Le président américain, Donald Trump, est attendu à Davos mercredi pour un face-à-face avec les dirigeants européens, alors que sa volonté d’annexer le Groenland menace de faire éclater l’alliance transatlantique.
Parti dans la soirée de Washington, le dirigeant a été contraint de faire demi-tour en raison d’un « problème électrique mineur » à bord d’Air Force One, selon la Maison-Blanche, et s’est envolé à bord d’un second appareil peu après minuit (05 h 00 GMT), soit avec environ deux heures et demie de retard sur l’horaire initial. Avant son départ pour le Forum économique mondial dans la très chic station suisse, Donald Trump a raillé les Européens avec virulence au sujet du Groenland, vaste île danoise autonome qu’il convoite.
Interrogé sur les extrémités jusqu’auxquelles il était prêt à aller pour en prendre le contrôle aux dépens du Danemark, membre de l’OTAN, Donald Trump a répondu : «Vous le découvrirez.» Il a toutefois confié, au moment de quitter la Maison-Blanche pour prendre l’avion mardi, n’avoir «aucune idée» de la façon dont son voyage à Davos allait se dérouler.
Son discours au Forum, auquel il participe pour la première fois depuis 2020, est prévu à 14 h 30. Donald Trump a annoncé qu’il tiendrait par ailleurs plusieurs réunions sur le Groenland.
«Influence néfaste»
Le dirigeant insiste sur le fait que le Groenland, par ailleurs riche en minéraux, est vital pour la sécurité des États-Unis et de l’OTAN face à la Russie et à la Chine, alors que la fonte des glaces dans l’Arctique ouvre de nouvelles routes et que les superpuissances rivalisent pour obtenir des avantages stratégiques. Il a accentué la pression en menaçant d’imposer de nouveaux droits de douane allant jusqu’à 200 % à huit pays européens pour leur soutien au Danemark, ce qui a incité l’Europe à menacer les États-Unis de représailles.
Mardi à Davos, Emmanuel Macron a mis en garde contre les tentatives américaines de «subordonner l’Europe» et a qualifié les menaces américaines d’«inacceptables». Il a promis de tenir tête aux «intimidateurs», tandis que l’Union européenne a promis une réponse «inflexible». Le président français a été la cible des moqueries de son homologue américain, qui a révélé publiquement un SMS proposant un sommet du G7 à Paris jeudi, consacré au Groenland et à l’Ukraine. Donald Trump a ensuite déclaré qu’il ne participerait à aucune réunion de ce type, tandis qu’Emmanuel Macron a précisé qu’aucune rencontre n’était, de fait, prévue.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a quant à elle averti que Donald Trump risquait de plonger les relations des États-Unis avec l’UE dans une spirale négative. Le Premier ministre canadien, Mark Carney, qui s’efforce de réduire la dépendance de son pays vis-à-vis de Washington depuis que Donald Trump a appelé à faire du Canada le 51e État américain, a reçu une ovation pour sa position. «Le Canada soutient fermement le Groenland et le Danemark», a lancé Mark Carney au Forum.
«Les puissances moyennes doivent agir ensemble, car si nous ne sommes pas à la table (des discussions), nous sommes au menu», a-t-il ajouté. Donald Trump souhaite selon la Maison-Blanche se concentrer dans son discours à Davos sur l’économie américaine, confrontée à une hausse du coût de la vie qui menace le Parti républicain alors qu’approchent les élections de mi-mandat de novembre. Mais le Groenland sera immanquablement évoqué.
«La fin de l’OTAN»
Le Premier ministre du Groenland, Jens-Frederik Nielsen, a appelé mardi ses 57 000 concitoyens à se préparer à une éventuelle intervention militaire. Le président lituanien, Gitanas Nauseda, a souligné que toute action de ce type des États-Unis contre un allié « signifierait la fin de l’OTAN ». Le sénateur républicain Thom Tillis, membre d’une délégation bipartite du Congrès américain qui s’est rendue à Copenhague et à Davos, a toutefois assuré que «la situation s’apaisera avec le temps».
Jeudi, Donald Trump devrait annoncer la première charte de son «Conseil de la paix», un organe de résolution des conflits internationaux concurrent des Nations unies. Initialement conçu pour superviser la reconstruction de Gaza, le Conseil, d’après un projet de charte, ne semble en fait pas limiter son rôle au territoire palestinien occupé.
L’invitation lancée au président russe Vladimir Poutine a suscité une vive inquiétude parmi les alliés de l’Ukraine, après près de quatre ans de guerre provoquée par Moscou. La Russie est restée évasive sur le différend concernant le Groenland, tout en dépêchant un haut représentant de Vladimir Poutine pour rencontrer des responsables américains à Davos et parler de sa vision d’un éventuel plan de paix en Ukraine.