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Les métiers en vogue au Luxembourg ne sont pas ceux que vous croyez


Maîtriser les nouvelles technologies reste un atout en 2026. (Photo : adobe stock)

Contrairement aux idées reçues, les professions liées à l’intelligence artificielle ne dominent pas les offres d’emploi au Luxembourg. Les métiers traditionnels restent largement majoritaires, même si les nouvelles technologies gagnent progressivement du terrain.

Femmes de ménage, secrétaires, ouvriers en manufacture, cuisiniers… Loin du cliché d’un marché du travail dominé par les data scientists et autres ingénieurs en IA, ce sont bien les métiers traditionnels qui continuent d’occuper le devant de la scène dans les offres d’emploi reçues à l’Adem. 

Un constat qui peut surprendre, à l’heure où l’intelligence artificielle fait quotidiennement la une de l’actualité. «Le cliché disant que les métiers les plus recherchés et en vogue sont liés à l’IA est plutôt erroné si on compare avec le volume d’offres postées sur l’Adem», confirme Francesca Bartoli, statisticienne auprès de l’Agence pour le développement de l’emploi. 

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les secteurs «traditionnels», comme le secrétariat, les manufactures ou encore le transport, concentrent toujours l’essentiel des opportunités professionnelles. Selon le portail en ligne jobinsight, les métiers les plus recherchés par les employeurs sur toute l’année 2025 concernent le personnel de cuisine, la comptabilité ou encore le secrétariat. 

Si l’on regarde du côté des métiers en pénurie sur l’année complète, ce sont les éducateurs pour jeunes enfants qui sont les plus convoités, suivis par les infirmiers ou encore les cuisiniers. (Voir les encadrés ci-dessous) 

Une croissance spectaculaire pour l’IA 

Pourtant, les nouvelles technologies ne sont pas totalement absentes du paysage luxembourgeois. Bien au contraire. Entre 2024 et 2025, les offres d’emploi issues du secteur de l’IA ont connu une progression fulgurante : de 7 offres postées en 2024, on est passé à 32 offres en 2025, soit une multiplication par cinq, en seulement un an. 

Une croissance certes, spectaculaire en pourcentage, mais qui reste modeste en valeur absolue. «C’est compliqué à quantifier et même si la croissance est là, cela reste une part minime comparée à la majorité des emplois recherchés chez nous», admettent les statisticiens de l’Adem, conscients que ces chiffres ne reflètent qu’une partie de la réalité d’un marché en pleine mutation et pluriel. 

Cette difficulté à mesurer l’ampleur du phénomène s’explique notamment par l’incertitude qui entoure l’évolution des métiers ces prochaines années. «25 à 50% des métiers à venir ces 10 prochaines années n’existent pas encore», appuie François-Xavier Borsi, expert de l’Adem. Une projection qui rejoint les conclusions de l’étude du Statec publiée en décembre dernier, qui révélait que 90 % des travailleurs luxembourgeois verraient leur activité évoluer avec le développement de l’IA. 

Un outil à maîtriser pour tous 

Face à cette transformation, le message des statisticiens de l’Adem est clair : «Il faut que les métiers actuels intègrent les nouvelles technologies dans leur travail. Il y a des gens qui ont beaucoup d’expérience professionnelle et qui n’ont jamais eu à utiliser les outils numériques. Aujourd’hui, pratiquement tous les emplois requièrent des compétences numériques, et même pour postuler, il faut savoir utiliser un ordinateur.»

Autrement dit, plutôt que de créer une nouvelle classe de professionnels spécialisés en IA, l’enjeu consiste à permettre aux travailleurs existants de s’approprier ces outils. 

«C’est intéressant de se spécialiser. D’apprendre à utiliser ChatGPT pour faciliter son propre travail par exemple, mais tout bouge très vite», nuance-t-il, soulignant le paradoxe d’un secteur en perpétuelle évolution, mais où les compétences d’aujourd’hui peuvent vite devenir obsolètes demain. 

Une prise de conscience qui se traduit déjà dans les formations actuelles proposées au Grand-Duché. En effet, toutes les formations dispensées par la Chambre des salariés par exemple incluent désormais obligatoirement un module sur l’intelligence artificielle, quel que soit le métier concerné. Chacun est ainsi invité à découvrir comment ces technologies peuvent transformer sa pratique professionnelle. 

Une évolution qui fait aussi écho à l’ouverture en 2024 du BTS Applied Artificial Intelligence au lycée des Arts et Métiers, formation pionnière qui vise à former non pas des développeurs d’IA, mais des professionnels capables de l’utiliser efficacement dans leur secteur d’activité. 

