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Un système de santé efficace, mais qui doit encore faire ses preuves


Le rapport 2025 a été présenté au siège de l'Observatoire national de la santé. (Photo : archives/Fabrizio Pizzolante)

Le Luxembourg peut se targuer d’une espérance de vie record, mais son système de santé, financé en grande partie par les fonds publics, fait face à des défis persistants.

Le Luxembourg fait partie des bons élèves en matière de santé dans l’Union européenne. C’est ce qu’a révélé le Profil de santé 2025 du Luxembourg présenté ce mardi par l’Observatoire national de la santé et la Commission européenne.

Parmi les facteurs permettant de déterminer le bon état de santé du pays, il y a l’espérance de vie. En 2024, elle était de 83,5 ans, soit près de deux ans de plus que la moyenne européenne. Un chiffre qui, de surcroît, s’est amélioré en comparaison avec 2023, où l’espérance de vie atteignait les 83,4 ans. Le rapport précise «qu’après une baisse au cours de la première année de la pandémie en 2020, l’espérance de vie a rebondi, atteignant un record historique en 2024».

Cet indicateur «positif», comme le souligne Anne-Charlotte Lorcy, coordinatrice générale de l’Observatoire de la santé, n’empêche pas que des enjeux persistent au niveau des facteurs de risque alors que les maladies cardiovasculaires et le cancer sont toujours parmi les principales causes de décès et d’invalidité dans le pays. «L’obésité, l’inactivité physique ou encore l’usage de la cigarette électronique chez les jeunes suscitent des préoccupations», souligne la coordinatrice générale de l’Observatoire de la santé. Lors du dernier rapport, en 2023, l’institution notait déjà cette source d’inquiétude.

Les Luxembourgeois, de trop gros buveurs?

Autre préoccupation et pas des moindres : la consommation d’alcool des Luxembourgeois. En 2019, l’Observatoire de la santé soulignait que 7% des décès étaient dus à l’alcool. Toujours cette même année, l’institution notait que 43% de la population consommait chaque semaine de l’alcool, plaçant le Luxembourg en troisième position en Europe.

Face à ce fléau, le ministère de la Santé a lancé, pour la première fois, en janvier, la campagne du Dry January au Grand-Duché. «Il faut que la population prenne conscience de sa consommation d’alcool», prévient Martine Deprez, la ministre de la Santé, présente lors de la présentation du profil de santé du Luxembourg. «Nous avons rencontré récemment les représentants de l’Horesca qui seraient partants pour travailler sur un mois où ils seraient associés. Dans cette idée-là, on peut élargir la campagne. Mais il faut déjà voir les premiers résultats pour voir comment continuer par la suite», poursuit-elle.

Des prestations qui coûtent

Les pistes d’efforts permettant d’améliorer la santé des résidents étant connues, qu’en est-il du système de santé luxembourgeois et comment se situe-t-il par rapport aux autres pays européens? Là aussi, il y a du bon et du moins bon. En 2023, la prise en charge par l’Etat des dépenses de santé est l’une des plus élevées de l’UE et représente 85% du total (contre 80% dans l’UE). Cette part n’a cessé d’augmenter depuis 2012 où elle s’élevait alors à 83%. Les dépenses supportées par les ménages ne représentent que 10%, ce qui les situe parmi les plus faibles de l’UE dont la moyenne est aux alentours des 16%.

Cette situation a aussi un impact non négligeable sur le coût de la CNS. «Nous avons un financement qui est largement public, c’est une bonne chose. Mais il y a des éléments dont on doit pouvoir maîtriser les coûts. Par exemple, certaines hospitalisations peuvent être évitables. Pour les médicaments, on pourrait aussi utiliser davantage les génériques», note Anne-Charlotte Lorcy.

(Photo : Observatoire national de la santé)

Des médecins prêts à travailler davantage?

Outre les coûts élevés, le Luxembourg est confronté à d’autres défis en matière d’accès aux soins. Parmi eux : la surcharge aux urgences. Au Grand-Duché comme dans de nombreux pays, les délais d’attente peuvent parfois dépasser plusieurs heures dans les centres hospitaliers. Face à cette situation, le rapport préconise une meilleure coordination entre les cabinets médicaux et l’hôpital.

Dans cette logique, la ministre de la Santé, Martine Deprez, préconise la création de cabinets de groupe pour permettre de désengorger les urgences : «Les médecins pourraient travailler avec des horaires élargis. On ne sait pas encore comment on peut les inciter, cela pourrait être sous forme d’indemnités financières. Nous sommes en train de voir avec les généralistes comment on pourrait améliorer leurs tâches administratives.» Aujourd’hui, une indemnité existe déjà pour les cabinets ouvrant jusqu’à 19 h. «Elle n’est jamais demandée. C’est une prime unique de 10 000 euros. On travaille toujours sur ce point pour trouver une autre solution», précise la ministre.

La dépendance à l’étranger

Autre défi : la pénurie de main-d’œuvre. En 2023, la densité médicale s’élevait à 4 médecins pour 1 000 habitants. Un chiffre légèrement en dessous de la moyenne de l’UE. Face à cette pénurie médicale qui reste assez contrôlée, le ministère souhaite renforcer les formations en interne pour éviter de dépendre de la main-d’œuvre étrangère, et notamment frontalière. «Depuis quelques années, il y a de nouveaux programmes de formation en médecine et en soins infirmiers. Dans le but de compléter le bachelor, un master en médecine sera aussi créé.» Il doit être lancé à la rentrée universitaire 2029.

L’utilisation de certains médicaments inquiète

Le Luxembourg figure parmi les pays les plus concernés par l’usage inapproprié des médicaments, un phénomène qui pèse sur la santé des citoyens et sur le budget de l’État. L’usage de somnifères et de tranquillisants est particulièrement préoccupant chez les seniors. En la matière, en 2017, le pays comptait 52,8 utilisateurs chroniques pour 1 000 chez les 65 ans et plus, soit trois fois la moyenne de l’OCDE (17,7). Cette dépendance accroît massivement les risques de chute et de trouble cognitif.

Le pays détient également le taux de polymédication le plus élevé parmi 16 pays étudiés. En 2019, plus de 80 % des résidents de 75 ans et plus consommaient simultanément cinq médicaments ou plus. Cette accumulation de traitements multiplie les risques d’interactions chimiques dangereuses et d’effets secondaires.

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