Kolping arrêtera la collecte d’anciens textiles déposés dans ses conteneurs le 31 janvier, mais les bacs orange ne devraient pas disparaître pour autant.
L’été dernier, les acteurs de l’économie sociale qui gèrent le recyclage des textiles avaient alerté sur l’effondrement du secteur dans plusieurs pays européens. Et si, à ce moment-là, le Luxembourg semblait épargné, en réalité la situation n’était déjà pas toute rose : «Nous avions averti le ministère de l’Environnement et le Syvicol depuis bien longtemps», indique Marie-Jeanne Brauch-Klein, la présidente de l’ONG Kolping, jointe lundi. Chargée de collecter les vêtements déposés dans les 360 conteneurs orange du pays, l’association a annoncé qu’à partir du 31 janvier, elle cesserait cette activité.
Une décision prise fin décembre après une année difficile : «La situation a changé énormément, presque d’une semaine à l’autre», explique-t-elle. Là où l’association touchait autrefois une part des recettes pour financer ses projets, «depuis environ un an», après avoir payé les sous-traitants, il ne restait plus rien. Pire : Kolping dit avoir dû payer de sa poche environ 50 000 euros en logistique pour que la collecte puisse continuer encore en 2025, alors même que l’organisation ne fonctionne qu’avec des bénévoles. «Beaucoup de firmes font faillite, des centres de recyclage et aussi des collecteurs sont pleins», rappelle Marie-Jeanne Brauch-Klein. La filière de la seconde main croule en effet sous les textiles, souvent issus de la fast fashion et qui ne peuvent être recyclés.
Toutefois la collecte ne va pas s’arrêter et les textiles continueront à être ramassés. À partir du 1er février, ce sont les sous-traitants actuels de Kolping – Co-labor et Forum pour l’emploi –, qui reprendront l’organisation en autonomie : «Ils sont en train de coller leurs coordonnées sur les conteneurs», ajoute Marie-Jeanne Brauch-Klein. Ce qui va changer, ce n’est donc pas l’existence des conteneurs, mais qui porte la responsabilité et qui paie.
2028 bouleversera à nouveau la donne
Les communes, juridiquement responsables des déchets, sont désormais sommées par les acteurs du secteur de sécuriser la suite. Selon la question parlementaire déposée le 21 janvier par la députée LSAP Taina Bofferding, une participation financière est proposée aux communes et aux syndicats intercommunaux pour maintenir le service dès le 1er février : 100 euros par commune et par mois, plus 10 euros par conteneur vidé.
La députée demande au ministre de l’Environnement et à celui des Affaires intérieures d’en chiffrer l’impact annuel, y compris pour les entreprises privées comme les stations-services ou les supermarchés qui accueillent des conteneurs sur leurs terrains. D’autant qu’en 2028, la transposition d’une directive européenne sur la responsabilité élargie des producteurs modifiera le financement de la collecte, du tri et du recyclage des textiles. Ce sont les marques et les fabricants qui devront payer.
Quant à Kolping, reprend sa présidente, l’association «continue à travailler en tant qu’ONG, c’est notre but. En ce moment, on a des projets au Congo», glisse-t-elle en souriant. Et de préciser que Kolping maintiendra toutefois son traditionnel ramassage «de textiles en porte-à-porte en septembre». Difficile d’arrêter 50 ans de collecte du jour au lendemain.