Près de 20 ans après avoir rejoint l’Union européenne, la Bulgarie a adopté l’euro le 1er janvier, entre espoirs pour son économie et craintes d’une majeure partie de la population.
À minuit jeudi, la Bulgarie est entrée en 2026 en adoptant l’euro. Entré dans l’UE en 2007, le petit pays des Balkans, vient de tirer un trait sur le lev, sa monnaie nationale depuis la fin du XIXe siècle, avec l’espoir de renforcer ses liens économiques avec les autres membres de la zone euro, mais aussi la crainte d’une flambée des prix dans un contexte politique instable.
«Je souhaite chaleureusement la bienvenue à la Bulgarie dans la famille de l’euro», a déclaré dans un communiqué jeudi matin Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne, qui a pour l’occasion illuminé son bâtiment principal à Francfort aux couleurs de la Bulgarie.
À Sofia, des milliers de Bulgares ont bravé les températures négatives de la nuit pour assister au concert traditionnel du réveillon et au compte à rebours marquant l’arrivée de 2026 et de l’euro. «Youpi, ça marche!», s’est écrié Dimitar, 43 ans, après avoir retiré 100 euros à un distributeur moins d’une demi-heure après minuit.
Un choix qui divise le pays
«L’introduction de l’euro est la dernière étape de l’intégration de la Bulgarie dans l’Union européenne», a déclaré le président Roumen Radev lors de son allocution à la télévision quelques minutes avant minuit, regrettant toutefois que les Bulgares n’aient pas été consultés par référendum sur ce choix qui a divisé le pays.
Selon la dernière enquête d’opinion de l’agence de sondage de l’UE Eurobaromètre, 49% des Bulgares restaient opposés à la monnaie unique. «Ce refus a été l’un des symptômes dramatiques du profond fossé entre la classe politique et le peuple, confirmé par les manifestations massives dans tout le pays», a-t-il estimé, quand bien même la Cour constitutionnelle a jugé qu’il ne pouvait avoir lieu.
Les manifestations, qui dénonçaient notamment la corruption, ont conduit à la mi-décembre au renversement du gouvernement de coalition conservateur en place depuis moins d’un an, ce qui implique de nouvelles élections législatives, les huitièmes en cinq ans.
«Ce n’est pas le moment! Hier, j’ai regardé les chiffres pour l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne : elles ont une dette énorme. Et à un moment donné, on va se retrouver avec leurs prêts sur le dos», a estimé dans la nuit Stefan, un économiste de 64 ans.
Mais pour Gergana Arabadjiska, directrice financière de 50 ans, «à partir de maintenant, il n’y a que de bonnes choses qui nous attendent : plus d’opportunités, pour les citoyens comme pour les entreprises». Les paiements en leva continueront d’être acceptés tout le mois de janvier, un défi pour les commerçants qui devront rendre la monnaie en euros.
«Les gens ont peur que les prix augmentent»
Selon Lucy, vendeuse de légumes en conserves sur le plus grand marché de Sofia, la population va vite s’habituer à la nouvelle monnaie. En revanche, «les gens ont peur que les prix augmentent. Aujourd’hui, c’est quatre leva et ça va devenir quatre euros, tandis que les salaires resteront les mêmes», a-t-elle dit.
Nombre de Bulgares redoutent en effet que l’introduction de l’euro ne conduise à une spirale inflationniste, alors que les prix des denrées alimentaires ont déjà augmenté de 5% sur un an en novembre, selon l’Institut national de statistique.
Les dirigeants bulgares ont tenté de rassurer, et promis que cette entrée dans la zone euro permettrait de dynamiser l’économie du pays, l’un des plus pauvres et corrompu de l’UE, et de l’ancrer davantage à l’Ouest pour le protéger de l’influence russe.
Pour le patron de la Banque centrale bulgare Dimitar Radev, «l’euro n’est pas seulement une décision économique». «Ce n’est pas seulement une monnaie. C’est un signe d’appartenance: la preuve que votre place n’est pas à la périphérie, mais dans un espace de règles communes, de confiance et de responsabilité», a-t-il dit dans une vidéo publiée sur le site de son institution.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a elle assuré mercredi que «l’euro apportera(it) des avantages concrets aux citoyens et aux entreprises bulgares», en facilitant les voyages et les échanges et en améliorant la transparence des marchés.