L’Ombudsman fir Kanner a Jugendlecher (OKaJu) a enquêté sur l’inclusion des enfants en situation de handicap au Luxembourg et ses conclusions sont préoccupantes.
Entre rencontres avec des professionnels, saisines et recueil de témoignages en ligne, le défenseur des droits de l’enfant, Charel Schmit, et son équipe ont décortiqué la prise en charge des enfants handicapés ou à besoins spécifiques au Grand-Duché.
Il en tire un état des lieux complet et le résultat n’est pas brillant.
Pour commencer, l’OKaJu constate que la vision même de l’inclusion n’est pas claire pour tout le monde : «Perçue comme un objectif à long terme, l’inclusion reste entravée par des résistances de la part de certains acteurs, qui estiment qu’elle ne peut être imposée à tous, ni à tout prix.»
Ensuite, l’absence de stratégie globale est pointée du doigt : «Cela empêche la planification efficace des besoins et des ressources», estime l’organisme, tandis que les responsabilités sont «mal réparties» entre les ministères (Éducation, Santé, Affaires sociales).
D’où des confusions et des lenteurs dans le parcours des enfants. «Il n’existe aucune task force ou structure centrale pour piloter l’inclusion scolaire au Luxembourg», déplore l’OKaJu.
Des enfants aux «parcours fragmentés»
Dans son rapport annuel 2025, l’Ombudsman décrit les «parcours fragmentés» de ces enfants avec handicap, et les lourdeurs administratives pour les familles, sans suivi cohérent ou personnalisé.
L’OKaJu a par exemple établi qu’il leur faut répéter encore et encore les mêmes démarches, pour chaque service, car il n’y a pas de mutualisation des données.
Au final, les élèves se retrouvent à naviguer entre plusieurs institutions (écoles, centres de compétences, services sociaux). Ce qui fait dire à certains acteurs du secteur que les procédures en place sont trop complexes, voire inefficaces.
Les délais à rallonge sont aussi dans le viseur de l’OKaJu. Que ce soit pour les diagnostics, l’évaluation des besoins, la mise en place d’aides ou l’accord d’une place en structure spécialisée, ceux-ci sont jugés «excessifs».
L’Ombudsman a repéré également que différents types d’observations et diagnostics (médicaux, pédagogiques, par les équipes de soutien des élèves à besoins spécifiques, les centres de compétences) peuvent être effectués en parallèle, sans que ces efforts soient coordonnés.
De graves lacunes qui, cumulées à la pénurie de spécialistes qui frappe le territoire depuis plusieurs années maintenant, ne font que retarder la prise en charge des enfants.
Attention à la déresponsabilisation
Et les critiques ne s’arrêtent pas là. Dans le domaine de l’école, l’OKaJu s’étonne que le Luxembourg persiste à maintenir un système scolaire spécialisé, parallèlement au circuit ordinaire, ce qui est contraire à la Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées (CRDPH).
«Le système luxembourgeois repose encore sur une coexistence entre classes spécialisées et inclusion en école ordinaire, ce qui freine l’évolution vers une école pleinement inclusive», note l’OKaJu.
Si les centres de compétences jouent un rôle central, ils peuvent aussi être synonymes de déresponsabilisation des établissements ordinaires, juge l’organisme, après plusieurs mois d’enquête.
Le handicap géré comme un problème de discipline
Sans oublier que ce système parallèle s’avère largement insuffisant, avec des structures saturées qui poussent les enfants avec des besoins complexes à vivre «une errance institutionnelle», passant d’un service à l’autre.

Les élèves avec un handicap plus léger peuvent connaître un «vide éducatif». (Photo d’archives : christelle brucker)
Et pour les enfants avec un handicap plus léger, ce n’est pas mieux. L’Ombudsman pointe un véritable «vide éducatif», leurs besoins étant jugés trop lourds pour suivre à l’école ordinaire, mais pas assez pour intégrer une structure spécialisée.
Ces handicaps invisibles, comme le trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), les troubles du spectre autistique (TSA) ou les troubles DYS, l’OKaJu assure qu’ils sont mal interprétés, et gérés comme des problèmes disciplinaires, entraînant «des réponses inadaptées et une exclusion sociale».
Des aménagements qui varient en fonction des établissements
Enfin, «la mise en œuvre des aménagements raisonnables n’est pas optimale, loin de là», étrille l’OKaJu. Celle-ci varie selon les établissements (publics, privés, européens, internationaux) «en l’absence de directives claires, de mécanismes de recours et de reconnaissance des diplômes en cas d’aménagements».
Une recommandation générale du défenseur des droits de l’enfant sur l’inclusion est en cours d’élaboration et devrait être publiée dans les semaines qui viennent. En attendant, les pistes suivantes figurent déjà dans le rapport 2025.
Six recommandations de l’OKaJu
- Une base de données centralisée pour améliorer le suivi et la cohérence des démarches d’inclusion scolaire
- Des procédures revues et précisées, en mettant l’accent sur les délais, le rôle de chacun et la personne de référence pour le suivi des projets
- Une mise en réseau renforcée et une collaboration régulière avec partage d’informations entre établissements, services et familles
- Une formation initiale et continue en matière d’éducation inclusive
- Des outils de suivi et d’évaluation permettant d’adapter rapidement le dispositif
- Des aménagements précoces favorisant l’autonomie et la participation active des enfants