Dans l’esprit de Qui veut la peau de Roger Rabbit, Dave Green s’amuse à mettre en scène le personnage de Vil Coyote dans un mélange d’animation et de prises de vues réelles. Après Bip Bip, sa cible est désormais le grand capital.
Durant près de cinquante épisodes, on ne compte plus le nombre de chutes dans le ravin, d’explosions qui le carbonisent et de murs de briques qu’il percute : Vil Coyote (Wile «Ethelbert» Coyote pour les intimes et en version originale) est, comme tous les personnages des Looney Tunes, maladroit, dingue, querelleur et increvable, mais il a quelque chose en plus des autres qui le rend terriblement humain. D’abord, son obsession à vouloir attraper un oiseau bien plus rapide que lui, quitte à y laisser des plumes. Ensuite, sa lassitude dépressive et ce regard mélancolique qu’il porte à chaque échec répété, souligné par les cernes noirs typiques de celui qui n’en peut plus.
Depuis 1949, l’auteur Chuck Jones (1912-2002) s’est amusé à le mettre en scène dans le désert d’Albuquerque, avec ses rocheuses et ses routes interminables. Bricoleur aux plans machiavéliques, la bête affamée va multiplier les tentatives (toutes infructueuses) pour attraper et se faire un festin de Bip Bip, un piaf supersonique trop vif et trop malin pour lui. D’autant que le coyote s’appuie sur une ribambelle de gadgets fabriqués par Acme, une multinationale présentée comme «la plus puissante au monde», mais qui sont, la plupart du temps, défectueux. Des patins à réacteur à la catapulte géante, en passant par les gants magnétiques, rien ne marche et tout se retourne contre lui.
David contre Goliath
Mais c’en est trop! Alors, quand il tombe sur une publicité pour un cabinet d’avocats (nommé «Avery, Jones & Maltese», en référence aux génies du cartoon Tex Avery et Chuck Jones ainsi qu’à leur scénariste Michael Maltese), il décide d’intenter un procès à la firme en raison des dysfonctionnements de ses produits. Ses nouveaux alliés ne sont toutefois pas très encourageants : Kevin (incarné par Will Forte) semble aussi fatigué que son client et n’est poussé à agir que par sa nièce Paige (Lana Condor), alors stagiaire. Il va pourtant falloir avoir les reins solides face à cette énorme machine qu’est Acme, dirigée par le musculeux Buddy (John Cena).

(Photo : ketchup entertainment)
Ce qui est drôle, c’est que cette lutte déséquilibrée, façon David contre Goliath, dépasse le simple cadre du grand écran. Petit rappel : alors que le film est bouclé fin 2023 et prêt à sortir, Warner Bros. Discovery décide finalement de le laisser dans les cartons (comme pour Batgirl et la suite de Scooby-Doo). Le studio économise ainsi pas moins de trente millions de dollars d’impôts, mais s’attire parallèlement la grogne de toute une profession et des fans. Les réseaux sociaux s’indignent et, deux ans après l’annulation, Ketchup Entertainment, un petit distributeur, rachète le long métrage et surfe sur la polémique en s’adressant au public de la sorte : «Le film qu’Acme veut vous empêcher de voir!».
«Tiré d’une histoire vraie»
Au générique, le réalisateur Dave Green va même ajouter que Warner est «une filiale exclusive de la société Acme» ainsi qu’un «tiré d’une histoire vraie» du plus bel effet. Toutefois, il ne se contente pas de l’effet d’annonce. Après s’être attaqué aux Tortues Ninja (2016), ce grand enfant s’offre le scalp du capitalisme dans une œuvre qui évoque la cruauté du monde de l’entreprise et la cupidité des multinationales, renvoyant ainsi à l’histoire réelle du film. Pied de nez savoureux : l’œuvre, sortie dans les cinémas américains fin août, a dépassé, un mois plus tard, la barre des 100 millions de dollars de recettes dans le monde. Un succès qui se poursuit, puisqu’elle vient de sortir dans différents pays européens, dont le Luxembourg.

(Photo : ketchup entertainment)
Sous ses airs de comédie juridique, Coyote vs. Acme n’évite pas la nostalgie, et ce, pour plusieurs raisons. D’abord, sa comparaison évidente avec Qui veut la peau de Roger Rabbit de Robert Zemeckis (1988), les deux films étant de la même trempe. Ensuite, son personnage principal, qui n’a rien perdu de l’excellence de son modèle, vieux de 77 ans : toujours sans voix, il agite les pancartes comme le clown burlesque qu’il était et qu’il reste, parfois désemparé, mais jamais à court d’idées. À côté de lui, personne ne tient la cadence : ni les humains trop lisses ou trop caricaturaux, ni tous les copains azimutés que Dave Green se plaît à déployer (Titi, Bugs Bunny, Daffy Duck, Elmer Fudd, Taz, Mémé, Porky Pig…), ni Bip Bip, la plupart du temps réduit à son statut de témoin. Pas sûr, pour autant, que Vil Coyote parvienne à le rattraper. L’histoire qui les unit est finalement comme une bonne vieille blague : on ne s’en lasse jamais!
Coyote vs. Acme
De Dave Green
Avec John Cena, Will Forte, Lana Condor…
Durée 1 h 43
Genre comédie / animation
Vil Coyote, célèbre personnage des Looney Tunes, lassé de voir les gadgets de la multinationale Acme exploser, échouer ou se retourner contre lui dans sa quête pour attraper Bip Bip, décide d’attaquer la firme en justice pour fabrication de produits défectueux. Il engage alors un avocat humain peu ambitieux…
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