Donald Trump a annoncé vendredi avoir négocié la livraison de quantités massives de diesel russe aux marchés américain et mondial, procédant à la levée de sanctions pesant sur Moscou, au grand dam de Volodymyr Zelensky qui a dénoncé une décision «indigne».
Cette annonce inattendue a coïncidé avec la reprise vendredi à Miami des discussions entre Américains et Ukrainiens sur la guerre en Ukraine, en présence de conseillers à la sécurité nationale de plusieurs pays européens.
Elle a immédiatement provoqué une vive réprobation du président ukrainien. «Ce n’est certainement pas honnête, c’est certainement indigne de nos partenaires, et c’est, à mon avis, une décision faible», a déploré Volodymyr Zelensky face aux journalistes.
Donald Trump, qui cherche par tous les moyens à faire baisser les prix des carburants aux États-Unis à l’approche des élections de mi-mandat, a expliqué avoir eu une «discussion très fructueuse» avec Vladimir Poutine.
«La Russie va immédiatement fournir plus de 300 000 tonnes de diesel au marché américain et mondial, 500 000 tonnes de plus en novembre et 1 000 000 de tonnes immédiatement après. Par ailleurs, selon l’état de ses raffineries, la Russie va livrer rapidement 3 000 000 de tonnes de diesel», a-t-il affirmé sur sa plateforme Truth Social.
«Les prix du diesel pour les Américains et, en réalité, pour le monde, vont baisser rapidement dans des proportions record ! Des prix plus bas pour les Américains et surtout nos formidables paysans, éleveurs et transporteurs routiers, c’est ma plus grande priorité», a ajouté le dirigeant républicain, confirmant l’objectif central de cet accord.
«La partie russe a réaffirmé sa volonté de fournir du pétrole et des produits pétroliers aux marchés américain et mondial», a par la suite indiqué le Kremlin, validant les volumes avancés par Donald Trump.
Un «cadeau» dénoncé par Kiev
Le département américain du Trésor a précisé avoir accordé une autorisation provisoire pour permettre cette mise sur le marché du gazole russe.
La Russie subit traditionnellement de lourdes sanctions sur ses exportations d’hydrocarbures, conçues pour restreindre les revenus servant à financer son offensive à grande échelle lancée contre l’Ukraine en février 2022.
Bien qu’ayant promis de mettre un terme au conflit, les initiatives de médiation menées par Donald Trump n’ont pas abouti. N’ayant jamais condamné l’invasion russe, il s’est vu reprocher à de multiples reprises par les Européens et les Ukrainiens de privilégier les exigences de Moscou. Si le président américain a récemment critiqué les frappes ukrainiennes ciblant des raffineries russes, il s’est abstenu de commenter la recrudescence des bombardements russes contre les populations civiles en Ukraine.
«Vous savez, cela ressemble à un beau cadeau d’anniversaire pour Poutine. C’est absolument horrible», a fustigé Volodymyr Zelensky dans un entretien accordé au média américain Axios, en écho au 74e anniversaire du président russe célébré mercredi.
«Cela ne fait qu’alimenter Poutine et lui donne la possibilité de mener une guerre encore plus intense», a-t-il insisté, déplorant que la délégation ukrainienne en déplacement en Floride ait «simplement servi de façade» pour cet accord conclu avec Moscou.
À Miami, les représentants ukrainiens ont échangé avec Steve Witkoff, l’émissaire spécial de Donald Trump, ainsi qu’avec Jared Kushner, agissant comme médiateur informel, aux côtés de diplomates européens.
Préparation critique pour l’hiver
Sur le réseau X, Steve Witkoff a salué des «discussions constructives», sans toutefois certifier si les pourparlers se prolongeraient le samedi comme initialement prévu.
Les pourparlers ont notamment couvert «des mesures à court terme liées à la préparation à l’hiver (résilience énergétique, exportations de céréales), des garanties de sécurité, ainsi que des dispositifs à plus long terme pour la sécurité de l’Ukraine et de l’Europe», a détaillé l’émissaire.
La situation sur le terrain demeure dramatique : les frappes russes survenues depuis mercredi ont coûté la vie à environ 60 personnes en Ukraine, dont au moins 30 dans une attaque jeudi ayant touché deux autocars à Kramatorsk, dans l’est du pays, s’inscrivant parmi les bilans les plus lourds de ces dernières semaines.
Les récents bombardements ont également entraîné des «dommages considérables» sur le réseau électrique ukrainien, a souligné M. Zelensky, ravivant les craintes de voir se répéter le scénario de l’hiver précédent, marqué par les pilonnages russes plongeant des millions de civils dans le froid et le noir.
Réuni d’urgence vendredi, le Conseil de sécurité de l’ONU a vu son sous-secrétaire général, Khaled Khiari, condamner fermement ces frappes qui ont «atteint un nouveau degré d’horreur».
«Les habitants de Kiev et d’autres grandes villes pourraient être plongés dans l’obscurité et affronter un froid extrême cet hiver si ces attaques ne cessent pas immédiatement», a-t-il mis en garde.