Deux mois après les révélations sur le climat toxique à l’université du Luxembourg, les députés s’apprêtent à interroger la ministre en commission parlementaire.
C’est le groupe politique du CSV à la Chambre des députés qui a demandé fin décembre de mettre ce point à l’ordre du jour de la prochaine réunion de la commission de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.
Ainsi, les nombreux témoignages – dont une quinzaine de personnes dans notre enquête – parus dans la presse fin 2025, pointant des pratiques abusives en interne, seront examinés par les parlementaires, qui ont invité la ministre à les rejoindre le mardi 27 janvier.
«Des employés actuels et anciens font état de situations de harcèlement, d’un climat de crainte et de dysfonctionnements managériaux persistants, dont certains sont désormais examinés par la justice. Dans ce contexte, nous souhaitons avoir un échange avec la ministre», pouvait-on lire dans la demande des chrétiens-sociaux au président de la Chambre.
Il faut dire que jusqu’ici, Stéphanie Obertin, ministre de tutelle de l’université, est restée plutôt discrète sur ce dossier. Questionnée début novembre par Le Quotidien, elle avait assuré «ne pas avoir connaissance des faits évoqués», prendre «très au sérieux toute allégation de ce type» et demandé au recteur de prendre «les mesures appropriées».
Mais au lieu du coup de pied dans la fourmilière espéré par les personnes ayant pris la parole – la peur au ventre pour la plupart, quand d’autres ont finalement renoncé, par crainte de représailles – le recteur avait annoncé face à la presse un bilan et un groupe de travail.
Un problème «structurel»?
Interrogée par la députée Françoise Kemp (CSV), la ministre avait apporté quelques éléments statistiques, sans vraiment prendre position. D’où une nouvelle série de questions déposées le 16 janvier, portant cette fois plus spécifiquement sur l’équilibre du pouvoir à l’université, «compte tenu du rôle de tutelle de l’État, et des enjeux de gouvernance».
Au LSAP, la députée Liz Braz observait quant à elle, dans une autre question parlementaire adressée à Stéphanie Obertin fin décembre, que ces témoignages «soulèvent des interrogations sérieuses quant au caractère structurel de ces problèmes, et quant à l’effectivité des mécanismes internes de prévention, de contrôle et de traitement des alertes».
Les deux députées, membres de la commission, pourront donc directement s’adresser à Stéphanie Obertin lors de la réunion du 27 janvier.

Une ex-employée des RH a quitté l’université «à cause du climat malsain et des abus de certains responsables». (Photo : vincent lescaut)
«Le supérieur abuse de son pouvoir»
Sans oublier que, depuis la publication de nos articles, de nouveaux témoignages nous parviennent. Tous décrivent des faits et abus du même type que ceux rapportés par nos premiers témoins.
«Je ne peux que confirmer que l’université est un lieu où le supérieur hiérarchique abuse de son pouvoir en forçant ses subordonnés à effectuer des tâches non prévues par leur contrat», déplore un membre de l’institution.
«Lors des audits, les personnes interrogées sont triées sur le volet et tout repose sur la documentation compilée par l’université elle-même. La direction ne tolère aucune critique», affirme-t-il.
Plainte au ministère
Une victime directe assure qu’une plainte a été déposée auprès du ministère et transmise à la direction de l’université, «sans obtenir de réponse». Tandis qu’une ex-collaboratrice, employée au service des ressources humaines pendant 15 ans, dit être partie en retraite anticipée «à cause du climat malsain et des abus de pouvoir de certains responsables».
«Nous avons de nombreux faits qui corroborent les informations publiées», assurent encore par courriel des employés de la bibliothèque universitaire. Comme cet enseignant, directeur de filière actuellement en poste : «Je ne peux malheureusement que confirmer, et soutenir vos analyses concernant un dysfonctionnement profond impactant les salariés mais aussi les étudiants.»
Certains courriers évoquent aussi de graves problèmes au sein des instituts de recherche publics LIST et Liser, qui ont des liens étroits avec l’université.
Le SEW-OGBL face à la ministre
Ces faits relayés par la presse auraient sans doute mérité d’être mis sur la table lors de la récente entrevue du SEW-OGBL avec la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, dont le thème était justement le «bien-être du personnel».
Pourtant, la situation à l’université n’a été que «brièvement évoquée», assume Frédéric Krier, secrétaire central du syndicat Éducation et Sciences (SEW). «La rencontre a plutôt porté sur le niveau sectoriel (…) notamment les plans quadriennaux qui seront signés prochainement.»