Saisie par les eurodéputés, la Cour de justice de l’UE va examiner la légalité de l’accord avec le Mercosur. Ce contretemps est un signal désastreux pour la crédibilité commerciale de l’UE, selon Yves Germeaux et la Fedil.
«Un signal dévastateur dans un contexte géopolitique tendu», tel est le regard sans appel de la Fedil (Fédération des industriels luxembourgeois) sur la décision du Parlement européen de saisir la Cour de justice de l’Union européenne à propos de l’accord UE-Mercosur.
Tandis que les agriculteurs ont célébré ce vote qui retardera la ratification du traité, d’autres font grise mine. À commencer par la Fedil qui a publié un communiqué afin de dénoncer «un retard inutile» et «une position qui affaiblit la capacité de l’Union européenne à agir de manière stratégique».
Yves Germeaux, le responsable du commerce et des relations internationales au sein de la Fedil, nous explique en détail les dangers, selon lui, d’un tel report.
Vous vous attendiez à un tel vote du Parlement européen?
Yves Germeaux : On savait que le vote allait être serré, mais cela nous a quand même surpris, vu le contexte géopolitique. Les États-Unis, l’un de nos principaux partenaires hors d’Europe, se referment de plus en plus sur eux-mêmes et nous avons une Chine très expansionniste, qui envahit les marchés européens de façon agressive.
La Fedil pense qu’il est grand temps d’élargir notre vision pour diversifier nos marchés. Que ce soit pour les importations, mais principalement aussi pour les exportations, afin de trouver de nouveaux marchés. Pour ce faire, le Mercosur est l’un des piliers, donc nous pensions quand même que l’accord allait aboutir, puisqu’il y a urgence à trouver de nouveaux partenaires.
Il y a urgence à trouver de nouveaux partenaires
Que pensez vous des opposants à l’accord, les agriculteurs et les militants écologistes?
Certains parlementaires de l’extrême droite ont adopté un point de vue très protectionniste et des voix plus à gauche ont, elles, voulu mettre l’accent sur la protection de l’environnement et des agriculteurs. Mais, si l’on regarde en détail, il faut quand même se rendre compte que pendant toutes les négociations, la situation des agriculteurs a été entendue.
À chaque question soulevée, la Commission a donné des réponses et nous, Fedil, nous sommes convaincus qu’à l’heure actuelle, ce n’est pas seulement un accord opportun pour les entreprises, c’est aussi un accord très équilibré pour les différentes parties.
Êtes-vous optimiste quant à la décision de la Cour de justice ?
On ne peut pas le dire, car nous n’avons pas d’avis juridique à ce sujet. C’est malheureusement la procédure. Mais la Commission européenne ayant approuvé un tel texte, il n’y a pas de raison, a priori, pour qu’il ne soit pas validé.
Notre principale crainte est plutôt le facteur temps. Nous n’avons aucune chronologie sur le délai et cela retarde, encore une fois, la mise en œuvre du traité. Il y a moyen d’avoir une adoption provisoire en attendant la décision de la Cour justice, mais ce scénario n’est pas plus favorable.
Pourquoi? Parce que cela fait 26 années que nous sommes sur ce traité et qu’il n’est toujours pas prêt. Le message que l’on donne à d’autres pays avec lesquels on traite est que l’Union européenne n’est pas à même de prendre des décisions relativement rapidement, compte tenu de l’urgence actuelle.
Si dès le premier accord on trébuche
C’est la crédibilité commerciale de l’UE qui se joue. La Commission européenne étudie d’autres accords de libre-échange avec l’Inde, le Mexique, la Thaïlande ou encore la Malaisie et le message que l’Europe leur envoie n’est pas encourageant.
Il faut maintenant que l’Union européenne, avec le Luxembourg, fasse des petits pas très rapidement pour trouver de nouveaux axes de diversification et trouver de nouveaux marchés. Mais si dès le premier accord on trébuche, ce n’est pas bon signe.
Que représente le marché du Mercosur pour les entreprises luxembourgeoises?
Il y a plusieurs niveaux qu’il faut prendre en compte pour le Luxembourg. Il y a, d’une part, les exportations directes vers le Mercosur, mais elles sont relativement limitées. Ces exportations représentent à peine 10% environ de nos exportations vers les États-Unis.
En revanche, il y a évidemment un certain nombre de sociétés qui, à l’heure actuelle, se tournent vers ces nouveaux marchés. Comme, encore une fois, nous avons une nouvelle configuration au niveau géopolitique et qu’il faut se tourner vers de nouveaux marchés.
L’un des grands mérites de cet accord de libre-échange est d’encourager cette entrée dans le Mercosur. Pour l’industrie automobile européenne, qui est en souffrance, ce marché est très important. Et, justement, au Luxembourg, nous avons des fournisseurs de l’industrie automobile. Cette porte moins ouverte vers le Mercosur ferme donc aussi des portes aux entreprises luxembourgeoises qui en fournissent d’autres.