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La suppression des aides humanitaires crée «une spirale négative»


Martin Lagneau explique que la crise n’est pas passagère, mais «structurelle». (Photo : archives lq/fabrizio pizzolante)

«Les besoins ne cessent d’augmenter», alerte Martin Lagneau, le directeur de Handicap International Luxembourg, face à la baisse mondiale des aides solidaires.

Alors que les crises humanitaires se multiplient, les organisations qui viennent en aide aux populations les plus vulnérables font aujourd’hui face à une baisse majeure des financements. À ce sujet, Martin Lagneau, le directeur général de Handicap International Luxembourg, caractérise la situation mondiale de «catastrophique».

«Les grandes ONG comme les agences des Nations unies subissent des coupes budgétaires massives, tandis que les besoins ne cessent d’augmenter», poursuit-il. Cette contradiction crée selon lui «une spirale négative» dans laquelle les populations fragiles, dont celles en situation de handicap, sont les premières touchées.

Pour le directeur de l’association, cette crise n’est pas passagère, mais «elle est devenue structurelle». De nombreux États ont fait le choix de réorienter leurs budgets vers la défense et la sécurité, réduisant les financements alloués à la coopération internationale. «Plusieurs États européens, comme l’Allemagne ou la France, se sont mis à repenser leur budget et l’agrégation des mauvaises nouvelles rend cette situation structurelle», précise-t-il.

Une baisse avec des conséquences concrètes

L’organisation internationale est passée de 5 000 à 4 000 employés nationaux sur le terrain, principalement parce que des projets n’ont pas pu être reconduits. Moins de projets signifie moins de services : «Moins de rééducation, de soutien psychosocial, d’équipements, de prévention contre les dangers comme les mines et les munitions non explosées», martèle le directeur général.

Cependant, l’association luxembourgeoise a réussi à amortir ce choc. L’organisation avait anticipé cette évolution «depuis plusieurs années» en diversifiant ses sources de financement et en développant la «localisation de l’aide», c’est-à-dire le renforcement des partenaires locaux. Cette stratégie a permis de limiter la baisse globale de ses activités à environ 20 %, là où d’autres organisations ont parfois perdu jusqu’à la moitié de leurs capacités.

«Aider à rendre les programmes plus inclusifs»

Le rôle de Handicap International reste pourtant plus essentiel que jamais. L’organisation intervient directement auprès des personnes handicapées, mais aussi auprès d’autres ONG pour les «aider à rendre leurs programmes plus inclusifs». Martin Lagneau explique que l’association «ne travaille pas seule, on collabore beaucoup avec les autres acteurs». Cela signifie, par exemple, s’assurer que les aides prennent en compte les besoins spécifiques des personnes à mobilité réduite, malentendantes, âgées ou isolées.

Sur le terrain, cela se traduit par des actions très concrètes. Parmi la soixantaine de pays dans lesquels l’association intervient, à Gaza, par exemple, Handicap International distribue des fauteuils roulants, des béquilles et des prothèses grâce à des stocks prépositionnés, «malgré les difficultés d’accès», déplore le directeur général. L’organisation y maintient également un centre d’appareillage pour réparer ou remplacer les prothèses endommagées. Elle mène aussi un travail de prévention contre les engins explosifs en informant la population, en identifiant les zones dangereuses et en aidant les autres organisations à sécuriser les routes et les entrepôts.

Le Luxembourg, une figure d’exception

Dans ce contexte mondial moins généreux, le pays «maintient environ 1 % de son revenu national brut pour la coopération au développement et l’aide humanitaire, un niveau bien supérieur aux recommandations européennes de 0,7 %», selon Martin Lagneau. Grâce à la bonne santé de l’économie luxembourgeoise, cela se traduit même par une légère augmentation des financements.

Du côté des dons privés, Handicap International Luxembourg a réussi à préserver la confiance du public. L’organisation a maintenu le niveau de soutien grâce à un effort accru de communication et de transparence. Elle n’a pas subi «l’effet Caritas» et son détournement de 61 millions en 2024, «contrairement à certaines autres ONG», regrette Martin Lagneau. Son public, lui, composé de «nombreux petits donateurs fidèles depuis les campagnes contre les mines antipersonnel», continue de la soutenir.

L’avenir passe donc aussi par les fondations, entreprises et grands mécènes. «Ce sont les acteurs qui vont nous permettre ou non de maintenir notre travail», constate-t-il. À l’avenir, il explique vouloir continuer «à expliquer aux citoyens luxembourgeois qu’ils font le bon choix en investissant dans l’aide publique» et travailler avec «un gouvernement encore convaincu, qui aujourd’hui maintient son aide».

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