Des secteurs inégalement concernés 

L’étude du Statec révèle également que tous les secteurs ne sont pas logés à la même enseigne face à la révolution technologique. Si la finance verrait 71 % de ses travailleurs assistés par l’IA dans leurs tâches quotidiennes, les secteurs de la santé, des activités scientifiques et de l’information bénéficieraient également fortement de ces nouvelles technologies. 

À l’inverse, le commerce et l’administration publique figurent parmi les branches les plus exposées au risque d’automatisation, avec respectivement 24 % et une proportion importante de postes potentiellement automatisables. L’Horeca présente quant à lui une situation particulière, avec 61 % des travailleurs dont l’exposition reste incertaine. 

Pour les chercheurs d’emploi et/ou les actifs en reconversion, le message ici est double : continuer à viser les secteurs qui recrutent massivement aujourd’hui, tout en se préparant à un monde professionnel où la maîtrise des outils numériques, IA comprise, deviendra aussi fondamentale que la lecture et l’écriture.

Top 5 des métiers en pénurie en 2025 

  1. Éducateur de jeunes enfants 
  2. Infirmier
  3. Gestionnaire d’organisme de placement collectif en valeurs mobilières 
  4. Auditeur interne
  5. Cuisinier 
Top 10 des secteurs recherchant le plus d’employés en 2025 

  1. Études et développement informatique
  2. Personnel de cuisine
  3. Comptabilité
  4. Secrétariat
  5. Analyse de crédits et risques bancaires
  6. Service en restauration
  7. Expertise et support technique
  8. Nettoyage de locaux
  9. Défense et conseil juridique
  10. Conseil en organisation et management d’entreprise 

Fin de l’âge d’or pour l’IT?

Après une décennie de croissance, les métiers de l’informatique au Luxembourg subissent un recul inédit de la demande depuis 2022.

Le nombre de demandeurs d’emploi dans l’IT a plus que doublé, passant de 249 fin 2022 à 510 fin 2024. (Photo : adobe stock)

Octobre 2022 : 1 694 postes vacants en informatique restent ouverts au Luxembourg, un record historique. Décembre 2024 : ils ne sont plus que 514. En deux ans à peine, le marché de l’emploi IT a basculé dans une réalité inconnue depuis quinze ans au Luxembourg. 

«Le nombre de postes vacants déclarés à l’Adem a été multiplié par 2,8 entre 2015 et 2022», rappelle le rapport du Statec dévoilé en juin 2025. Mais depuis, la tendance s’est brutalement inversée : entre 2022 et 2024, «les postes déclarés pour ces métiers ont baissé de 36 %, passant de 4 592 à 2 944». 

Deux catégories sont particulièrement impactées : «les analystes fonctionnels, analystes programmeurs, les développeurs (développeurs informatiques, développeurs full-stack, développeurs web…), les consultants en informatique et les chefs de projet en maîtrise d’ouvrage». 

Le secteur de la programmation et conseil informatique affiche une «diminution de 56 %» de ses offres entre 2022 et 2024. «Ce revirement du marché nous interpelle, d’autant que ces métiers font partie de la liste des métiers très en pénurie depuis 2023», souligne l’Adem. 

Les profils juniors en difficulté 

Les entretiens menés auprès de sociétés de conseil révèlent que «les clients optimisent différemment leurs équipes IT en interne» en transmettant «certaines activités IT vers des centres de compétences internes, délocalisés dans des pays où la main d’œuvre est moins onéreuse». L’Inde, le Maroc, la Pologne ou encore la Roumanie sont cités. 

Conséquence : «les demandes clients sont orientées vers des profils très expérimentés». Les employeurs recherchent des «personnes qui disposent d’une expérience de 5 à 10 ans, avec une grande capacité d’autonomie, et qui sont opérationnelles de manière immédiate». 

«Cela pose la question de l’intégration sur le marché de l’emploi des jeunes diplômés en informatique», alerte le rapport. «Il s’agit vraisemblablement d’une situation inédite pour le Luxembourg, qui n’était pas arrivée depuis les 10 à 15 dernières années.» 

En parallèle, le nombre de demandeurs d’emploi dans l’IT a plus que doublé, passant de 249 fin 2022 à 510 fin 2024. Face à ces mutations, «poursuivre les efforts en matière d’upskilling est indispensable», conclut l’Adem, qui propose des formations ciblées en cloud, cybersécurité et intelligence artificielle.

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