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[Cinéma] «The Wizard of the Kremlin», chronique de la brutalité du pouvoir à Moscou


Pour se glisser dans la peau de Vladimir Poutine, Jude Law a scruté des images jusqu'à l'«obsession». (Photo : carole bethuel)

Quatre ans après la parution du best-seller de Giuliano da Empoli, The Wizard of the Kremlin sort en salles, avec un Jude Law méconnaissable dans la peau de Vladimir Poutine.

Best-seller paru en 2022, vendu à plus de 400 000 exemplaires et prétendant la même année au prix Goncourt, Le Mage du Kremlin est aujourd’hui un film d’Olivier Assayas qui porte sur grand écran cette chronique de la transformation du pouvoir dans la Russie post-soviétique. Comme dans le roman de Giuliano da Empoli, on y suit la carrière de Vadim Baranov (Paul Dano), conseiller de l’ombre de Vladimir Poutine largement inspiré de Vladislav Sourkov, son éminence grise.

De la dislocation de l’URSS au début des années 1990 jusqu’à l’annexion de la Crimée ukrainienne par la Russie en 2014, le film chronique plus de deux décennies de vie politique russe, marquées par l’accession au pouvoir de Vladimir Poutine. «Le tsar», comme l’appelle Vadim Baranov, est, lui, incarné par l’acteur britannique Jude Law.

Tournée en Lettonie, en langue anglaise, l’œuvre se veut une fiction éclairante sur les ressorts du pouvoir en Russie et l’état d’esprit de revanche sur l’Occident qui y règne. «J’aurais sans doute préféré faire un film en langue russe, en Russie, dans des décors véridiques», a reconnu Olivier Assayas sur France Inter. Mais tourner en anglais a permis «de donner une universalité à ce dont on parlait», a-t-il poursuivi, dressant un parallèle avec l’émergence d’un pouvoir «fort, inquiétant et menaçant», aux États-Unis également.

Pouvoir autoritaire et théâtre postmoderne

The Wizard of the Kremlin n’est pas un film sur l’ascension de Poutine. C’est un long métrage sur «la transformation de la politique» partout dans le monde, avait d’ailleurs confié Olivier Assayas lors de la présentation du film à la Mostra de Venise en août dernier. La Russie contemporaine, «c’est l’union entre la restauration d’un pouvoir vertical, autoritaire, basé sur une forme de violence (…) avec tout le théâtre postmoderne : la télévision, le rapport au spectacle, internet, les réseaux sociaux, la création d’un théâtre de réalité parallèle», qui aujourd’hui s’est généralisée, a observé Giuliano da Empoli, lui aussi interrogé par la radio publique française.

Pour se glisser dans la peau du maître du Kremlin, Jude Law a scruté des images du président russe jusqu’à l’«obsession». L’acteur britannique de 53 ans, l’un des plus célèbres de sa génération, porte une perruque et s’est mis au judo pour coller au plus près du personnage. L’écrivain Emmanuel Carrère, qui a travaillé à l’adaptation du roman au cinéma, avait salué à Venise «une incarnation très étonnante», avec «une espèce d’opacité, quelque chose d’un peu vipérin, comme peut avoir Poutine».

Bon connaisseur de la Russie, Emmanuel Carrère avait reçu en 2011 le prix Renaudot avec Limonov, biographie romancée de l’écrivain et homme politique russe transposée au cinéma en 2024 par le cinéaste russe exilé Kirill Serebrennikov dans un film tourné lui aussi en anglais, avec Ben Whishaw dans le rôle-titre. Édouard Limonov est aussi l’un des personnages secondaires de The Wizard of the Kremlin, joué cette fois par l’acteur d’origine norvégienne Magne-Håvard Brekke.

The Wizard of the Kremlin, d’Olivier Assayas.

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