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[Magazine] Le «Trump chinois» fait rire jusqu’en Amérique


Dans ses vidéos, Ryan Chen présente avec humour la nourriture chinoise, les différences culturelles ou blague avec des étrangers le tout émaillé de «tremendous!» et d'«amazing!». (Photo : afp)

Mains ouvertes en V, il imite la voix et la gestuelle de Donald Trump à la quasi-perfection : le Chinois Ryan Chen, 42 ans, devient un phénomène sur les réseaux sociaux avec ses vidéos humoristiques.

Ancien directeur commercial, rien ne prédestinait Ryan Chen à sa nouvelle carrière d’imitateur, qui a véritablement décollé en 2025 avec le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. «Trump, c’est une ressource inépuisable, car c’est la personnalité qui génère le plus de trafic internet au monde», explique cet habitant de Chongqing (sud-ouest), ville elle-même devenue populaire en ligne grâce à ses gratte-ciels spectaculaires et ses rues labyrinthiques.

Ryan Chen ne fait pas de satire politique, un terrain miné en Chine et qui peut valoir une suspension de compte. Dans ses vidéos, en anglais sous-titré en mandarin, il présente avec humour la nourriture, les habitudes et les villes chinoises, les différences culturelles, blague avec des étrangers ou danse sur YMCA, chanson fétiche de Donald Trump. Le tout émaillé de «tremendous!» («phénoménal») et d’«amazing!» («incroyable») – superlatifs qu’affectionne le président américain.

«La politique ne m’intéresse pas. Mais je trouve que c’est un excellent « showman »», affirme Ryan Chen à propos de Donald Trump, qu’il suivait déjà lorsqu’il animait l’émission de téléréalité The Apprentice. «Si je l’imite, ce n’est pas pour me moquer de lui, mais pour gagner en visibilité. Elle me sert à faire avancer ma carrière et faire connaître la Chine et ma ville», précise-t-il, coiffé d’un chapeau blanc de cow-boy.

Je suis juste un humoriste. Je n’ai pas d’aspiration politique

Désormais reconnu dans la rue, il compte plus d’un million d’abonnés sur Instagram, presque autant sur TikTok, et plus de 2,5 millions sur les plateformes chinoises. «Le point fondamental, c’est de maîtriser l’anglais», avec le niveau d’un «locuteur natif», puis de travailler sa voix, explique cet autodidacte qui a appris la langue en regardant des séries américaines comme Friends ou The Big Bang Theory. Autre impératif : «rester branché sur l’actu» de Trump, car le milliardaire est «une source intarissable de trucs marrants», raconte Ryan Chen, qui dit aussi s’inspirer des imitateurs américains.

Employé dans l’architecture, secteur frappé par la crise immobilière, il a d’abord voulu se ménager «une porte de sortie» en créant des vidéos en ligne pour enseigner l’anglais. Sans vraiment percer. Jusqu’au jour où un ami le met au défi d’imiter Donald Trump dans ses vidéos : elles deviennent virales. Son apparition en avril dans un direct d’IShowSpeed, vidéaste et influenceur américain aux 47 millions d’abonnés sur YouTube alors en visite en Chine, dope encore sa visibilité.

Donald Trump a pris une telle place dans sa vie que Ryan Chen dit éprouver une certaine familiarité, comme à l’égard d’un «voisin de palier». Il se voit comme un «pont» entre des internautes étrangers désireux de découvrir la Chine urbaine, «son ambiance vivante et chaleureuse», et des Chinois avides de comprendre les cultures et les codes humoristiques d’autres pays.

De son vrai nom Chen Rui, l’imitateur affirme pouvoir vivre de son activité. «Ma principale source de revenus, c’est la publicité», explique-t-il, avec des «marques pour lesquelles je fais de la promotion de produits, comme des voitures, des produits électroniques, des jeux, du lait». Il fait également de l’animation lors d’évènements ou de soirées d’entreprises. Mais il a un autre rêve : «jouer au cinéma». «Un réalisateur pourrait me proposer un petit rôle. Par exemple, quelqu’un de l’univers Marvel, pour une apparition», sourit-il.

Signe que son imitation n’a, semble-t-il, pas indisposé l’administration Trump, Ryan Chen a obtenu un visa pour les États-Unis, où il est actuellement en voyage. Aucun entretien avec le président américain n’est prévu à ce stade. Mais Donald Trump pourrait venir en Chine en avril pour une visite d’État. «Le rencontrer serait sans doute très cool», mais Ryan Chen dit n’avoir «pas de désir particulier» de le faire car cela deviendrait vite une affaire diplomatique. «Je suis juste un humoriste. Je n’ai pas d’aspiration politique», souligne-il.

Il espère toutefois voir Chine et États-Unis «coexister en bonne intelligence» et appelle Donald Trump à venir «goûter la fondue» de Chongqing, extrêmement épicée. L’invitation est lancée.

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