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Olivier Toth : «En 20 ans, il y a eu de très grands moments à la Rockhal»


Olivier Toth revient sur les 20 ans de la Rockhal. Deux décennies qui auront marqué de nombreuses évolutions. (Photo : julien garroy)

En deux décennies, Olivier Toth a vu défiler de grandes légendes et éclore les talents de demain. Le directeur de la Rockhal nous livre les coulisses d’une industrie en pleine mutation et ses projets pour l’avenir.

Vous avez fêté l’année dernière les 20 ans de la Rockhal. Quels sont les grands moments qui ont marqué ces deux décennies?

Olivier Toth : Il y en a tellement que l’on pourrait prendre une journée pour en parler (il rit). Mais oui, des moments forts il y en a eu de nombreux (…). L’ouverture de la salle de spectacle en 2005 a été un épisode très marquant pour moi. Nous étions une équipe d’une douzaine de personnes. À l’époque, personne n’avait vécu, dans sa carrière professionnelle, un évènement de cette envergure. Il y avait un mélange d’adrénaline et d’excitation. Il faut savoir qu’il y a 20 ans, cette salle était très attendue du public (…).

Si on fait références aux concerts, il y a eu aussi des épisodes assez incroyables. J’en citerai déjà deux : les Daft Punk en 2007 et la résidence artistique d’Hans Zimmer en 2016. Je me souviens aussi du concert d’Apparat, un artiste electro, qui avait livré une expérience inédite dans le club. Enfin, Encore! et le Monumental Tour, spectacle retraçant l’impact des 20 ans de la Rockhal et du Rocklab étaient aussi des moments marquants.

Vous évoquez cet évènement qui a réuni plusieurs centaines de personnes en septembre dernier devant les hauts-fourneaux de Belval. Souhaitez-vous faire perdurer ce genre de rendez-vous dans le futur?

Nous avons déjà organisé ce type d’évènement « open-air » en 2018 avec Sting et Shaggy ainsi qu’en 2022 avec Imagine Dragons et les Black Eyed Peas (…). C’est une configuration qui accompagne nos réflexions de manière régulière, car nous trouvons le décor des hauts-fourneaux unique et très inspirant. Nous n’avons pas de date fixée, mais c’est un projet que nous gardons en tête vu le caractère exceptionnel de la coulisse tant pour le public que pour les artistes.

En 20 ans, la salle de spectacle a beaucoup évolué. Quel moment l’a-t-il définitivement ancrée sur la carte européenne des tournées des artistes?

C’est certainement en 2009 lorsque nous avons accueilli les Depeche Mode. Il s’agissait d’une résidence de préparation de leur tournée mondiale. Un peu plus tard, nous avons eu aussi le privilège de produire le premier concert de la tournée des Sounds of the Universe. Cela nous a certainement donné une attention au niveau global (…). Je parlerai aussi de la venue en 2011 de Prince qui nous a offert une belle reconnaissance dans le milieu (…). De manière générale, chaque artiste de petite ou de grande, voire de très grande envergure, va en quelque sorte attirer le prochain, ou du moins nous aider à être plus reconnus (…). Il faut dire que les artistes de grande notoriété apprécient le côté un peu plus intimiste de notre salle. Avant de devenir de grands noms, ils sont tous passés par de plus petites salles, tels que Stromae ou Dua Lipa par exemple. Pendant leur tournée, ils recherchent ces moments chaleureux avec leur public.

Un concert n’est plus une salle avec une acoustique descente, une scène, un artiste, la bière et un snack

Comment sont sélectionnés les artistes qui se produisent à la Rockhal?

C’est un processus qui va dans les deux sens. Soit ce sont les artistes ou agents artistiques qui nous contactent ou bien c’est nous qui nous mettons en relation avec l’agent. Il y a ensuite une discussion d’intérêt et de négociation sur les conditions de leur venue (…). De manière générale, notre ambition, et notre mission, est de promouvoir la diversité artistique (….). Il m’arrive de réaliser des voyages dans de nombreux pays pour découvrir de nouveaux artistes.

En deux décennies, comment le public luxembourgeois et de la Grande Région a-t-il évolué dans ses habitudes de consommation de concerts?

