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Paraguay : Pedro Alliana, président-surprise mais dans la continuité conservatrice


Pedro Alliana a prêté serment en tant que président intérimaire, après la destitution du président Santiago Peña au Congrès national vendredi. (Photo : afp)

Pedro Alliana, devenu président-surprise du Paraguay au terme d’une crise bancaire et politique éclair de quatre jours, incarne tout sauf un virage, politicien rompu émanant du cœur du même parti conservateur que son prédécesseur destitué.

Pedro Alliana, 52 ans, a prêté serment vendredi dans la foulée de la destitution de Santiago Peña pour sa responsabilité dans la débâcle de la banque en ligne Ueno, qui a affecté près de 3 millions d’épargnants.

Les premiers mots du nouveau président, devant le Sénat qui l’a investi, ont été pour «les compatriotes qui traversent une situation très difficile à cause du chaos financier». Il a promis qu’ils «seront pleinement indemnisés. Nous ne les laisserons pas seuls».

Pedro Alliana, pourtant, est passé près lui aussi d’être éclaboussé par le scandale. Comme Santiago Peña, il était visé par une demande de procédure de destitution. Mais les députés, dans son cas, ont écarté ce scénario par 48 voix contre 30.

Pedro Alliana est un résilient, endurci par les épreuves. Que ce soit en 2003 avec le meurtre de son frère Rodolfo, enlevé par un gang en quête de rançon. Ou en 2018 lorsqu’il fut atteint de leucémie, vaincue après une chimiothérapie au Brésil financée par son parti Colorado.

Ancien international de basket, homme d’affaires dans le commerce après des études de relations internationales, Pedro Alliana, père de quatre enfants, est surtout un politicien professionnel, qui n’a jamais fait mystère de son souhait d’accéder à la fonction suprême.

«Je veux être président (…) J’ai la capacité d’être président de la République», déclarait-il le mois dernier.

Santiago Peña avait adoubé son vice-président en vue de la présidentielle de 2028, saluant récemment «la trajectoire, le mérite et le parcours exemplaire» de Pedro Alliana.

«Fidélité au parti»

Hércules Pedro Lorenzo Alliana Rodríguez, «Mangui» pour ses amis, est né le 19 février 1974 à Pilar, une ville à 300 km au sud d’Asunción, près de la frontière argentine.

Baignant jeune dans la politique, avec des parents élus locaux, il échoua d’abord à devenir maire de sa ville, avant d’être élu, à 34 ans, gouverneur de sa province de Ñeembucú.

De là, il gravit les échelons de la représentation, député de 2013 à 2023, président de la chambre basse, en parallèle à une ascension au Parti Colorado (conservateur), qui domine la vie politique du Paraguay quasiment sans interruption depuis 80 ans.

Dans ce parti qu’il présida aussi, Pedro Alliana appartient, comme Santiago Peña, au premier cercle autour de l’ex-président Horacio Cartes (2013-2018), magnat de l’industrie du tabac, encore très influent dans la politique paraguayenne.

Horacio Cartes avait été frappé en 2022 de sanctions par Washington qui l’avait désigné comme «significativement corrompu». Sanctions levées en 2025 par l’administration Trump, dont le Paraguay est proche allié, partenaire par exemple de son «Bouclier des Amériques».

«Je remercie mon parti (…) et je réaffirme ma fidélité à ses postulats doctrinaires», a déclaré Pedro Alliana après avoir prêté serment. Il n’a suggéré aucun changement de ligne, entre conservatisme social pro-marché et alignement sur les États-Unis.

Considéré comme homme de terrain, jouant aussi de ses appuis politiques, Pedro Alliana est crédité d’avoir impulsé des infrastructures-clés désenclavant sa région de Pilar, souvent soumise aux inondations.

Mais il a aussi été taxé de népotisme par ses rivaux, en référence à des postes occupés par des membres de sa famille au Parlement, ou dans la haute fonction publique, accusations qu’il a toujours niées. Son épouse, Fabiana Souto, est une députée suppléante de son parti.

Comme pour Santiago Peña, une clé de la présidence pourrait être sa capacité à gérer la relation avec Horacio Cartes. Avec lequel sa relation s’est récemment tendue, lorsque l’ancien président s’avisait d’influencer des tickets pour la présidentielle de 2028.

«Il ne faut pas confondre loyauté et obéissance», posa Pedro Alliana.

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