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Accord UE-Mercosur : «Les apiculteurs ne sont pas entendus»


Au Grand-Duché, le nombre d'apiculteurs professionnels et semi-professionnels pourrait diminuer à cause de l'accord UE-Mercosur. (Photo : archive editpress/Didier Sylvestre)

Alors que la signature de l’accord UE-Mercosur promet l’arrivée massive de miels sud-américains à bas prix, les apiculteurs luxembourgeois, comme européens, craignent une concurrence déloyale et des produits frelatés.

Tandis que les abeilles européennes hibernent, les apiculteurs voient leurs ruches bien secouées en ce début d’année. À l’instar des autres secteurs de l’agriculture, les producteurs de miel se montrent inquiets face aux conséquences de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur signé le 17 janvier dernier.

Pour Andreas Reichart, conseiller apicole de la Fédération des Unions d’Apiculteurs du Grand-Duché (FUAL), il est clair que «cet accord est une menace» en raison du prix inférieur proposé par les pays tiers. «Ce n’est pas une menace immédiate, mais pour le futur, d’ici cinq ans, puisqu’il y aura du miel bon marché, donc il sera de plus en plus difficile d’être rentable pour les producteurs européens.»

Selon les estimations, l’accord UE-Mercosur prévoit une importation annuelle de 45 000 tonnes de miel sud-américain en Europe. Soit près de 18 % de la production européenne en 2024 ou l’équivalent de la consommation annuelle en France.

 

La crainte du miel frauduleux

En tant que troisième producteur mondial de miel derrière la Chine et la Turquie, l’Argentine devrait logiquement profiter de l’accord UE-Mercosur afin d’être l’exportateur numéro un vers le Vieux Continent. «Les apiculteurs auront les mêmes problèmes que les éleveurs bovins», compare Andreas Reichart. «Il y a un nouvel acteur qui entre en jeu, qui peut exporter de grosses quantités à des prix moins chers, donc c’est dangereux. Ce sera difficile de protéger les apiculteurs européens.»

Au Grand-Duché, la FUAL compte 700 membres et recense «trois apiculteurs professionnels et de 10 à 30 semi-professionnels», qui pourraient donc être impactés financièrement par l’importation sud-américaine à moindre coût. Jusqu’à stopper leur activité ? «C’est possible, tous les pays européens seront touchés quelle que soit leur taille», répond le conseiller apicole en ajoutant «qu’il y a aussi d’autres problèmes que le prix».

 

L’Argentine, membre du Mercosur, est le troisième producteur mondial de miel. (Photo : archives editpress/hervé montaigu)

Sur le plan commercial, Andreas Reichart affirme que le marché européen sera davantage exposé à la vente de miels frauduleux. Un rapport de la Commission européenne paru en 2023 estime en effet que 46 % des miels importés sont «suspectés d’adultération par des sirops de sucre».

Ce pourcentage pourrait alors croître en raison du manque de contrôle dans les pays du Mercosur, selon les syndicats d’apiculture européens. «Le miel frauduleux est vendu à bas prix dans les supermarchés dans le même rayon que notre miel, c’est donc un gros problème, au Luxembourg comme ailleurs.»

 

«Dire aux consommateurs d’acheter local»

À propos de concurrence déloyale et de miel frauduleux, l’apiculture européenne avait déjà tiré la sonnette d’alarme en juin dernier à la suite d’un autre accord commercial conclu avec l’Ukraine. Moins médiatisé que celui avec le Mercosur, l’accord permet à l’Ukraine d’exporter son miel sans frais de douane et avec un quota augmenté au sein de l’UE afin de la soutenir dans sa guerre contre la Russie.

Ainsi, l’importation annuelle de miel ukrainien est passée de 6 500 tonnes maximum en 2016 à 35 000 tonnes depuis l’été dernier. Là aussi, le produit est moins cher et soupçonné de fraude : «Certains pensent que le miel chinois est vendu sous étiquette ukrainienne par exemple».

Face à la concurrence étrangère, l’apiculture souhaite se défendre, mais ne parvient que trop peu à faire entendre sa voix. «Les apiculteurs ne sont pas entendus. Nous sommes peu de professionnels, nous n’avons pas de tracteurs pour bloquer les routes et les problèmes des autres agriculteurs sont plus importants pour le gouvernement, car ils font plus d’argent», déplore Andreas Reichart.

Afin de perdurer malgré tout, «il faut faire de la communication et dire aux consommateurs d’acheter local, surtout avec la nouvelle génération qui ne fait pas forcément attention». La labélisation du miel luxembourgeois «Marque nationale Lëtzebuerger Hunneg» est pour Andreas Reichart «le seul moyen pour le consommateur de savoir que c’est un bon produit local et de lui rappeler l’intérêt de l’acheter pour nous soutenir».

Le conseiller apicole rappelle aussi que les abeilles sont vitales, car «elles assurent la pollinisation de nos champs, de nos arbres et de notre nature».

 

Le label «Marque nationale Lëtzebuerger Hunneg» permet de promouvoir le miel local. (Photo : archives editpress/lucien montebrusco)

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