Pariant sur sa popularité malgré la colère liée à l’inflation et les inquiétudes sur la dette du pays, la Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, a dissous la chambre basse du Parlement, ce vendredi.
La Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, a dissous, vendredi, la chambre basse du Parlement, tablant sur sa popularité pour emporter les législatives anticipées le 8 février, qui se tiendront dans un climat de mécontentement populaire lié à la forte inflation. La dissolution a officiellement eu lieu dans la matinée : le président de l’institution a lu une lettre dans l’hémicycle, tandis que les députés scandaient le traditionnel cri de ralliement «Banzai!».
Voulue par Sanae Takaichi, devenue en octobre la première femme cheffe du gouvernement de l’archipel, elle ouvre la voie aux élections législatives anticipées. La dirigeante ultranationaliste mise sur ses bons sondages d’opinion pour doper les scores de son Parti libéral-démocrate (PLD, droite nationaliste), alors que la coalition gouvernementale n’est majoritaire que de justesse au Parlement.
Ce scrutin est placé sous le signe de l’économie dans un pays longtemps hanté par la déflation, mais confronté depuis 2022 à la flambée du coût de la vie et à la faiblesse chronique du yen qui renchérit les produits importés. Juste avant cette dissolution, des chiffres officiels ont fait état d’un ralentissement de l’inflation (hors produits frais) à 2,4% sur un an en décembre, après 3% en novembre.
Une tendance qui s’explique essentiellement par les subventions énergétiques, tandis que les prix alimentaires continuent de bondir, le riz s’envolant encore de 34% sur un an. La céréale est même devenue un symbole : son prix avait plus que doublé mi-2025. Le mécontentement populaire pour l’inflation a largement contribué à faire tomber Shigeru Ishiba, le prédécesseur de Sanae Takaichi.
Soucieuse de rassurer, cette dernière a dévoilé en novembre un plan de relance équivalant à 117 milliards d’euros pour soulager ménages et entreprises, avec subventions et allocations. La Banque du Japon (BoJ), qui resserre sa politique depuis début 2024 pour juguler l’inflation, a relevé en décembre son taux directeur au plus haut niveau depuis 30 ans. Elle a choisi, lundi, le statu quo monétaire, mais continue de scruter la flambée des prix. Et le sujet sera au cœur de la campagne des législatives : Sanae Takaichi a promis d’exempter les produits alimentaires de la taxe sur la consommation de 8 % pendant deux ans.
Les partis d’opposition réclament aussi cet allègement, avec d’autres mesures comme le réexamen des cotisations d’assurance sociale. «Ce qui préoccupe le public, ce sont les mesures pour faire face à l’inflation», confirme Hidehiro Yamamoto, professeur de sciences politiques à l’université Tsukuba. «Il n’est pas certain non plus que le fort soutien populaire à l’administration Takaichi se traduise réellement par un appui au PLD», tempère-t-il, citant de récents scandales liés aux fonds politiques.
Dette sous pression
Certes, le gouvernement vient d’approuver un nouveau budget record pour l’exercice 2026 commençant en avril, promettant d’obtenir promptement l’aval du Parlement afin de soutenir les ménages. Mais Jun Azumi, secrétaire général de la principale formation d’opposition, le Parti démocrate constitutionnel (PDC), juge que la dissolution risque de retarder l’adoption du budget en «sacrifiant» les besoins des ménages.
Plus généralement, Sanae Takaichi entend, avec ce scrutin, conforter son mandat pour poursuivre sa politique budgétaire accommodante. Au risque de gonfler l’endettement déjà pharaonique du pays, qui devrait dépasser 230 % du PIB sur l’exercice 2025.
La perspective d’allègements fiscaux a affolé cette semaine le marché obligataire, déjà échaudé par le colossal plan de relance de 2025 et inquiet de dérapages budgétaires financés par la dette. Les rendements des obligations souveraines nippones se sont envolés, signe de défiance des investisseurs.