Archétype quasi caricatural du « Latin lover », célèbre dans le monde entier, Julio Iglesias a accumulé disques d’or et fortune, revendiquant des milliers de conquêtes féminines en 50 ans, une image qui s’est fissurée avec la plainte récente de deux ex-employées pour des délits sexuels.
«J’ai créé un style et je m’y tiens depuis 35 ans. C’est comme ça que je suis devenu l’artiste latino le plus important du siècle !», se vantait en 2003 Julio Iglesias aujourd’hui âgé de 82 ans. Interprète de Je n’ai pas changé, Pauvres diables, Manuela, Viens m’embrasser, l’Espagnol avait vu sa carrière décoller dans les années 1970 jusqu’à devenir l’artiste hispanophone ayant vendu le plus de disques dans le monde, avec des centaines de millions d’albums écoulés dans de nombreuses langues différentes.
Revendiquant fièrement son image de séducteur, multipliant les allusions à sa vie sexuelle, quitte d’ailleurs à assurer n’avoir «jamais été un bon amant», amateur de grands vins et de mets fins, il s’est toujours astreint à une discipline de fer, craignant qu’on «cesse de (l’)aimer» en le «voyant avec un gros ventre».
«Moi, j’aime qu’on m’aime, c’est pour ça que je fais ce métier. De l’argent, j’en ai, mais garder l’amour du public, c’est un boulot au quotidien», disait en 2004 celui qui assurait aussi aimer «l’affection et la tendresse d’une femme plus que tout». Brushing soigné, sourire éclatant et peau tannée, le chanteur de charme est longtemps apparu cintré dans un costume trois-pièces, enchaînant les tournées mondiales devant un public féminin conquis d’avance par le rituel immuable de ses concerts. Pourtant, «rien ne me prédestinait à cette vie de rêve», assurait le Madrilène aux plus de 80 disques.
Né le 23 septembre 1943 dans l’Espagne franquiste, dans une famille bourgeoise où l’on n’écoutait pas de musique, le jeune Julio se rêve plutôt en gardien de but. Très doué, une carrière professionnelle lui tend les bras au Real Madrid, où il joue dans les équipes de jeunes, mais une maladie et un accident au début des années 1960 brisent ce destin. Pendant sa longue rééducation, il apprend la guitare. Et le 17 juillet 1968, alors étudiant en droit, il remporte le Festival de la chanson de Benidorm (sud-est de l’Espagne) avec le titre La vida sigue igual, décrochant un contrat avec une maison de disques.
Figure respectée
Le succès est immédiat, d’abord en Espagne, puis en Europe où ce polyglotte chante en français, allemand, italien, portugais… Dans les années 1970, il devient aussi une star en Amérique latine avant de travailler avec des stars américaines comme Frank Sinatra, Stevie Wonder ou Diana Ross pour des duos prestigieux. Reconnu mondialement, il obtient en 1985 son étoile sur Hollywood Boulevard.
Multimillionnaire, le chanteur, dont le nom sera cité en 2021 dans l’enquête sur l’évasion fiscale des Pandora Papers, voyage en jet privé entre ses résidences de Miami, de République dominicaine, des Bahamas et d’Andalousie. Marié deux fois, le chanteur a eu huit enfants dont deux sont chanteurs: Enrique et Julio Iglesias Jr.
En 2019, après des années de procédures judiciaires, un tribunal espagnol l’avait aussi reconnu comme le père biologique d’un Espagnol de 43 ans, dont la mère, une ancienne danseuse portugaise, affirmait avoir eu une liaison avec le chanteur. «Ne me demande pas combien j’ai de frères, je ne le sais pas moi-même», avait déjà lancé à la télévision en 2018 Julio Iglesias Jr.
Icône d’une génération d’Espagnols au sortir de la dictature de Franco, restée une figure respectée malgré sa discrétion depuis quelques années, Julio Iglesias est aujourd’hui accusé par deux anciennes employées qui ont porté plainte contre lui pour des délits sexuels notamment, commis en 2021 dans ses résidences de République dominicaine et des Bahamas.