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Plantu : «Un dessin fait moins peur qu’un long discours»


«Un dessin fait moins peur qu’un long discours. Les élèves osent davantage prendre la parole», explique Plantu sur ses interventions. (Photo : alain rischard)

De passage au Luxembourg, le dessinateur de presse Plantu a tenu à consacrer du temps à ce qui donne du sens à son métier : l’échange.

C’est dans la salle des fêtes du lycée de garçons de Luxembourg (LGL) que près de 200 élèves ont échangé jeudi avec Jean Plantureux dit Plantu. Invité régulièrement par des services culturels, il voit dans ces moments une occasion unique «d’apprendre et de transmettre». Il ajoute d’ailleurs que «ces rencontres sont très enrichissantes et me nourrissent aussi».

«Un dessin fait moins peur qu’un long discours. Les élèves osent davantage prendre la parole», confie-t-il, tout en précisant qu’il n’est «ni là pour juger, ni pour ramasser des copies», ce qui permet de détendre l’atmosphère, discuter, débattre et surtout rire.

Une heure et demie pour 50 ans d’anecdotes

Pendant une heure et demie, le dessinateur a capté l’attention de la salle. Expliquant son parcours mais réalisant aussi des esquisses en direct, il a assuré à plusieurs reprises vouloir être interrompu par les élèves, afin de proposer des idées de débat ou même des objets à dessiner, qui les intéressaient.

Les élèves, quelque peu intimidés, ont préféré écouter les anecdotes jalonnant 50 ans de carrière dans la presse plutôt que de l’interrompre… à l’exception de trois courageux : Araz, Louis et Huda. Les deux premiers ont relevé le défi du dessin, suggérant un bateau et une cloche.

Guidé par Plantu, ce dernier ne manque pas d’insister sur l’importance des brouillons. Souvent invisibles mais «indispensables», même ce vétéran du dessin auteur de près de 20 000 illustrations l’affirme : «Rien ne se fait sans essais ni erreurs».

Le moment marquant de cette rencontre est décerné à Huda. Cette élève du LGL ose demander à être caricaturée «de façon rigolote». Sous les yeux de ses camarades, Plantu décrit ses choix pour retranscrire le réel à sa façon : «Tes cheveux dansent, donc il faut les faire comme ça… Pour ta bouche, je vais prendre un trait plus fin…»

Pour finir cette œuvre personnalisée, il ajoute sa célèbre souris signature. «C’était impressionnant de le voir travailler en direct», confie l’adolescente. Arrivée au Luxembourg en 2018 après avoir quitté la Syrie, Huda accorde une importance particulière à la liberté d’expression. «J’ai vécu dans un pays où l’on ne pouvait pas vraiment s’exprimer», explique-t-elle.

L’intervention de Plantu résonne donc en elle, tout en apportant une nuance précisée par le dessinateur entre liberté d’expression et entente d’une souffrance provoquée par une satire avec l’exemple du journal danois Jyllands-Posten publiant des caricatures du prophète Mahomet en 2005. Peu familière du dessin de presse, elle dit avoir découvert «pour la première fois» des dessins politiques qui l’ont interpellée.

Les thèmes abordés durant l’échange par Plantu touchent directement les élèves. Ces derniers allaient du harcèlement scolaire à la dignité humaine, en passant par les conflits internationaux actuels.

Après cette conférence, si Huda devait faire un dessin de presse, elle prendrait comme thème le harcèlement scolaire, tandis que sa camarade Maya pencherait plus pour le droit des femmes. Si elles ne sont pas férues de satires dans la presse écrite, ces lycéens en étudient tout de même certaines en cours d’histoire, dont celles de Plantu.

Toutes deux soulignent d’ailleurs la capacité de l’artiste à aborder une grande diversité de sujets sans jamais imposer un point de vue unique. La rencontre s’est achevée par une longue séance de dédicaces, prolongeant encore les échanges et la profusion des souris spéciales Plantu.

Ce sont 200 élèves qui ont échangé dans la salle des fêtes du LGL avec Plantu. (Photo : alain rischard)

Distinguer «plaisir et passion»

Le dessinateur partage également son parcours personnel, loin d’être tout tracé. «Mes études n’étaient pas brillantes», admet-il à ce sujet. Enfant, il dessinait constamment sans imaginer que cela pourrait être un métier. Et c’est en ratant son parcours scolaire «traditionnel» qu’il s’essaye pleinement à sa passion et comprend que le dessin peut devenir une voie. Après quelques mois dans une école de bande dessinée à Bruxelles et «un, puis deux, puis trois» dessins proposés au Monde, un premier est enfin publié. «Là, j’ai compris que c’était un métier.»

Interrogé sur la place du dessin de presse aujourd’hui, Plantu reste lucide mais optimiste. «C’est compliqué de trouver une place, mais bienvenue à tout le monde! C’est un formidable outil d’expression et de débat», affirme-t-il. «En plus de 50 ans, il n’y a pas une seule opinion que je me sois empêché de partager», ajoute-t-il.

Il insiste sur l’importance du journalisme face aux réseaux sociaux, qu’il alimente, mais voit comme un complément au lieu d’un substitut. «On ne s’improvise pas journaliste. C’est une méthode dans laquelle il faut vérifier ses informations et respecter le lecteur.»

Enfin, il évoque la distinction entre «plaisir et passion». Le plaisir n’est pas toujours au rendez-vous, mais la passion, si. Et c’est ce qui l’aide encore et encore «à remplir ce petit rectangle, coûte que coûte».

Une bonne caricature repose sur l’efficacité

Selon le dessinateur, «peu importe si un pied est mal dessiné, si le dessin fonctionne, c’est gagné». Pour ceci, il faut «travailler» afin de proposer «plusieurs niveaux de lecture» et toucher le lecteur. Il prend en exemple son travail sur Donald Trump, qui a indirectement reçu le prix Nobel de la paix, et le Groenland : «J’ai imaginé un prix Nobel de la pelle. Alors, pour que ça marche, autant que ce soit une belle pelle de neige. J’ai dû la piquer sur Google, mais ça aurait moins marché avec celle pour les cimetières».

Illustration de Plantu du 19 janvier 2026.

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