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[Exposition] Beautés et mystères du sommeil à Paris


«Le Sommeil de Saint Pierre», chef-d'œuvre de Giuseppe Antonio Petrini peint vers 1740, est présenté dans l'exposition. (Photo : grand palais rmn musée du louvre stéphane maréchalle)

Paisible ou perturbé, érotique ou peuplé de rêves, le sommeil a toujours inspiré les artistes et notamment les peintres, comme le montre une exposition au musée Marmottan-Monet, à Paris.

C’est «la première (exposition) du genre en France explorant cet état mystérieux qui occupe, dit-on, un tiers de notre vie», explique Laura Bossi, neurologue et historienne des sciences, commissaire de l’événement avec Sylvie Carlier, directrice des collections du musée Marmottan-Monet, situé dans le 16e arrondissement de la capitale française. De Rembrandt à Picasso en passant par Dürer, Monet, Munch, Vuillard ou la Bible, l’exposition «L’empire du sommeil» rassemble quelque 130 peintures, gravures, sculptures, photographies, œuvres graphiques, objets et documents scientifiques issus d’environ 70 collections privées ou grandes institutions françaises et internationales (musée d’Orsay, musée du Louvre, Palazzo Pitti-Galleria d’Arte Moderna de Florence, musée Reina Sofía de Madrid…).

Le parcours s’ouvre sur cinq chefs-d’œuvre exposés dans une rotonde tendue de lourds rideaux bleus, évoquant «presque tous les âges de la vie endormis», souligne Sylvie Carlier, du jeune fils de Claude Monet au repos des Troyens de l’Énéide vu par Pierre Puvis-de-Chavannes. Composée de huit sections thématiques, l’exposition explore les visages du sommeil et ses troubles dans la culture occidentale. La majorité des œuvres exposées sont datées du XIXe et du début du XXe siècle.

«Le modèle endormi est le modèle idéal pour le peintre, car il ne bouge pas», souligne Laura Bossi. «Sieste, repos forcé après une fausse couche, sommeil profond du vendeur de violettes épuisé dans la rue : nombre d’entre eux ont peint leurs proches ou moins proches, enfants, conjoints, amis, amant(e)s ou anonymes, endormis.»

Mythologie et érotisme

Le sommeil est évoqué depuis des millénaires, dans la Bible notamment, lors de la création d’Ève, alors qu’Adam est endormi, et dans les mythes antiques revisités à la Renaissance. Dans la mythologie grecque, la Nuit (Nyx) engendre Hypnos (le sommeil) et Thanatos (la mort), comme le représente un étonnant tableau symboliste d’Evelyn de Morgan où les deux jumeaux volent dans le ciel en distribuant des pavots rouges. «Hypnos, Thanatos, Éros, dans toutes ces figures mythiques se découvre une beauté du sommeil mais aussi une ambiguïté. Au-delà de l’apparence réelle de l’homme endormi, il y a, invisible, le rêve…», écrit Érik Desmazières, directeur du musée Marmottan-Monet, dans le dossier de presse de l’exposition.

Plus tard, de Rembrandt jusqu’à Picasso, place au sommeil érotique et à la sensualité des corps nus. C’est Psyché dévoilant Éros endormi ou Séléné, la Lune, amoureuse d’Endymion. Les Vénus et les nymphes de la peinture néoclassique deviennent des demoiselles endormies ou des amies surprises dans le sommeil après l’amour.

De l’opium et au lit

Une autre section dédiée au «sommeil troublé» parle de l’onirisme, de la psychanalyse, du somnambulisme, de l’insomnie et du sommeil induit par l’hypnose ou l’absorption de psychotropes. Ainsi, dès la fin du XVIIIe siècle, Goya dans Le Sommeil ou le Suisse Johann Heinrich Füssli «interrogent la face obscure des Lumières pour tenter de donner forme et crédit aux figures évanescentes des cauchemars». Un siècle plus tard, les symbolistes peindront volontiers les fumeries d’opium : au XIXe siècle, c’est la principale drogue consommée dans le but de trouver le sommeil, mais elle est aussi expérimentée par les artistes pour leurs rêveries. Le peintre italien Gaetano Previati représente l’ambiance «maudite» d’une fumerie, tandis que le pavot, la plante à la base de l’opium, est souvent peint par les symbolistes, qui en font le symbole du sommeil et de l’oubli, et par extension, de la mort. Ici, le sommeil, «empêché de tous les côtés, devient objet de désir».

L’exposition s’achève sur un espace dédié au lit et à la chambre avec plusieurs pépites représentant des couchettes vides (Eugène Delacroix, Avigdor Arikha), un chef d’œuvre du peintre espagnol Joaquin Sorolla y Bastida, représentant une mère et son nouveau-né endormis dans une mer de draps blancs, et un autre de Balthus évoquant une jeune femme sur le point de se coucher, intitulé La Phalène.

Jusqu’au 1er mars.
Musée Marmottan-Monet – Paris.

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