Le délai imparti au redressement judiciaire de la Manufacture des Émaux 1798 n’est pas encore écoulé. Afin d’éviter le rachat, son président, Martin Pietri, change de stratégie. Depuis le 9 janvier, la société historique a ouvert son capital, avec 7 000 actions à saisir.
«Là, il faut que la fusée décolle!» Et par «fusée», Martin Pietri entend «plan de continuation» de la Manufacture des Émaux 1798, qu’il préside. Tel un compte à rebours, le redressement judiciaire de la société historique arrivera à son terme le 19 mars.
Un mois avant, le tribunal de commerce de Val-de-Briey jaugera si le dirigeant a les capacités d’assurer la mise à feu. Jusque-là, le président tente de trouver tout le carburant nécessaire. Et par carburant, il faut comprendre argent…
Pas de Société des amis
Fin décembre, Martin Pietri décrivait «une fusée à trois étages». Depuis, il a choisi d’alléger la machine en la réduisant à deux niveaux. «Créer une Société des amis des Émaux était une bonne idée sur le papier. Mais, après en avoir discuté avec mes conseils, ça s’est avéré être une usine à gaz. Cette structure n’aurait pas eu d’entrées d’argent et elle aurait engendré des frais inutiles.»
La Manufacture 1798 a donc révisé le plan d’ouverture de son capital. «Quoi qu’il arrive, il fallait gérer un collectif, une communauté d’actionnaires», pointe le gérant. «Elle sera finalement plus large, mais en un seul endroit. Et donc plus efficace.»
Cet espace de soutien est accessible depuis le 9 janvier, via 7 000 actions proposées à 120 euros l’unité. L’appel public à l’épargne court jusqu’au 6 février, avec une possible rallonge d’un mois. Si toutes les parts sont soldées, la société récupérera 840 000 euros. Soit la grande majorité du million dont Martin Pietri a besoin pour rassurer la juridiction valdobriotine.
«Cette démarche s’adresse aux investisseurs avisés comme aux particuliers plus habitués à placer leur argent sans risque. Mais là, il y en a un : si l’entreprise fait faillite, les actionnaires perdront leur capital de départ.»
« Il faut rester mobilisés »
Le réservoir du plan de continuation a commencé à se remplir dès le 19 décembre, passée la mise en place du premier étage de la fameuse «fusée» : un appel au financement participatif sur la plateforme Ulule.
Ici, les dons sont possibles à partir de 1 euro. Les soutiens peuvent apporter des contreparties, sous la forme de deux tortues en émaux créées par Jean-Charles de Castelbajac : Ciel de Bohème, dès 99 euros, et la très à-propos Longue vie Longwy, au-delà de 190 euros.
«Jusque-là, ce financement participatif a très bien marché. Il faut rester mobilisés. Mais à ce rythme, nous avons toutes les chances d’atteindre les 200 000 euros espérés.» Vendredi 9 janvier, en début d’après-midi, l’aiguille indiquait plus de 114 000 euros apportés par 770 contributeurs, et encore 22 jours pour les rejoindre.
Plan B, de cession
Parallèlement, un plan B – de cession – est en préparation, afin de garantir la continuité de l’activité. Les éventuels repreneurs ont jusqu’au 11 février pour déposer leur dossier auprès du tribunal de commerce. Si l’option proposée par Martin Pietri à l’audience du 19 février se révèle trop hasardeuse, les magistrats commenceront à passer ces propositions d’achat à la loupe.
«Après, j’aurai encore la possibilité de faire bouger mon plan d’ici le 19 mars», précise le président. «Mais il sera alors en concurrence avec les autres.»
Xavier Jacquillard
(Le Républicain lorrain)