Entre appels à Moscou pour mettre fin à la guerre en Ukraine, annonces controversées sur Gaza, mises en garde au Hamas, le président américain a multiplié les initiatives, suscitant autant d’adhésions que de réserves parmi les alliés occidentaux réunis à Davos.
Donald Trump a inauguré jeudi à Davos son nouveau «Conseil de paix», en présence d’une vingtaine de dirigeants de pays ayant rallié cette instance placée sous sa coupe, avant d’appeler la Russie à mettre fin au conflit en Ukraine à l’issue d’une rencontre avec Volodymyr Zelensky.
«La guerre doit prendre fin», a lancé en marge du Forum économique mondial organisé dans cette station des Alpes suisses le président américain à des journalistes, qui l’interrogeaient sur le message qu’il voulait faire passer à son homologue russe Vladimir Poutine.
Le chef de l’État ukrainien, qui a souligné que le dialogue avec Donald Trump n’était «pas simple», a de son côté annoncé que les documents de l’accord visant à arrêter les hostilités déclenchées par l’invasion de l’Ukraine en février 2022 étaient «presque prêts». «Encore une fois, tout le monde est très positif mais le soutien du président Trump est indispensable. Et encore une fois, aucune garantie de sécurité ne peut fonctionner sans les États-Unis», a-t-il insisté.
Surtout que l’Europe, «au lieu de devenir une vraie puissance mondiale», «reste un kaléidoscope, beau mais fragmenté, de petites et moyennes puissances», a regretté Zelensky.
Le même jour, Donald Trump a révélé son plan pour un «nouveau Gaza», qui transformerait le territoire palestinien dévasté en un complexe luxueux de gratte-ciels sur sa façade maritime, un projet qui pourrait voir le jour dans trois ans. «Je vais avoir beaucoup de succès à Gaza, ça va être beau à voir», «je suis un promoteur immobilier dans l’âme (…) et j’ai dit, regardez ce site en bord de mer, regardez ce superbe lot foncier, ce que ce pourrait être pour tant de gens», s’est exclamé le président américain.
S’autoproclamant faiseur de paix, il a signé dans la matinée la charte fondatrice de son «Conseil de paix», qu’il va présider et est censé œuvrer au règlement des conflits dans le monde, «en coordination», a-t-il promis, avec les Nations unies.
Un milliard de dollars
«Félicitations président Trump, la charte est maintenant en vigueur et le Conseil de paix est désormais une organisation internationale officielle», a ensuite proclamé Karoline Leavitt, la porte-parole de la Maison-Blanche.
Dans le parterre de dirigeants invités ayant accepté de s’y joindre se trouvaient de très fidèles alliés de Donald Trump, tels le président argentin, Javier Milei, et le Premier ministre hongrois, Viktor Orban. Le Maroc, la Turquie ou l’Indonésie faisaient aussi partie de la vingtaine de signataires.
Sur une cinquantaine d’invitations envoyées, environ 35 dirigeants ont déjà répondu «oui», avait révélé mercredi un haut responsable du gouvernement américain aux journalistes. La France avait déjà dit «non» et le Royaume-Uni, un allié clé des États-Unis et également membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, a refusé jeudi de faire partie des signataires.
Mais de nombreux États du Moyen-Orient sont partants, dont l’Arabie saoudite et le Qatar. Le ticket d’entrée dans le Conseil est d’un milliard de dollars pour un siège permanent.
Appels au Hamas et à la Russie
Concernant le Hamas, ses membres «doivent déposer les armes et, s’ils ne le font pas, ce sera leur fin», a mis en garde Trump dans un bref discours à l’occasion de cette cérémonie.
Première annonce du «Conseil», dont Israël a accepté de faire partie : le point de passage de Rafah entre l’Égypte et la bande de Gaza rouvrira «dans les deux sens» la semaine prochaine, a annoncé l’administrateur du territoire palestinien nouvellement nommé par cette alliance, Ali Shaath, un ex-vice-ministre de l’Autorité palestinienne.
Donald Trump a en outre affirmé que l’Iran souhaitait entamer des discussions avec les États-Unis et que ceux-ci étaient disposés à le faire. Il a par ailleurs déclaré que Vladimir Poutine avait accepté l’invitation concernant son «Conseil de paix», que Moscou a seulement dit «étudier». Cela inquiète particulièrement les alliés des États-Unis, notamment l’Ukraine.
Dans cet épineux dossier, «il ne reste qu’un point à régler» dans les négociations, a estimé jeudi à Davos l’envoyé spécial américain, Steve Witkoff, qui doit se rendre dans la journée à Moscou, avec le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, pour des discussions avec le chef de l’État russe.
«Beaucoup de travail» sur le Groenland
À propos du Groenland, après des semaines de déclarations agressives, le président américain a subitement annoncé mercredi soir «le cadre d’un futur accord» avec le chef de l’OTAN, Mark Rutte, et levé ses menaces douanières autant que militaires.
Il y a «encore beaucoup de travail à faire» pour parvenir à un arrangement sur ce territoire autonome danois, a cependant confié à l’AFP Mark Rutte. Jeudi, ce dernier a précisé que ces discussions avaient pour objectif de garantir «collectivement» la sécurité de sept pays de l’Arctique face à la Russie et la Chine, citant les États-Unis, le Canada, le Danemark, l’Islande, la Suède, la Finlande et la Norvège.
Il s’agit de faire en sorte que «les Chinois et les Russes ne puissent avoir accès économiquement et militairement au Groenland», a-t-il poursuivi. Mark Rutte ne peut négocier au nom du Danemark sur le Groenland, a cependant réagi le ministre danois de la Défense, Troels Lund Poulsen. «Nous avons une ligne rouge claire. Nous ne céderons pas notre souveraineté sur des parties du Royaume», a-t-il martelé.
Selon une source proche des pourparlers en cours, les États-Unis et le Danemark vont renégocier leur accord de défense datant de 1951 sur le Groenland, tandis que la sécurité de l’Arctique va être renforcée et les pays européens de l’OTAN y contribueront.