Cette musique au succès planétaire, qui fusionne rythmes africains et sonorités pop, est née à Lagos, la fiévreuse mégapole nigériane. Derrière ce triomphe, on trouve un jeune homme, P.Priime, faiseur des stars de demain. Rencontre.
Guitare à la main, P.Priime, de son vrai nom Peace Emmanuel Aderogba Oredope, patiente dans la loge d’un studio de tournage dans le quartier de Lekki, à Lagos, la capitale économique et culturelle du Nigeria. «Je commence à apprendre à en faire, donc je la ramène partout avec moi! Je pense que c’est important dans l’industrie de ne pas rester sur ses acquis, de toujours tendre l’oreille et d’apprendre», explique en souriant le désormais célèbre producteur nigérian, juste avant l’enregistrement d’une émission destinée à dénicher «la star de demain de l’afrobeats».
À seulement 23 ans, P.Priime est en effet considéré comme une figure phare de l’afrobeats, un des genres musicaux les plus populaires au monde aux milliards de streams sur Spotify, que les Grammy Awards ont une nouvelle fois mis à l’honneur cette année avec la nomination de plusieurs superstars nigérianes – Burna Boy, Davido, Wizkid, Ayra Starr et Omah Lay – pour la cérémonie qui se déroulera à Los Angeles en février. Déjà en 2025, avec son tube Love Me JeJe, la chanteuse nigériane Tems était repartie des États-Unis avec un prix.
Un «s» qui fait toute la différence
L’afrobeats, qui fusionne rythmes africains traditionnels et sonorités pop contemporaines, puise ses racines dans le Nigeria des années 1970, sous l’influence de Fela Kuti (1938-1997), considéré comme le père de l’afrobeat (sans «s», genre musical issu quant à lui d’un mélange de musique traditionnelle nigériane, de jazz et de funk). Pour P. Priime, le succès mondial de ce style tient au «rythme» des chansons. «Cette musique donne envie d’être heureux et de bouger son corps. On mise sur ça! Je ne m’inquiète pas pour l’avenir de la musique nigériane», déclare-t-il, confortablement assis sur un large canapé.
C’est important de ne pas rester sur ses acquis, de toujours tendre l’oreille et d’apprendre
Né et élevé à Lagos, le jeune prodige baigne dans la musique depuis l’enfance. «J’ai grandi à l’église, où je jouais de la batterie, du piano et faisais partie de la chorale. J’ai toujours aimé la musique», se souvient P.Priime. Son père, comptable et propriétaire d’une école, et sa mère, gérante d’une boutique d’alimentation, ont soutenu son inclination musicale dès le début. «Mon frère, passionné de hip-hop, m’a aussi installé un studio. Je suis devenu DJ et il m’a beaucoup encouragé», raconte-t-il.
Son talent a été repéré très tôt. À 17 ans, il se fait connaître avec la production de Gelato, titre de DJ Cuppy en duo avec le rappeur Zlatan Ibile. Vite, son travail séduit le grand public, l’industrie nigériane et la critique internationale. Il a également coproduit l’album Made in Lagos de Wizkid, nommé aux Grammy Awards en 2022. Son parcours s’est ensuite affiné grâce à la Sarz Academy, un programme lancé par le producteur Sarz pour former de jeunes talents nigérians à la production moderne. «Il a remarqué mon oreille très développée et ma rapidité de travail», indique-t-il.
Privilégier la spontanéité et l’authenticité
P.Priime a déjà produit plusieurs tubes de grands noms de la scène nigériane, comme Rema (March Am, Azaman ou Villain), Burna Boy (Alone, de la bande-son de Black Panther: Wakanda Forever) et encore CKay et PinkPantheress (Anya Mmiri). «Je me connecte plus facilement avec des artistes qui improvisent ou écrivent spontanément, c’est ainsi que je crée ma musique», confie le jeune homme à la silhouette élancée.
Ce jour-là, il participe à l’enregistrement d’un épisode de Next Afrobeats Star, une émission nigériane dédiée à la révélation de nouveaux talents, où il est membre du jury aux côtés de Sarz, Andre Vibez et Puffy Tee, tous producteurs et acteurs clés de l’industrie musicale nigériane. Des milliers de candidats postulent à ce programme pour un seul élu au final, qui remporte un contrat musical de 100 000 dollars offert par l’agence de distribution ONErpm. P.Priime estime que le programme est un véritable tremplin pour l’industrie.
«On ne sait jamais qui regarde, sur scène ou à la maison. Don Jazzy (NDLR : fondateur du label Marvin Records) pourrait vous regarder depuis chez lui. Même le prochain P.Priime pourrait regarder et se dire : « Je veux travailler avec lui un jour »», déclare-t-il. Pour réussir, les artistes doivent avoir confiance en eux et dans leur équipe et surtout transmettre leur authenticité à travers leur musique, selon lui. «La plus grande erreur serait de se contenter d’imiter ceux qui ont déjà trouvé leur place dans une industrie en pleine expansion», préconise le jeune producteur.