L’industrie a beaucoup changé durant ces 20 dernières années et il y a eu une évolution claire sur la consommation de la musique tout court. Le public est devenu plus exigeant. Aujourd’hui, un concert n’est plus une salle avec une acoustique descente, une scène, un artiste, la bière et un snack. Le public recherche une expérience un peu plus large que par le passé, l’évolution des carrières d’artistes parfois plus volatile, rendant le travail de programmation plus complexe qu’auparavant.

Avez-vous des projets en cours pour répondre à ce changement?

Oui, nous en avons plusieurs dans les années à venir. Nous souhaitons mettre en place des balcons dans la grande salle de la Rockhal. C’est quelque chose que nous avons déjà commencé puisqu’un premier balcon a été installé pendant la pandémie dans le club. Nous avons également l’ambition d’offrir davantage de places assises et des espaces semi-premium ou premium au public.

L’augmentation des prix des billets peut pénaliser les artistes émergents

Comment l’intelligence artificielle influence-t-elle concrètement la gestion d’une salle comme la vôtre?

L’IA nous montre que de nombreuses possibilités s’offrent à nous dans ce secteur que ce soit dans les outils de pilotage, de recherche, mais aussi d’organisation. Je pense qu’elle aura un rôle clé dans les domaines de la production, de l’éclairage, de la création, du visuel. C’est quelque chose qui aujourd’hui déjà est assez présent. Par contre, il ne faut pas oublier que notre industrie est basée sur les rapports humains dans toute leur richesse et diversité. L’IA, même présente dans les processus de création, n’est pas encore une alternative à la créativité humaine, surtout dans le secteur du live.

On voit de plus en plus de formats variés (humour, ciné-concerts, spectacles de danse) être présentés à la Rockhal. Est-ce une nécessité économique ou une volonté d’élargir l’identité de la salle?

Je dirais que c’est plus une question de conviction que d’obligation ou de situation concurrentielle. Depuis de très longues années, nous misons sur cette diversité qui intéresse un large public. Notre grande salle très flexible permet justement d’accueillir ces différents spectacles.

Au niveau mondial, les prix des billets de concert ont fortement augmenté. Le Luxembourg n’échappe pas à cette tendance. Comment la Rockhal s’assure-t-elle de rester toujours accessible?

L’inflation a des conséquences à plusieurs niveaux. Bien évidemment, notre branche ne s’y soustrait pas (…). Il faut rappeler que le calcul du prix des tickets est un arrangement ou un accord entre l’organisateur et l’artiste, mais il se fait également par rapport à des facteurs économiques très clairs. Parmi eux : les recettes de billetterie, les dépenses, les coûts de production, les frais artistiques et tout ce qui est lié à l’entourage de l’artiste (…). On observe aujourd’hui une certaine pression sur une augmentation des prix des tickets qui se voit essentiellement pour les artistes de grande envergure (…). Nous voyons que pour certains grands artistes ou des productions importantes, le public est prêt à honorer l’augmentation des prix et que l’augmentation globale n’est pas inhérente au live, mais à l’ensemble de l’industrie du divertissement.

Néanmoins, nous essayons à la Rockhal de porter une grande attention au prix des tickets afin qu’il soit accessible et raisonnable. Mais il y a tout un ensemble de facteurs qui vont à un moment donné conditionner un choix. Ainsi, par exemple, qu’il serait regrettable de ne pas faire venir un artiste de grande envergure si le tarif de la billetterie qui se pratique reste élevé, avec un public disposé à en honorer le prix.

Le prix parfois élevé de certains artistes internationaux de grande envergure pénalise-t-il les autres?

Au niveau des artistes émergents, on voit des difficultés sur certaines capacités. Si je dis on, ce n’est pas nécessairement nous à la Rockhal, mais c’est une discussion qui a lieu aujourd’hui dans la branche, du moins en Europe. Des artistes émergents éprouvent des difficultés à trouver un certain public. Car ce dernier peut privilégier les artistes de grande envergure. Il va dépenser un gros budget dans ces spectacles et a ainsi moins d’argent et de temps pour découvrir d’autres artistes.

