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[Cinéma] «The Descent» : au fond du trou


Neil Marshall sur le tournage de "The Descent". (Photo : alex bailey/pathé)

Deux décennies après avoir redonné au cinéma d’horreur britannique un nouveau souffle, The Descent est toujours aussi terrifiant. Fin janvier, le festival du Film fantastique de Gérardmer met à l’honneur le film et son réalisateur, Neil Marshall.

En 2009, Neil Marshall figurait parmi les «Masters of horror» invités au festival du Film fantastique de Gérardmer, aux côtés d’illustres collègues ayant inscrit leurs noms depuis longtemps au panthéon du genre (Jess Franco, Sean S. Cunningham, Ruggero Deodato, Takashi Shimizu…). Le Britannique, lui, venait de s’y imposer, par le fait d’un seul film, The Descent (2005), une expérience de terreur claustrophobe pareille à aucune autre. Et qui lui vaudra un retour à Gérardmer, fin janvier, pour un hommage et une master class à l’occasion des vingt ans du film.

Pour comprendre à la fois la genèse de The Descent et sa place de pionnier du renouveau du cinéma d’horreur britannique, il faut remonter à Dog Soldiers (2002) et sa poignée de militaires confrontés, lors d’une mission de routine sous la pleine lune, à une horde de loups-garous. Avec son premier film, Neil Marshall s’éloigne de la tradition de la créature maudite symbolisée par le classique du genre, An American Werewolf in London (John Landis, 1981), et scinde son récit en deux moitiés : la première, qui repose notamment sur les dialogues, est une longue exposition des personnages, des tensions entre eux et de l’horreur à venir. Déjà, Marshall entretient la peur en gardant les lycanthropes dans la pénombre : ce que l’on voit d’eux, ce sont surtout leurs victimes, et quelques morceaux de silhouettes, suffisamment menaçantes, même plongées dans le noir, pour faire dresser les poils.

Quand on découvre (en même temps que les héros) la première créature en entier, tout en muscles, debout sur ses deux jambes et les crocs acérés, c’est le point de bascule : la seconde moitié de Dog Soldiers, essentiellement faite de bastons, fusillades et autres attaques sanglantes, renvoie davantage au western ou au film de guerre à la sauce horrifique. Rio Bravo (Howard Hawks, 1959) et Assault on Precinct 13 (John Carpenter, 1976) ne sont pas très loin, et ce ne sont plus les humains, mais bien les loups-garous, qui seront omniprésents à l’écran pour le reste du film. Et le réalisateur, scénariste et monteur de contrebalancer le gore avec un humour noir et absurde, qui finit de faire de Dog Soldiers, déjà, un objet à part.

«Besoin fondamental d’horreur»

À sa sortie au printemps 2002, ce petit film indépendant, coproduit au Luxembourg et tourné dans les forêts du nord du pays, annonce l’air de rien le renouveau de la «Brit Horror», près de 25 ans après le dernier film du studio Hammer, emblème du cinéma d’horreur «made in Britain». À la fin de la même année, Danny Boyle ressuscite les zombies avec 28 Days Later et, dans les années à venir, Shaun of the Dead (Edgar Wright, 2004), Creep (Christopher Smith, 2004), Eden Lake (James Watkins, 2009) ou encore la minisérie Dead Set (Charlie Brooker, 2008) sont autant de réussites qui explorent les nouveaux sentiers de l’horreur à l’anglaise. Mais s’il existe un film plus symbolique que tous les autres de cette renaissance, c’est encore à Neil Marshall qu’on le doit.

Encouragé par le double succès (d’estime et public) de son premier long, Marshall imagine rempiler avec une histoire plus ambitieuse – avant que ses producteurs ne calment ses ardeurs. Par ailleurs, Marshall regrettait en 2006 de ne «pas trouver Dog Soldiers particulièrement effrayant», le film apparaissant à ses yeux «plus comme une comédie noire qu’autre chose». «J’avais ce besoin fondamental de faire un film d’horreur qui terrifie les gens, de la même manière que je l’avais été devant Deliverance, The Shining ou Alien, (et) qui se prenne au sérieux.»

Ce n’est pas un film avec six Lara Croft, mais un anti-Tomb Raider

Sa façon de relever ce «défi» : revenir au scénario de son premier film et le réinventer avec deux changements majeurs. «L’idée (de The Descent) d’avoir six femmes dans une grotte était une sorte d’antithèse du postulat très macho de Dog Soldiers, avec ces soldats dans la forêt», a expliqué le réalisateur au magazine Empire à l’occasion des 20 ans du film. L’autre point : exit les loups-garous, place aux «Crawlers», ces créatures humanoïdes, absolument cauchemardesques, tapies dans les recoins les plus profonds de la grotte et qui pourchassent et terrifient les spéléologues amateures.

Novateur et féministe

Derrière la caméra, Marshall travaille avec la même équipe que Dog Soldiers et peaufine sa «vision» de l’horreur. Créatures dévoilées petit à petit à l’écran pour faire monter la tension (sur le tournage, le réalisateur ne les a «présentées» aux actrices qu’au moment de tourner leurs scènes, «pour que l’effroi soit plus authentique»), travail impressionnant sur la lumière (notamment dans les nombreuses scènes de pénombre, en accord avec le titre de travail du film, The Dark)… La «vision» du cinéaste est très claire : The Descent se veut immersif, suffocant, réaliste – en un mot, novateur.

Surtout, le film se place aux antipodes de la vulgarité qui vient si souvent parasiter le cinéma d’horreur de l’époque, où nudité et hypersexualisation des personnages féminins sont monnaie courante. «Ce n’est pas un film avec six Lara Croft, mais un anti-Tomb Raider», assure Neil Marshall, en référence à l’intrépide héroïne de jeux vidéo au décolleté plongeant. Pour Shauna Macdonald, qui interprète Sarah, l’une des héroïnes, «ce n’est qu’une fois le film fini que j’ai réalisé qu’il était assez unique». Ses collègues partagent le même avis, et MyAnna Burning précise : «J’avais le sentiment qu’il y avait du changement dans l’air, et que ce film faisait naturellement partie de cette évolution. (Mais) l’industrie n’a pas changé comme je m’y attendais.»

Vingt ans après sa sortie, l’industrie du cinéma (un peu) changé, mais les cauchemars provoqués par The Descent restent intacts. Neil Marshall, lui, ne cache pas son envie de redescendre dans la grotte, cette fois pour une préquelle : «J’ai quelques idées (…) J’ai toujours été voulu savoir ce qui est arrivé aux mineurs qui sont descendus les premiers. Je crois que ce serait une bonne chose pour boucler la boucle.»

The Descent, de Neil Marshall.

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