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[Cinéma] «Sound of Falling» : un labyrinthe des traumas


Photo : Photo : fabian gamper / studio zentral

Un siècle de traumas familiaux à travers le destin de quatre femmes : le film allemand Sound of Falling explore la transmission labyrinthique des souffrances, de mère en fille.

«Nous nous sommes intéressées aux femmes qui ne font que survivre au lieu de vivre, et jusqu’où il faut aller pour que cette volonté de survie se brise», explique la réalisatrice Mascha Schilinski, dont le second long-métrage a lancé, en mai de l’année dernière, le festival de Cannes. Sound of Falling s’enracine dans une ferme familiale coupée du monde et de l’Histoire où les parquets grincent et où défilent plusieurs générations, depuis le début du XXe siècle jusqu’à l’époque contemporaine.

Le film s’ouvre sur la petite Alma (Hanna Heckt) découvrant, au début des années 1900, les rites funéraires écrasés par les non-dits et suit la longue lignée de ses descendantes jusqu’à Lenka (Laeni Geiseler), adolescente partageant des AirPods avec une taciturne voisine. Entre ces deux époques se déplie une imposante cartographie de brimades et d’oppressions qui s’abattent sur les femmes, parfois tentées d’en finir pour échapper au droit de cuissage ou à l’horizon d’un asservissement perpétuel.

Cent ans de servitude

«Beaucoup de femmes dans ce film ne choisissent pas la mort mais c’est souvent la seule possibilité à laquelle elles pensent pour pouvoir se libérer radicalement », observe Mascha Schilinski. Pour retracer ces cent ans de servitude, sa caméra capture les détails, comme un tremblement des mains, et des évènements insignifiants qui réveillent de sourdes angoisses. L’adolescente Lenka acquiert ainsi soudainement la certitude que sa vie est «ratée» parce qu’elle ne choisit pas le même parfum de glace que sa voisine qui la fascine au-delà du rationnel.

Entièrement centré sur cette géographie de l’intime, Sound of Falling laisse de côté les bouleversements politiques qui ont façonné l’Allemagne au XXe siècle, la partition du pays, la chute du Mur et surtout la période nazie. La réalisatrice de 41 ans revendique ce parti pris universaliste, même si quelques subtiles références se faufilent dans ce récit de 2 h 30. «Le film aurait pu se dérouler n’importe où ailleurs dans le monde. Ce n’était pas notre objectif principal d’évoquer l’Allemagne. Nous voulions avant tout nous approcher de la mémoire transmise par les corps», dit-elle.

Plane toutefois tout au long du film le bruit d’une tempête à venir, que Mascha Schilinski relie à ce qu’elle voit comme les périls de notre époque. «Pendant que nous écrivions le film, l’Histoire nous a rattrapés avec la résurgence de l’extrême droite en Europe et le retour de la guerre, un frémissement juste avant qu’un grand événement se produise», précise-t-elle. «C’était le sentiment que nous avons essayé de saisir, parce que c’est aussi ce que les protagonistes ont ressenti. Le sentiment qu’une guerre est à la porte, que quelque chose arrive, pour lequel nous n’avons pas encore les mots.»

Sound of Falling, de Mascha Schilinski.
Actuellement en salles.

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