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En Albanie, nouvelle journée de mobilisation contre le Premier ministre


Une manifestante faisant face à des policiers anti-émeute lors d’une manifestation antigouvernementale dans le centre de Tirana, le 20 octobre. (Photo : afp)

Les manifestants se retrouvent samedi à Tirana pour dénoncer les mauvaises conditions d’études, la corruption et exiger la démission du Premier ministre Edi Rama, après une semaine émaillée de violences puis un relatif retour au calme.

Étudiants et lycéens ont rejoint la contestation mi-octobre à la faveur de la rentrée, semblant donner un nouvel élan au mouvement en cours depuis plus de 130 jours.

Un premier rassemblement, organisé par l’opposition, est prévu à la mi-journée dans le centre-ville, puis un second à l’appel d’étudiants devant le ministère de l’Éducation à 14 h. Des artistes ont également appelé à manifester en fin de matinée.

«Il y a beaucoup de colère», résume Sidorela Vatnikaj, une militante de 27 ans, vendredi soir, et qui parle d’une «révolution», entamée en mai contre un projet touristique lié au gendre de Donald Trump, Jared Kushner.

«Ce n’est pas seulement une affaire d’étudiants ou de luttes environnementales, mais aussi une question d’État de droit et d’État de justice», dit-elle.

Ce projet immobilier dans une zone naturelle protégée a été présenté pour la première fois en 2024. Mais c’est l’apparition, fin mai, de barbelés sur les plages de Zvernec, à 150 km au sud-ouest de Tirana, qui a tout déclenché.

«Si je participe» à la mobilisation, explique Asim, un étudiant de 20 ans ne souhaitant pas donner son nom de famille, «c’est que rien ne fonctionne réellement» en Albanie, un pays des Balkans qui aspire à rejoindre l’Union européenne.

L’Albanie occupe la 91e place dans le dernier classement (2025) de l’organisation Transparency International, sur 182 pays.

«Ici les gens n’obtiennent pas leurs postes au mérite, ce sont uniquement les connexions gouvernementales qui permettent d’obtenir un bon emploi», déplore-t-il.

Alors que les appels à manifester tournent sur les réseaux sociaux et que les touristes déambulaient sur la place centrale de Skanderbeg, certains bâtiments publics de la capitale se sont calfeutrés, volets baissés ou entrées verrouillées derrière de larges tôles.

Du gravier a même été substitué aux pavés sur des trottoirs du centre-ville où de nombreux feux de signalisation voient encore leurs fils pendouiller, arrachés pour désactiver les caméras de surveillance.

Autant de stigmates des violences survenues depuis le 13 octobre, qui ont fait plus de 300 blessés selon les autorités, vu des banques et ministères pris pour cible et, pour la première fois, les forces de l’ordre faire usage de balles en caoutchouc.

Ce jour-là, des milliers d’étudiants et lycéens ont rejoint le mouvement, à la suite d’un appel à la mobilisation nationale lancé trois jours plus tôt.

«Un effet d’entraînement possible», avec d’autres pays d’Europe, France et Italie notamment, selon une source sécuritaire qui estime à «moins de 10 %» le nombre d’éléments violents.

Fichier

Sans leader identifié, ce mouvement réclamait au départ l’annulation du projet touristique, ainsi que la révision des lois sur les aires protégées et les investissements stratégiques.

Puis ont aussi été dénoncés les conditions d’enseignement et le manque de perspective, alors que plus de 1,5 million d’habitants ont quitté le pays depuis la fin du communisme en 1990. Restent aujourd’hui en Albanie quelque 2,3 millions d’habitants.

Pendant des mois, des manifestants ont défilé pacifiquement chaque jour dans Tirana, s’arrêtant devant les bureaux du Premier ministre, au pouvoir depuis 2013, pour en demander la démission.

Cette semaine, les chaises rouges qu’il avait placées sur le parvis du siège du gouvernement comme une invitation au dialogue sont restées vides.

Samedi matin, il a diffusé une vidéo montrant une table en béton qu’il a improvisée, entourée de coussins avec un petit écriteau posé sur chacun : «dialogue».

Le dirigeant socialiste dénonce à présent «une guerre hybride», une violence «orchestrée par des mains entraînées à cet effet et alimentée de l’extérieur, par des acteurs étrangers».

Il a publié une liste d’une quarantaine de personnes, désignées par leurs initiales mais avec leurs photos, qu’il présente comme ayant participé aux violences.

Edi Rama a par ailleurs évoqué sa volonté d’établir un fichier des participants violents dans un «registre spécifique» pour éviter qu’ils ne se rendent dans des pays de l’UE.

«Nous ne sommes pas des criminels», rétorque Arta Lita, 18 ans. «Nous voulons simplement une vie meilleure pour nos parents, pour nous-mêmes», dit-elle, «un avenir dans notre pays qui croule sous le poids de la corruption» et où le salaire moyen brut avoisine les 930 euros.

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