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«Même avec le changement climatique, on peut avoir des vagues de froid»


Dana Lang insiste sur la différence entre météo, une vision à court terme, et climat, lui, «sur plusieurs décennies». (Photo : hervé montaigu)

Un froid de plus en plus rare a frappé le pays la semaine dernière. Un phénomène dit «normal» et donc toujours compatible avec le réchauffement climatique.

La semaine dernière, MeteoLux multipliait les alertes verglas et neige, montrant que cette vague de froid a bouleversé le quotidien des habitants. Du lundi 5 au vendredi 9 janvier, le Luxembourg a connu l’un de ses épisodes hivernaux les plus marquants de ces dernières années.

Derrière cette plongée des températures se cache une configuration météorologique particulière, qui n’est pourtant pas comparable avec les froids épisodes «du passé (qui) deviennent statistiquement improbables dans le cadre du réchauffement climatique», souligne Luca Mathias, météorologiste chez MeteoLux.

Une explication scientifique

Selon Dana Lang, cheffe du service météorologique de l’administration des Services techniques de l’agriculture (ASTA), l’épisode peut s’expliquer scientifiquement : il résulte de la rencontre de plusieurs masses d’air très contrastées.

«On a eu des masses d’air froides du nord et du nord-est, donc des masses d’air polaires, auxquelles se sont ajoutées des masses d’air plus humides venant des Açores (NDLR : îles portugaises situées dans l’océan Atlantique Nord, à environ 1 400 km du Portugal continental), expliquant la neige qu’on a eue», indique la spécialiste.

«Le réchauffement rapide de l’Arctique modifie le jet stream (NDLR : ruban de vents très puissants qui circule à haute altitude, entre 8 et 12 km au-dessus de la Terre) polaire», indique-t-elle. Ce dernier s’ondule davantage et peut ainsi provoquer des blocages favorisant la persistance de masses d’air froid ou chaud sur une région donnée.

Des températures allant jusque -17,5 °C

Les températures observées ont d’ailleurs été remarquées. Dans le nord du pays, à Breitfeld, le thermomètre est descendu jusqu’à -17,5 °C.

«La valeur la plus basse jamais mesurée reste -23,5 °C à Clervaux, en 1956», rappelle Dana Lang, soulignant que des températures aussi basses sont désormais «peu fréquentes dans un contexte de réchauffement climatique».

Le bulletin météorologique de 2025 le montrait lui aussi. Le Luxembourg a connu une année globalement plus chaude que la normale, avec des anomalies comprises entre +0,1 et +0,9 °C.

Comme le souligne Dana Lang, à propos du janvier enneigé de 2025 : «Même avec ces épisodes de froid, tous les autres mois étaient vraiment plus chauds que la normale», ce qui a maintenu l’année entière au-dessus de la période de référence 1991-2020.

Les températures ont plongé durant cet épisode de froid avec une maximale de -17,5 °C, enregistrée à Breitfeld. (Photo d’illustration : archives lq/alain rischard)

«Les vagues de froid deviennent moins fréquentes»

Cet épisode spectaculaire pose toutefois une question récurrente : est-il compatible avec le changement climatique? Pour les deux experts, la réponse est claire : «Les observations des 30 dernières années montrent que les vagues de froid deviennent moins fréquentes et moins intenses», explique Luca Mathias, de MeteoLux. Autrement dit, ces épisodes ne disparaissent pas, mais ils s’inscrivent dans une tendance locale de réchauffement.

Dana Lang insiste sur la différence fondamentale entre météo et climat. «Le problème, c’est qu’on confond souvent les deux», décrit-elle. «La météo décrit ce qui se passe à court terme, tandis que le climat correspond à la moyenne des conditions sur plusieurs décennies. Ainsi, même avec le changement climatique, on peut avoir des vagues de froid», poursuit la spécialiste.

Dans ce contexte, la vague de froid de janvier 2026 apparaît moins comme une anomalie que comme une illustration de cette variabilité accrue.

Pour Luca Mathias, «une vague de froid de quatre à cinq jours reste un phénomène météorologique normal dans nos latitudes (NDLR : position d’un lieu entre l’équateur et les pôles, qui détermine le type de climat d’une région), même si cette variabilité se déroule sur un fond de réchauffement.»

Une neige qui n’a «pas engendré des inondations»

Avec toute la neige tombée, Christophe Gilbertz, de l’administration de la Gestion de l’eau, nuance le rôle de la neige et de sa fonte dans l’équilibre hydrologique : «L’accumulation d’une couche neigeuse retient temporairement de l’eau et réduit donc le risque immédiat d’inondations», souligne-t-il.

Ce stockage naturel agit comme un tampon, dont les effets dépendent toutefois de plusieurs paramètres, comme les cumuls des précipitations ou la saturation des sols.

La pluie liquide a un impact plus direct, que la neige qui peut, elle, plus surprendre. Là où celle-ci alimente directement les cours d’eau, la neige peut «relâcher l’eau de manière plus lente ou plus soudaine», en particulier lors d’un redoux accompagné de précipitations, augmentant alors le risque de crues rapides.

Lors de l’épisode récent, malgré des pluies et chutes de neige marquées, la situation est restée sous contrôle : «Les niveaux des cours d’eau se trouvent de nouveau autour du débit moyen» et aucun débordement significatif n’a été signalé, hormis «des débordements sporadiques locales non critiques».

Janvier 2025 est lui jugé plus sévère, marqué par des précipitations «très élevées au-dessus de la normale climatique» et deux vagues de crue successives. Ces épisodes ont fait de janvier 2025 «un des mois de janvier les plus humides» jamais enregistré par l’ASTA, indique Dana Lang.

À l’échelle de l’année, cet épisode pèsera peu dans le bilan climatique. Il est probable que janvier 2026 apparaisse plus froid que la normale, mais les autres mois, souvent plus doux, compenseront très certainement cet écart.

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