Avoir été un bon bourgmestre et être accusé de prise illégale d’intérêts n’est a priori pas incompatible. Roberto Traversini en est l’exemple type. Aux juges de faire pencher la balance.
Point d’abri de jardin cette fois, mais une maison située rue de Pétange à Niederkorn et une autre rue Roosevelt à Differdange. Roberto Traversini, ancien bourgmestre de Differdange et ancien député écologiste, comparaît ces jours-ci devant la 7e chambre correctionnelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg avec un ancien collaborateur et son épouse pour prise illégale d’intérêts et détournement d’argent public dans l’exercice de ses fonctions ainsi qu’abus de confiance.
L’affaire remonte à 2019. À l’époque, Roberto Traversini rénove une bâtisse reçue en héritage avec l’aide du CIGL, initiative pour l’emploi qu’il présidait. Un stagiaire de la commune aurait dessiné les plans de ce bien immobilier – ainsi que ceux du 11, rue Roosevelt. Le tout aux frais de la commune, comme le raccordement aux réseaux d’eau et d’électricité. De plus, la maison de Niederkorn était située dans la zone qui ne devait pas accueillir d’habitations… avant une refonte du plan d’aménagement communal (PAG).
Roberto Traversini a reconnu ses torts et a payé à la commune les services dont il avait bénéficié. Il n’a pas souhaité s’exprimer lundi et aura la parole ce mardi après-midi. Quant aux deux employés communaux, ils risquent en cas de condamnation de faire l’objet d’une procédure disciplinaire.
L’un d’entre eux n’était d’ailleurs pas présent en ce premier jour de procès. Son avocat, Me Bock, a informé le tribunal qu’il souffrait de graves problèmes de santé et se trouvait actuellement en soins intensifs. Le parquet a requis la disjonction du volet de l’affaire le concernant. L’autre, Giorgio, ainsi que la compagne de Robert Traversini rejettent les accusations à leur encontre.
Le chef du service technique est accusé d’avoir confié les plans au stagiaire et la prévenue de prise illégale d’intérêts pour avoir reçu le soutien de l’ancien député-maire pour établir un centre socio-thérapeutique dans l’immeuble du 11, rue Roosevelt. Elle aurait également profité des loyers grâce à un contrat de bail signé par son compagnon.
Un point en moins
Lundi, il était notamment question de rétablir la probité de Roberto Traversini, à qui l’affaire a coûté sa carrière politique. Me Grasso a, pour ce faire, fait appeler cinq témoins à la barre. Le secrétaire communal de la Cité du fer a expliqué le processus de vote en cas de conflit d’intérêts lié à une modification du PAG. «La personne concernée quitte la salle du conseil communal avant le vote», explique-t-il. Dans le cas présent, le terrain de Niederkorn devait être reclassé de zone de jardinage en zone d’habitation. N’ayant pas encore hérité à ce moment-là, Roberto Traversini avait voté favorablement pour le projet de PAG, mais avait déjà démissionné au moment du vote définitif. «De quoi évacuer ce point», commente Me Grasso.
Le secrétaire de la commune a été bombardé de questions sur le fonctionnement de différents services et syndicats de l’administration communale de la part des avocats de la défense. Le but : démonter des accusations à l’encontre des prévenus. Un troisième témoin, ancien échevin de Differdange, a assuré que Roberto Traversini avait bien participé aux discussions autour du nouveau PAG et qu’il avait été un bourgmestre au service de ses administrés.
«Ces motivations étaient autres que son enrichissement personnel. Il a toujours voulu défendre les injustices», insiste ce témoin. «Je ne pense pas qu’il ait agi délibérément de manière répréhensible.» «Les projets initiés par Roberto Traversini étaient destinés à aider les citoyens de Differdange et à rendre la commune plus attrayante. Je n’ai jamais eu l’impression qu’il faisait cela pour lui», lance le trésorier du CIGL de Differdange.
Outre le fait que Roberto Traversini était un bourgmestre «engagé», on aura également appris les inimitiés au sein du service technique de la commune, les «trop longues pauses café» de ses employés, les nombreux projets publics de la commune, le fonctionnement du CIGL entre autres développements positifs opérés par Roberto Traversini en son temps pour sa commune.
Affaire Gaardenhaischen
L’ancien député-maire de Differdange avait réalisé des travaux dans son abri de jardin ainsi que des travaux de terrassement sans l’autorisation du ministère de l’Environnement. L’abus de pouvoir guettait, mais après enquête, le juge d’instruction a décidé de ne pas procéder à une inculpation et le parquet de Luxembourg a décidé de classer le dossier sans suites pénales. L’autorisation a été donnée a posteriori par la ministre de l’Environnement Carole Dieschbourg.