Quel est l’artiste que vous rêvez encore de faire venir au Luxembourg et qui n’est jamais monté sur votre scène?

Déjà, ce serait un grand plaisir de faire revenir l’intégralité des artistes qui ont déjà joué chez nous. De manière générale, certains qui, dépendant de l’envergure de leur carrière, sont aujourd’hui bien trop grands pour une Rockhal. Mais l’expérience a montré qu’il ne faut jamais dire que ce n’est pas possible (…). En revanche, l’artiste que j’aurais aimé produire et qui n’a pas joué au Luxembourg c’est David Bowie. Cela aurait été un privilège de pouvoir travailler avec lui.

Est-ce encore difficile de faire venir des artistes de cette notoriété au Grand-Duché?

Bien sûr que c’est difficile. Si c’était facile il n’y aurait pas de plaisir. Pour certains, cela peut nécessiter des mois de travail (…). Mais, ici, au Luxembourg, nous avons la chance d’être bien positionnés géographiquement entre Paris, Amsterdam, Rotterdam et Cologne.

Si la majeure partie du programme 2026 de la Rockhal a été annoncée, d’autres noms pourraient encore être dévoilés au cours de l’année. (Photo : julien garroy)

Quels sont les grands rendez-vous de 2026 à la Rockhal?

Comme chaque année, cela sera très éclectique. Nous allons par exemple accueillir le chanteur britannique Morrissey ou encore un troisième spectacle de Hans Zimmer. La légende du rock Alice Cooper revient aussi au Luxembourg. Nous comptons également sur la présence du groupe Tokio Hotel, de la chanteuse Lorde ou encore du chanteur italien Zucchero. Après la pause estivale, nous attendons les chanteuses Laura Pausini, Vanessa Paradis ou encore Lara Fabian. Il y a vraiment une grande variété d’artistes. D’autres grands noms seront aussi annoncés au cours de l’année.

Samedi prochain (24 janvier) aura lieu la nouvelle édition du Luxembourg Song Contest. L’organisation de cet évènement dans le cadre de l’Eurovision représente-t-elle un grand rendez-vous aujourd’hui pour la Rockhal?

C’est un évènement qui s’installe. Je me souviens que pour la première édition il y avait beaucoup d’inconnues et de pression. Pour la deuxième, l’ensemble a commencé à se stabiliser. Aujourd’hui, les équipes sont rodées (…). Et le public est au rendez-vous.

C’est aussi un très beau tremplin pour les artistes luxembourgeois qui ont envie de se lancer dans ce format. C’est une opportunité incroyable, car la visibilité est mondiale. Pour la dernière édition, nous avions organisé au niveau du Rocklab un songwriting camp (NDLR : un camp d’écriture de chansons) pour mettre en relation des auteurs-compositeurs luxembourgeois et producteurs avec des artistes internationaux dans le but de créer des réseaux et la possibilité de générer des droits d’auteur au Luxembourg. La très belle nouvelle de cette année, c’est que parmi les huit titres qui vont être présentés dans la compétition, six ont été écrits lors de cet évènement.

Repères

État civil. Olivier Toth est né le 16 décembre 1971 à Luxembourg.

Formation universitaire. Le Luxembourgeois est juriste de formation. Il a réalisé une maîtrise de droit à l’université de Strasbourg de 1993 à 1998.

Avocat. Olivier Toth a été membre du barreau de Luxembourg de 1999 à 2005. Il fut ainsi pendant quelques années avocat.

Rockhal. Le passionné de musique est depuis 2005 le directeur de la salle de spectacle luxembourgeoise. «À l’époque, j’étais déjà actif dans le monde de la musique. J’ai toujours été intéressé par le croisement entre le droit dans ses multiples aspects, la créativité et la musique», confie-t-il.

Association européenne des salles de spectacle. Après avoir siégé au conseil d’administration de l’association en 2018, il a été élu président de l’European Arenas Association (EAA) de septembre 2021 à octobre 2025 et en est depuis lors président émérite et membre du conseil d’administration, en charge du développement, du membership, des relations avec les salles membres et du volet «advocacy and lobby».

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