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Yémen : quand la rivalité Émirats-Arabie saoudite éclate au grand jour


Le conflit actuel au Yémen est l'illustration des tensions et divisions entre les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite. (Photo : afp)

L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, autrefois alliés, s’engagent désormais dans une rivalité ouverte pour la domination régionale, marquée par les derniers affrontements au Yémen.

De solides alliés à meilleurs ennemis, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis se sont opposés ouvertement au Yémen. Dans une escalade inédite, l’Arabie saoudite, principal soutien du gouvernement yéménite, avait accusé le 30 décembre dernier les Émirats d’actions «extrêmement dangereuses» par leur appui au mouvement séparatiste yéménite du Conseil de transition du Sud (STC). La coalition menée par le royaume avait bombardé le même jour une cargaison d’armes présumée en provenance des Émirats dans un port contrôlé par le STC.

Depuis, la tension au Yémen est redescendue d’un cran entre les deux puissances (lire ci-contre) mais leur alliance est plus que jamais fissurée. Autrefois uni au début de la guerre civile yéménite en 2014 contre les rebelles houthis, le duo a commencé à se disloquer en 2019, lorsque Abou Dhabi a retiré la plupart de ses forces du pays. Mais c’est la première fois que les divergences se retrouvent «sur la place publique de cette manière», constate Emadeddin Badi, un chercheur spécialiste du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord.

Aussi opposés au Soudan

En arrière-plan du conflit au Yémen se trouve des années de divergences géopolitique et économique entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Dans la guerre actuelle au Soudan, chacun soutien aussi un camp différent. Les Émirats arabes unis ont été accusés d’armer les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) qui combattent l’armée régulière depuis 2023, ce qu’ils nient catégoriquement. L’armée soudanaise a reçu pour sa part le soutien de Riyad, selon les observateurs.

Pour Emadeddin Badi, l’avancée des séparatistes au Yémen doit être vue comme «une riposte» émirienne à la visite en novembre dernier du dirigeant saoudien à Washington, perçue comme visant à faire pression sur le dossier soudanais. Derrière leur intérêt pour le Soudan, les deux pays cherchent à contrôler le transit commercial en mer Rouge et sécuriser l’approvisionnement alimentaire.

La position stratégique de la Corne de l’Afrique, bordée par la mer Rouge, le golfe d’Aden et l’océan Indien, en fait un autre pôle de concurrence. Tandis que les Émirats ont noué des liens avec l’Éthiopie et le Somaliland, qui cherche à faire sécession de la Somalie et où ils exploitent une base militaire dans le port de Berbera, l’Arabie saoudite, a, elle, cherché à soutenir le gouvernement somalien.

Choc d’ambitions entre deux hommes

Depuis une dispute autour des restrictions des quotas de production de l’OPEP en 2021, la rivalité économique entre les deux pays, qui cherchent à s’extraire du tout-pétrole, est exacerbée. Riyad s’est employé à attirer les multinationales en imposant aux entreprises travaillant avec des organismes gouvernementaux d’établir leur siège régional dans le pays, incitant certaines d’entre elles à quitter les Émirats. L’Arabie saoudite s’est aussi dotée d’une nouvelle compagnie aérienne, d’un nouvel aéroport et de projets de loisirs susceptibles de rivaliser avec ceux de Dubai.

En arrière-fond se trament également des rumeurs de brouille entre les hommes forts de ces deux puissances voisines : le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, dit «MBS», et le président émirien, Mohamed ben Zayed Al-Nahyane, surnommé «MBZ». Ce dernier, 64 ans, était autrefois considéré comme le mentor de «MBS», 40 ans, dans une relation personnelle au cœur de l’alliance.

Mais leurs ambitions ont divergé alors que le prince Mohammed accélérait les réformes économiques dans son pays, et s’employait à en asseoir la domination. Depuis, le duo s’est ainsi divisé sur de nombreux dossiers.

 

Les dernières forces émiriennes ont quitté le Yémen

Les Émirats arabes unis ont confirmé ce vendredi que leurs dernières forces avaient quitté le Yémen et ont appelé à la désescalade dans ce pays, où des séparatistes soutenus par Abou Dhabi ont été visés par des frappes aériennes meurtrières ayant tué sept de leurs membres selon eux.

«Les Émirats arabes unis ont mis fin à la présence de leurs forces pour lutter contre le terrorisme» au Yémen, a déclaré un responsable gouvernemental, ajoutant qu’ils «restent attachés au dialogue, à la désescalade et aux processus soutenus par la communauté internationale comme seule voie durable vers la paix».

 

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