Les cas de grippe et le manque de personnel créent des problèmes de surcharge aux urgences de l’hôpital Kirchberg. Le Dr Emile Bock, médecin urgentiste, revient sur cette situation.
L’engorgement commence à se faire sentir aux urgences de l’hôpital Kirchberg. En 24 heures, ce service qui enregistre habituellement 250 passages, voient ce chiffre monter à 270, voire 280, soit une augmentation d’environ 12 %.
«Nous sommes habitués à ce genre de phénomène, mais c’est une période intense pour les équipes», souligne le Dr Emile Bock, médecin urgentiste aux Hôpitaux Robert-Schuman. «Actuellement, les chiffres sont plus élevés que la moyenne. Nous sommes sur une tendance haute, avec un nombre important de patients. Pour nous, il s’agit surtout de travailler pour gérer le flux.»
Le pic pas encore atteint
Ce flux plus abondant qu’à l’accoutumée est notamment alimenté, en cette période hivernale, par les pathologies respiratoires. D’après les chiffres du ministère de la Santé, si les cas de Covid-19 et de personnes contaminées par le virus syncytial respiratoire (VRS) sont en baisse, les cas de grippe, eux, sont en forte progression. «Nous sommes clairement entrés dans la vague annuelle d’infections grippales», indiquait la ministre de la Santé dans une réponse à une question parlementaire.
La période n’est «jusqu’à présent pas plus sévère que les autres années, mais s’est simplement développée environ une semaine plus tôt», poursuivait-elle. Une analyse que nuance le Dr Emile Bock, qui s’attend à «une année plus difficile» que d’habitude, avec des surinfections qui touchent tous les âges. «Et nous n’avons pas encore atteint le pic», estime-t-il.
Sous la surcharge, les équipes de l’hôpital Kirchberg continuent de trier les personnes qui passent les portes des urgences pour déterminer le niveau de gravité de leurs symptômes. «Les infections respiratoires entrainent en moyenne 20% d’hospitalisation. Cela concerne surtout les personnes âgées, qui sont plus fragiles.»
«Ces pathologies entraînent des pneumonies ou aggravent des insuffisances cardiaques», explique le médecin. «Pour les plus jeunes, leur passage s’arrête en majorité à une consultation», explique le médecin. La direction de la Santé ajoute que les cas d’infection des voies respiratoires représentent désormais environ 10 % des consultations, «sans toutefois entraîner un nombre exceptionnel d’hospitalisations».
Un manque de personnels
La période actuelle est rude, mais d’après le Dr Emile Bock, celle des fêtes l’était encore plus en raison du manque de médecins généralistes. «Les difficultés étaient accrues, car les généralistes étaient en congé. Il était impossible pour les patients d’obtenir des consultations. S’ils étaient malades, ils se tournaient vers les urgences ou les maisons médicales, car ils devaient voir un médecin. En conséquence, tout le monde était surchargé», appuie l’urgentiste.
Nous faisons face à un état de surcharge chronique
Une situation générée par des problèmes structurels dus à «un manque de personnel» et à «des infrastructures vieillissantes». «Nous faisons face à un état de surcharge chronique. Les infirmiers et les infirmières ont une charge administrative trop importante et il est nécessaire de renforcer les équipes. On négocie avec les pouvoirs publics depuis des années pour faire changer cela.»
L’épidémie de grippe reste soutenue en France et provoque une activité «élevée» dans les hôpitaux, a souligné en milieu de semaine l’Agence nationale de santé publique, qui note qu’un pic semble avoir été atteint dans les derniers jours de 2025, mais prévient qu’il pourrait n’être que provisoire.
Depuis plusieurs semaines, presque toutes les régions françaises sont frappées par l’épidémie de grippe saisonnière. Seule La Réunion, déjà touchée voici quelques mois, fait exception, mais semble menacée d’une reprise épidémique. Et la part de la grippe parmi les décès déclarés par certificat électronique a encore augmenté, atteignant un niveau de 6,3%, comparable à celui de la même semaine de 2025. La saison 2024/2025 avait été particulièrement sévère avec plus de 17.000 décès.
La grippe est l’un des facteurs contribuant actuellement à une situation tendue dans les services d’urgence. Viennent s’y ajouter des accidents dus à la neige et au verglas, ainsi qu’une grève des médecins libéraux qui conduit les patients à se reporter sur l’hôpital. Parmi les éléments positifs, la vaccination anti-grippale a eu un peu plus de succès que l’automne/hiver passé, où un faible taux de couverture avait contribué à une épidémie particulièrement sévère.
Reste que la couverture vaccinale des Français demeure faible, avec 38% de l’ensemble des personnes à risque et 44% pour les plus de 65 ans. Par ailleurs, les premières remontées sur le vaccin témoignent d’une efficacité « modérée », évitant entre 30% et 42,4% des infections grippales.
Autre grande épidémie virale d’automne/hiver, la bronchiolite, qui se concentre sur les bébés, montre clairement des signes de franchissement d’un pic. Une première région de métropole, l’Île-de-France, est ainsi passée en situation post-épidémique, alors que la bronchiolite affectait tout le territoire depuis plusieurs mois.
AFP