Environ 300 bijoutiers luxembourgeois et belges se sont associés pour mieux lutter contre les vols. À l’origine de cette initiative figure Sandra Ann Demuynck, une grossiste belge en bijoux.
Alors que le prix du gramme d’or avoisine les 110 euros, ce métal précieux suscite de plus en plus de convoitises. Lors des cambriolages de domiciles, ce sont souvent les bijoux en or qui constituent les principales cibles des malfaiteurs.
D’autres, plus téméraires, s’en prennent directement aux bijouteries, malgré les dispositifs de sécurité renforcés mis en place par ces commerces.
Sandra Ann Demuynck a elle-même vécu une expérience traumatisante il y a sept ans, en Italie.
«Alors que je rentrais en Belgique avec une valise remplie de bijoux que je venais d’acquérir, celle-ci a été dérobée. Tous les bijoux ont disparu», raconte la grossiste d’origine belge.
Bien plus qu’une perte d’argent
«Pour un joaillier, un vol de bijoux ne représente pas seulement une perte financière. L’impact va bien au-delà de l’aspect matériel, même s’il n’est pas négligeable. Il y a un véritable sentiment de frustration et il est très difficile de s’en remettre, de reprendre son activité sans y penser», insiste-t-elle.
Après le cambriolage subi par l’un de ses confrères, Sandra Ann Demuynck a décidé de passer à l’action.
«Je ne pouvais pas rester passive et attendre des informations de la police. J’ai décidé d’agir en amont pour tenter de prévenir les vols. En matière de sécurité, les bijoutiers sont déjà bien équipés. Ils disposent d’alarmes, de vitrines blindées, de caméras de surveillance…», détaille-t-elle.
En mars dernier, elle a donc créé un groupe WhatsApp regroupant 34 de ses clients. L’objectif était d’échanger des images issues de caméras de surveillance et de signaler tout comportement suspect.
«Comme les malfaiteurs agissent souvent dans plusieurs bijouteries, partager des informations sur leurs pratiques permet à chacun d’être plus vigilant», explique-t-elle.
Deux interpellations
Au fil des mois, le groupe WhatsApp a gagné en ampleur et rassemble aujourd’hui près de 300 bijoutiers belges et luxembourgeois. Une commerçante néerlandaise en fait également partie, tout comme un policier.
Visiblement, cette coopération transfrontalière porte ses fruits, puisqu’elle a déjà contribué à l’interpellation de plusieurs auteurs de vols dans des bijouteries.
«En avril dernier, deux femmes se sont rendues dans onze bijouteries et ont commis des vols dans cinq d’entre elles. Après avoir vu leurs images circuler dans le groupe, un bijoutier les a reconnues lorsqu’elles sont entrées dans son commerce. Il les a discrètement surveillées, puis, lorsqu’elles sont reparties, il les a suivies. Il a pu identifier et signaler le véhicule dans lequel elles circulaient. Grâce à cette démarche, elles ont été interpellées», se souvient Sandra Ann Demuynck.
Elle poursuit : «Je me souviens également d’un bijoutier qui m’a appelée pour m’informer que deux personnes suspectes, déjà aperçues sur les images partagées dans le groupe, se trouvaient dans son magasin. Il a averti la police et ces individus, impliqués dans d’autres faits, ont pu être appréhendés.»
Pour la grossiste belge, cette initiative est avant tout une manière d’être utile en fournissant aux forces de l’ordre des informations précieuses sur les faits commis, les commerces ciblés et les modes opératoires utilisés par les voleurs.
«Je ne cherche pas à recevoir un trophée, mais je dois reconnaître que je suis assez fière des résultats obtenus», conclut-elle.