Soulignons d’emblée que la présomption d’innocence prévaut. Toujours et en toute circonstance dans un État de droit. Le chirurgien soupçonné d’avoir procédé à des opérations non nécessaires profite pleinement de ce droit fondamental. Cela ne doit cependant pas empêcher la presse de remplir son rôle en révélant des faits qui peuvent endommager la confiance placée dans le système de soins de santé. Nos confrères de RTL ont été les premiers à informer sur cette affaire. D’autres médias se sont joints au travail journalistique sur ce dossier, en donnant notamment la parole à des patients concernés. Jusqu’à lundi matin, le nom de ce spécialiste en orthopédie, pratiquant aux hôpitaux Robert-Schuman, n’a pas été rendu public. Pourtant, des confrères du médecin, ayant choisi l’anonymat, dénoncent dans une lettre transmise à la presse que le chirurgien fait face à un «lynchage médiatique». Chris Roller, le président de l’Association des médecins et médecins-dentistes (AMMD), s’est dit «choqué» du traitement réservé au médecin suspendu.
Au-delà du fait qu’il est difficile de «lyncher» une personne dont l’identité n’a pas été rendue publique, la question de la liberté de la presse se pose une nouvelle fois. Au Luxembourg, la tendance consistant à s’attaquer aux médias en cas de révélations majeures reste bien présente. En mars 2024, la direction des CFL avait ainsi attaqué de front le Tageblatt pour avoir mis au jour des dysfonctionnements internes. L’ex-ministre Georges Mischo estime que la presse s’est acharnée sur lui plutôt que d’admettre ses propres erreurs. Jos Nickts, ancien président du syndicat des facteurs, condamné pour avoir détourné près de 14 millions d’euros, exige que son nom ne soit plus cité dans les médias.
L’identité du chirurgien suspendu a finalement été révélée par son propre avocat. La pression est-elle devenue trop importante pour le Dr Philippe Wilmes, figure bien connue du secteur de la santé luxembourgeois? Y a-t-il eu des manquements au sein du Collège médical? La suspension prononcée par la ministre de la Santé est-elle «illégale»? Ces questions devront être tranchées en toute objectivité. Détourner l’attention en blâmant la presse ne contribuera certainement pas à faire la lumière sur cette affaire.