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Deux couteaux de cuisine et des casseroles


Le prévenu prétend avoir uniquement voulu éloigner son assaillant, qui se serait blessé lui-même en s'approchant de lui. (Photo : archives lq)

Adel a laissé un champ de bataille derrière lui quand il a été arrêté par la police. Sa mémoire semble dans le même état que la maison où il est accusé d’avoir poignardé un jeune homme. 

L’alcool a rongé la vie d’Adel. L’immigré tunisien avait construit les bases d’un avenir sécure avant que sa dépendance ne fasse tout basculer. Doucement, au rythme d’une bouteille de vodka et de quelques bières par jour, le prévenu a perdu l’équilibre et tout s’est effiloché. Sa vie de famille, son mariage, son emploi… Jusqu’à être accusé de tentative d’homicide. 

Avant l’audience de jeudi face à la 13e chambre criminelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg, l’homme de 62 ans avait toujours nié avoir blessé un jeune homme avec un couteau lors d’une rixe au domicile de son ancienne compagne. 

Il avait avancé l’hypothèse d’une blessure causée par les débris d’une table en verre cassée lorsque les deux hommes en sont venus aux mains. La victime s’est luxé l’épaule et présentait une plaie ouverte de 4 centimètres de large dans le bas du dos administrée par un des deux couteaux de cuisine qu’il brandissait.

Les faits remontent au 31 mars 2023. «La maison était sens dessus dessous. Il y avait des objets brisés partout», s’est souvenu un policier arrivé sur place avec quatre patrouilles. Au même moment, ses collègues ont été appelés à se rendre au domicile de la victime. «Il avait très mal. Il criait de douleur.» Adel a été arrêté plus tard dans la nuit. 

Une dispute entre le prévenu et la fille de son ancienne compagne aurait mis le feu aux poudres. Les deux ne se seraient jamais entendus et Adel lui avait proposé 10 000 euros pour qu’elle loue son propre appartement. Elle le suspectait de vol, n’approuvait pas sa consommation d’alcool et de cocaïne ni «ses fréquentations douteuses», rapporte le policier.

Le ton est monté et la jeune femme se serait saisie d’une poêle à frire pour le frapper avant d’appeler son ami d’enfance à la rescousse. À l’arrivée de ce dernier, la tension n’est toujours pas retombée. Table en verre, chaise, vase, casseroles… tout y passe. La victime et Adel esquivent jusqu’à ce que le prévenu s’arme de couteaux. 

«Les versions divergent», souligne l’enquêteur. «C’était flou. Au début, j’avais l’impression qu’ils en savaient plus qu’ils ne voulaient bien le dire.» Un voisin a  confié aux enquêteurs que le prévenu était coutumier des menaces et sortait rapidement les couteaux à la moindre contrariété. 

«La vérité, je vous la dis»

À la barre, le prévenu raconte pourtant s’être armé par peur que sa victime ne le poignarde. «J’avais bu et pris de la cocaïne. Je n’avais pas dormi depuis trois ou quatre jours. Je voulais juste qu’il parte. Ce n’était pas prémédité», indique-t-il. «Il m’avait déjà menacé à deux reprises avec un couteau.» 

«Adel a foncé sur mon ami avec deux couteaux qu’il avait trouvés dans la cuisine. Je savais qu’il avait essayé de forcer ma boîte à bijoux. Il volait, il était violent et irrespectueux. Il proférait des menaces de mort ou prétendait vouloir faire exploser la maison», rapporte la jeune femme, qui déplore la mauvaise influence du prévenu sur sa mère. «Je ne l’aime pas et je sais très bien pourquoi. Il manipulait ma mère.»

Son ami se serait emparé de chaises pour maintenir le prévenu à distance. «J’ai lancé un vase, mais j’ai visé à côté», poursuit la jeune femme. La victime a réussi à fuir «l’auberge espagnole», comme Me Ries, l’avocat de la défense, a baptisé la maison où Adel vivait avec sa compagne. 

Le prévenu prétend avoir été victime du courroux de la jeune femme le jour des faits et avoir été blessé par toute une batterie de cuisine sur la tête. Les deux médecins qui l’ont examiné n’ont pourtant pas constaté de blessures correspondantes. «Son ami a pris un bougeoir en acier. J’ai voulu prévenir la police pour éviter tout cela, mais la fille de ma compagne avait caché le téléphone», rapporte Adel. «Son ami a cassé une chaise sur le bras avec lequel je me protégeais. Je me suis défendu, c’est tout.» 

Le jeune homme se serait approché trop près de lui. «Je ne voulais pas lui faire de mal. Je voulais juste qu’il parte. Sa fesse a touché le couteau», jure Adel qui adapte ses réponses au gré des questions de la présidente, pensant se tirer d’affaire. «Je ne dis pas qu’il est le seul fautif. Moi aussi, je le suis. Je vous jure, c’est la vérité comme je vous la dis.» La présidente lui a rétorqué qu’il avait déjà raconté plusieurs vérités différentes depuis le début de l’instruction. «Toutes les trois phrases, vous en changez. Comment voulez-vous que nous faisions la distinction? Nous pouvons partir du principe que tout est faux.»

Adel a une semaine pour réfléchir à sa ligne de défense. Le procès se poursuit vendredi prochain.

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