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Affaire Traversini : l’univers impitoyable de Differdange


Roberto Traversini est accusé d’avoir profité de sa fonction de bourgmestre. (photo : alain rischard)

Onze catégories de faits, dont huit crimes, sont reprochées à Roberto Traversini. L’ancien bourgmestre de Differdange assure avoir toujours œuvré dans l’intérêt de sa communauté sans penser à mal.

Avec des si, on met Luxembourg en bouteille et avec des si j’avais su, Roberto Traversini aurait agi différemment pour éviter la déferlante d’accusations au cœur de l’affaire Gaardenhaischen, abri de jardin en luxembourgeois. Sur le moment, l’ancien bourgmestre de Differdange n’aurait pas pensé à mal. Le bien-être de sa communauté aurait été son seul intérêt. Des erreurs, si erreurs il y a, il les aurait commises à l’insu de son plein gré. Le prévenu regrette aujourd’hui d’avoir inconsciemment tendu le bâton pour se faire battre à ses détracteurs et d’avoir entraîné ses trois coaccusés dans son sillage.

Ce mercredi matin, il découvrira si le parquet partage son avis. Mardi, il a répondu pendant plus de deux heures aux questions du président de la 7e chambre correctionnelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg. Un exercice auquel il tenait à se plier pour s’expliquer et rétablir sa vérité. Roberto Traversini est accusé de prise illégale d’intérêts, abus de confiance et détournement de biens publics. Les reliquats de l’affaire Gaardenhaischen, classée sans suite. Le mot «Gaardenhaischen» lui donne des sueurs froides. Le scandale a été dévastateur pour sa carrière politique et sa réputation.

Si la question d’un conflit d’intérêts se pose, c’est peut-être qu’il y a conflit, a laissé entrevoir le parquet. Et ce, même si la gravité des faits reprochés est relative.

Le juriste de la Cité du fer aurait assuré à Roberto Traversini qu’il pouvait participer au vote de la saisine du PAG qui comprenait le reclassement de la parcelle du 15A, rue de Pétange à Niederkorn héritée par l’ancien bourgmestre. «À posteriori, le vote était tellement clair que ma voix importait peu et j’aurais pu quitter la salle du conseil communal.»

Les plans dessinés par le stagiaire? Roberto Traversini a été contacté par «un haut fonctionnaire du ministère de l’Éducation nationale» à la recherche d’un local pour implanter un centre socio-thérapeutique. La commune n’en avait plus de libre. «J’ai pensé à la maison de la rue Roosevelt. Le ministère voulait des plans», explique-t-il. «Je suis pragmatique. J’ai voulu agir vite. Ce n’était pas pour épargner 200 euros ou faire gagner de l’argent à Hélène.» Sa compagne. Elle a loué sa maison au Sikor.

Et les plans de sa maison à Niederkorn? On ne l’y reprendra plus. Idem pour les signatures du contrat de bail de l’immeuble de la rue Roosevelt et de la lettre «standardisée» adressée à sa compagne. Le prévenu prétend avoir agi en sa qualité de bourgmestre sur demande du ministère et du Sikor. «J’ai pensé à la collectivité, pas à ma compagne. Il y avait un besoin et il fallait lancer la procédure.» Et de poursuivre : «À part nos deux enfants, ma compagne et moi n’avons rien en commun, nous séparons tout.»

Roberto Traversini assure avoir toujours agi dans l’intérêt de sa commune et de ses citoyens. Ç’aurait été le cas avec le contrat signé avec l’entreprise de construction CBL pour le reprofilage de la rue de Pétange, le bardage en bois du fameux abri de jardin et le raccordement de sa maison de Niederkorn au réseau des eaux usées. Les travaux effectués par Creos ainsi que la pose d’une clôture à 8 000 euros et les plaques de trottoir partaient de la même idée.

«Pas que des amis»

«J’ai juste lancé le dossier avec une signature. Je n’en ai plus entendu parler ensuite.» Jusqu’à ce que l’opposition au conseil communal lance l’affaire Gaardenhaischen. «Mon but n’était pas de faire porter les frais à la commune.» Roberto Traversini se serait réjoui à l’époque de pouvoir contribuer à former les bénéficiaires du CIGL. L’ancien bourgmestre se répète. Aujourd’hui, une famille afghane loue la maison de la rue de Pétange à un loyer réduit.

«Je n’avais pas que des amis dans la commune», assure le prévenu. Il raconte avoir été piégé, épié et dénoncé à la police par des membres de l’opposition politique longtemps après le début du scandale. Ses opposants auraient fait d’une pierre deux coups en essayant de nuire au passage au nouveau chef du service technique.

«Je n’ai pas vu de problème à proposer de faire réaliser les plans par le stagiaire, car nous avions déjà réalisé ce genre de projets publics dans des biens privés», note Giorgio. «Je ne peux que confirmer ce que Roberto Traversini a déjà dit. Je n’ai pas suivi les dossiers.» Problème : les deux biens n’étaient pas encore entre les mains de la commune quand les plans ont été dessinés.

L’idée de mettre la maison de la rue Roosevelt à la disposition du ministère de l’Éducation nationale est venue au couple «au petit-déjeuner», selon sa compagne. Le projet de centre socio-thérapeutique a été abandonné. Le Sikor devait ensuite investir les lieux. Il ne l’a pas fait. Au final, la maison est louée à une entreprise.

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