Les Bulgares votent dimanche pour élire leur président, dans un scrutin marqué par les inquiétudes sécuritaires, après une série d’attaques de drones contre des navires marchands en mer Noire, à proximité de leurs côtes.
Les bureaux de vote ont ouvert à 7 h (6 h, heure de Luxembourg) et ferment à 20 h (19 h).
La présidente sortante, Iliana Iotova, partisane du dialogue avec Moscou et opposée à l’aide militaire à l’Ukraine, fait figure de favorite.
Après avoir voté, elle a affirmé vouloir un projet qui s’attaque «au problème de la pauvreté dans le pays, ainsi qu’aux inégalités régionales».
«Je crois qu’il doit y avoir la paix, la stabilité et la sécurité», a ajouté celle qui a fait de la fin de la guerre en Ukraine un de ses principaux thèmes de campagne, se présentant comme une «présidente de la paix».
Son principal rival, Andrey Gyurov, 50 ans, ancien Premier ministre par intérim soutenu par l’opposition pro-occidentale, a dit voter pour «une Bulgarie tournée vers l’avenir, un pays européen, libre et fier, où les revenus sont suffisants, où nous nous sentons en sécurité quant au lendemain et où l’État fonctionne comme il le devrait».
En cas de victoire, Iliana Iotova deviendrait la première femme élue au suffrage universel à la présidence de ce pays balkanique de 6,4 millions d’habitants.
Son succès renforcerait également le Premier ministre, Roumen Radev, auquel elle a succédé en janvier après sa démission pour se lancer dans la bataille des législatives et qui lui aussi plaide pour le dialogue avec Moscou.
Ancienne journaliste et figure du Parti socialiste, elle a siégé au Parlement européen avant d’être élue vice-présidente aux côtés de Roumen Radev en 2016 et 2021.
Sans contester l’ancrage de la Bulgarie à l’UE et à l’OTAN, elle critique la poursuite de l’aide militaire à l’Ukraine et appelle à des négociations entre Moscou et Kiev, alors que les Bulgares ressentent de plus en plus les répercussions de la guerre toute proche.
Les 6 et 13 octobre, quatre navires marchands ont été frappés par des drones au large de la Bulgarie, faisant 21 disparus. Roumen Radev a convoqué l’ambassadrice russe, jugeant ces attaques favorables aux intérêts de Moscou, tout en se refusant à désigner formellement un coupable faute de preuves tangibles selon lui.
Faible participation
Face à certains partis qui ont appelé au boycott et à une participation qui plafonnait à 5,8 % à 11 h, heure locale, selon la Commission électorale bulgare, Valentina Stoeva a dit «espère(r) vraiment que les Bulgares sortiront voter aujourd’hui».
«J’espère que nous voterons tous pour un avenir meilleur. Nous sommes restés immobiles bien trop longtemps. Nos enfants méritent de vivre en Bulgarie, plutôt que de se demander comment s’enfuir», a ajouté l’électrice de 44 ans.
Pour Guéorgui Lioubenov, 77 ans, enseignant à la retraite, «l’orientation de la politique étrangère des candidats est très importante pour moi», sans préciser laquelle il privilégie.
Historiquement proche de la Russie, la Bulgarie reste profondément divisée quant à ses relations avec Moscou.
Au total, 27 binômes briguent la présidence et la vice-présidence lors de ce premier tour, dont près de la moitié sont ouvertement favorables au Kremlin.
Pour le politologue Parvan Simeonov, cette présidentielle oppose deux visions de la Bulgarie, l’une «conservatrice, populaire et tournée vers l’Est», l’autre «occidentale, élitiste et libérale».
Face à Iliana Iotova, Andrey Gyurov, ancien vice-gouverneur de la Banque nationale et ancien Premier ministre par intérim, a déclaré vouloir être «un allié fiable au sein de l’OTAN, qui défend ses intérêts grâce à une préparation solide, une diplomatie forte et des positions claires», mercredi à Plovdiv, lors de son dernier meeting de campagne.
Pour Vessela Tcherneva, directrice adjointe du Conseil européen pour les relations internationales, «en cette période de bouleversements, le président bulgare devra choisir entre ménager les intérêts russes, américains, turcs et d’autres puissances, ou renforcer l’influence de son pays au sein de l’UE en contribuant à des politiques européennes plus fortes».