Fokus constate que le gouvernement organise une croisière jusqu’en 2028 et juge populistes ses décisions difficiles à financer, en plus des textes «qui ne tiennent pas la route».
À son tour, le parti Fokus, qui n’a pas de représentant élu, marche dans les pas de l’opposition parlementaire pour fustiger l’action du gouvernement, et en particulier ses décisions concernant la réforme des pensions et la réforme fiscale. C’est bien la preuve, selon lui, que ce pays a vraiment besoin d’une «commission pour l’avenir» sur le modèle finlandais.
Lors de son dernier congrès en novembre, Fokus avait adopté cette idée d’une commission parlementaire «pour l’avenir et la résilience». «Au début de chaque période législative, le gouvernement doit faire un rapport au Parlement avec des projections sur le développement du pays sur 15, 20 ans. Ensuite, cette commission du futur analyse cette prise de position et dépose son avis au Parlement qui juge si les efforts du gouvernement ou les projections sont bonnes ou non», expliquait Marc Ruppert, le président du parti.
L’actualité lui donne raison, estime-t-il aujourd’hui. «Le gouvernement Frieden a annoncé une croisière de la Pentecôte jusqu’en octobre 2028. Il souhaite plaire aux électeurs, tandis que dans la salle des machines du pays, les vis se desserrent», écrit-il dans un communiqué. « Ce qui nous dérange, c’est que les politiciens n’arrivent pas faire des textes qui tiennent la route. Au Luxembourg, on n’a pas la culture de la responsabilité politique, preuve en est l’absence de réaction de la ministre Martine Deprez pour expliquer pourquoi ses propres textes ne sont pas compris dans les administrations», indique-t-il au Quotidien.
Marc Ruppert fait référence à la confusion qui règne au sein de la Caisse nationale d’assurance pension (CNAP) qui se débat pour mettre en place la réforme des pensions, le texte voté pouvant être interpréter de façon variée. «Si de petites réformes suffisent déjà à ébranler le gouvernement et à engendrer des coûts supplémentaires imprévus, cela confirme l’analyse de Fokus, selon laquelle la classe politique luxembourgeoise n’est pas en mesure de protéger le pays contre les crises à long terme», communique Fokus.
Les critiques du président visent également la réforme fiscale, pas tant son contenu, mais son financement. Si Fokus salue en principe l’introduction de l’imposition individuelle, son jugement sur la mise en œuvre du gouvernement est toutefois sans appel. Le parti qualifie la réforme de «château en Espagne» tant que des questions fondamentales relatives au financement restent en suspens.
«Acheter la sympathie du peuple»
«Il n’y a rien de plus facile que d’acheter la sympathie du peuple avec des cadeaux fiscaux de 800 à 900 millions d’euros lorsque les sondages sont au plus bas et que d’importantes réformes structurelles en matière de retraites et de logement échouent», a commenté Marc Ruppert face à une quarantaine de membres venus assister au pot de Nouvel An du parti. «C’est vraiment dramatique maintenant. Certes, il y a toujours de petits cadeaux qui sont faits avant les élections, mais cette fois, le gouvernement commence tôt», nous dit-il.
Il estime que le prochain gouvernement n’aura plus assez de moyens pour financer ces décisions prises aujourd’hui. «Il faut au moins 3% de croissance annuel pour assurer ces dépenses et on ne les a plus», fait-il observer.
La question centrale de savoir de quelle poche proviendra l’argent nécessaire aux réformes reste sans réponse, regrette le parti. Fokus met en garde contre le fait que les dépenses supplémentaires massives augmentent considérablement la pression sur la croissance au Luxembourg. «D’où proviendront les nouvelles recettes pour soutenir le système social à long terme? Quelle «croissance aveugle» sera imposée aux citoyens pour financer ces réformes? Quel sera l’impact de cette pression sur le marché immobilier déjà en surchauffe?», questionne le petit parti qui a changé son nom il y a deux mois.
«Nous avons opté pour Fokus. D’Alternativ mat Vernonft, soit l’alternative raisonnable en français», précisait le président Marc Ruppert, reconduit dans ses fonctions pour deux ans en novembre dernier. La demande d’une commission pour l’avenir devient de plus en plus pressante pour le parti. «Cet organe parlementaire doit contraindre le gouvernement à orienter sa politique sur 10 à 20 ans et à renforcer le dialogue avec les experts et les citoyens, au lieu de se contenter de planifier jusqu’aux prochaines élections de 2028», critique le parti.
Pour Fokus, la croissance n’est pas une fatalité en soi, mais c’est la politique qui l’accompagne, qui est une fatalité. Les politiciens n’ont pas de visions à long terme, passent de la majorité à l’opposition sans se soucier de ce qui se passera après les cinq ans de leur mandat. La critique est sévère et la réponse se situe dans la création de cette commission pour l’avenir et la résilience.