucoup plus fort que dans la population des jeunes en général, selon l’expérience du président de la Chambre.

Il prend avec des pincettes la réponse des 34 % de jeunes qui doutent du bien-fondé du système démocratique, car cela peut vouloir dire plusieurs choses. «Cela peut aussi signifier que la démocratie doit être plus participative ou on peut penser que la démocratie n’est plus efficace ou encore être d’avis qu’il faut quelqu’un de plus fort, aller jusqu’à l’autocratie, donc on ne sait pas très exactement ce qui motive ces 34 % des jeunes à livrer une telle réponse», précise Claude Wiseler.

La question que se posent surtout les lycéens dans ces débats est de savoir comment faire pour sauvegarder les valeurs démocratiques, et ils attendent des politiques qu’ils les défendent. «Ils posent aussi des questions sur la place du Luxembourg dans une Europe où les jeux de pouvoirs s’intensifient et où les valeurs de l’État de droit sont parfois remises en question», relate Claude Wiseler.

Ce contact avec les lycéens de 17 ou 18 ans lui fait du bien, explique-t-il. «Ils sont directs, sans gêne et très francs. Ils attendent les réponses des politiques à leurs inquiétudes et je ne veux pas les décevoir. On ne peut pas pratiquer la langue de bois avec eux, ça ne marche pas avec ces jeunes et je les encourage aussi à me contredire.»

Le président de la Chambre des députés va poursuivre sa tournée, il a déjà rencontré des jeunes de plusieurs lycées. Vendredi dernier il était à Dudelange, au lycée Nic-Biever, après avoir visité le lycée Ermesinde à Mersch, l’école privée Notre-Dame Sainte-Sophie à Luxembourg, l’Athénée, la St-Georges International School, le lycée technique du Centre, le Schengen lycée, le lycée privé «Fieldgen», et le lycée Bel-Val.

«Il faut parler aux jeunes et leur montrer que la politique est accessible», conclut-il.

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