Une pétition demande que l’État fasse un geste pour les commerçants obligés de faire appel à des sociétés de sécurité pour assurer la tranquillité de leur clientèle. La pétitionnaire témoigne.
Son initiative est partie d’un article paru dans la presse dans lequel un couple expliquait être confronté à des frais engagés pour assurer la sécurité de ses clients dans le café qu’il venait de prendre en exploitation dans le quartier Gare à Luxembourg. «Ce sont surtout les commentaires des lecteurs qui m’ont fait sursauter», explique Deborah Simoes.
Certains des commentateurs disaient clairement qu’il ne fallait pas s’attendre à autre chose dans ce quartier tristement réputé pour son insécurité. «Mais ce n’est pas seulement à la gare à Luxembourg que c’est devenu dangereux, c’est dans tout le pays», observe Deborah Simoes, qui exploite une boîte de nuit à Remich.
Pour sensibiliser les pouvoirs publics à ce phénomène, elle a introduit une pétition qui réclame la mise en place d’un soutien financier pour les commerçants qui font appel à une agence de sécurité. Elle espère que les commerçants pourront obtenir une aide de l’État afin d’alléger les coûts liés aux services de sécurité, afin d’encourager les commerces à maintenir un environnement propre et sécurisé, et de renforcer la sécurité publique autour des établissements ouverts le soir et la nuit.
«Durant l’été, j’ai travaillé à la piscine à Remich et durant toute la saison, nous avions des personnels d’une agence de sécurité», témoigne-t-elle.
La pétitionnaire observe par ailleurs que certains supermarchés font également appel à des agences de sécurité en cette période de forte affluence. «C’est quand même un phénomène que nous ne connaissions pas il y a encore dix ans», selon elle. Les vols se multiplient, les chamailleries aussi. Personne ne pouvait imaginer des agents dans les piscines en plein air, par exemple. Et pourtant, Deborah Simoes indique que leur présence était nécessaire, surtout au cours des journées les plus chaudes de l’été.
En discutant avec d’autres commerçants, elle est en mesure de dire aujourd’hui que le covid a aussi eu des conséquences sur les comportements qu’elle observe aujourd’hui. «Les gens sont devenus plus peureux. Ils sont aussi plus vite sous pression qu’avant», selon son sentiment.
Pour rassurer sa clientèle, elle a décidé d’engager des agents de sécurité à son tour. «Je ne voulais pas avoir d’incidents chez moi et d’ailleurs 80% de ma clientèle fréquente mon établissement parce que les gens savent que j’ai pris ces mesures», assure la pétitionnaire. Les agents viennent tous les week-ends de Wiltz.
«Ça coûte cher la soirée et sur toute une année ça commence à peser, les frais sont énormes», témoigne Deborah Simoes qui ouvre sa boîte de nuit le vendredi et le samedi seulement. «Il ne faut pas croire que les incivilités ou les agressions se passent seulement dans le quartier de la gare à Luxembourg. À Remich, nous avons les deux frontières et ceux qui viennent semer le trouble sont vite repartis hors du Luxembourg», dit-elle encore.
«Je suis une patronne et je suis seule»
Les anciens exploitants de son établissement avaient arrêté de prendre des agents de sécurité à cause des frais, selon elle, et les bagarres ont alors repris. Elle ne veut pas de trouble chez elle pour que sa clientèle, essentiellement des jeunes quadras, se sente à l’aise. «Je suis la patronne et je suis seule, j’ai des jeunes serveuses et serveurs et je ne vais pas prendre le risque d’avoir des incidents chez moi», insiste-t-elle.
La police ne peut pas être présente partout, elle en a bien conscience, mais les commerçants, comme elle, sont alors obligés d’assurer la sécurité de leur clientèle. «J’aimerais que l’État soit conscient des frais que cela engendre et je n’attends pas un remboursement des frais, bien sûr, mais un petit geste, ne serait-ce que fiscalement, par exemple», suggère-t-elle. Que ce soit dans les supermarchés, certaines boutiques ou son local, le problème de l’insécurité reste le même, selon elle. «Les sociétés de sécurité, c’est le business de demain», ajoute-t-elle
«On ne met pas un jeune de 20 ans devant la porte pour faire ce job, il faut des gens expérimentés et issus de sociétés agréées. Parce que des gens non déclarés, ça se trouve aussi, mais je veux faire les choses dans les règles et forcément ça revient cher, et c’est triste d’en arriver là.» Elle se souvient d’une époque où il y avait un videur devant les boîtes de nuit, qui était surtout là pour s’assurer que les tenues vestimentaires étaient correctes. Aujourd’hui, elle constate que les agents de sécurité ont pris leur place
«Ce couple qui a ouvert son café dans le quartier de la gare a sans doute réalisé un rêve en investissant dans son établissement, et il doit encore payer pour assurer la tranquillité des lieux, même en pleine journée. C’est grave», conclut-elle.
Cette situation crée un déséquilibre entre les obligations de sécurité assumées par les commerçants et les moyens dont ils disposent pour y répondre, écrit-elle dans sa pétition 3885, qui pour l’heure, n’a recueilli que huit signatures.