Le projet des «SkillsTrucks» fait halte dans les lycées du pays pour initier les élèves des filières générales aux métiers de l’artisanat.
Dans la cour du lycée Michel-Rodange à Luxembourg, un camion atypique a été installé. À l’intérieur, une dizaine d’élèves s’affairent à plusieurs activités manuelles. Menuiserie, travail du métal… Tous sont concentrés sur leur projet du jour. Cet atelier mobile a été mis en place il y a quelques semaines dans plusieurs établissements scolaires du pays. À Luxembourg, les apprentis d’un jour découvrent les métiers autour du bois et du métal, tandis qu’à Esch-sur-Alzette, les élèves font une initiation à la cuisine et pâtisserie et ceux de Diekirch apprennent le métier de coiffeur et d’esthéticien. L’équipe à bord dans ces camions est généralement composée de deux personnes : un chargé de cours et un chargé technique pour deux métiers différents. «Cela varie entre 50 minutes et deux heures pour les options, le temps est légèrement prolongé», précise Lex Wisber, chargé de cours en menuiserie.
Cette initiative a été mise en place pour la première fois par le ministère de l’Éducation nationale. L’objectif de ces camions de 90 m² appelés «SkillsTrucks» est de permettre aux élèves des filières classiques et générales de découvrir les métiers de l’artisanat. «Ce sont des activités qu’ils n’ont pas forcément l’habitude de faire dans leur parcours. Nous avons choisi ces thèmes-là car ce sont ceux qui représentent le mieux la diversité des professions de l’artisanat. Le premier objectif est de les intéresser et, pour certains, pourquoi pas d’aller plus loin et de les orienter vers une formation professionnelle dans l’un de ces domaines», explique Claude Meisch.
Car pour le ministre de l’Éducation nationale, ces professions sont porteuses d’avenir. «Avec l’intelligence artificielle, de nombreux métiers vont se transformer ou même disparaître. Mais l’artisanat, lui, ne pourra pas être remplacé par une machine (…). Il y a une pénurie d’artisans au Luxembourg comme dans beaucoup de pays européens et je crois qu’une des raisons de cette pénurie est justement qu’un grand nombre de jeunes ou un nombre trop important de jeunes n’ont plus la possibilité de faire connaissance avec ces métiers et que très souvent ils ne choisissent pas leur parcours scolaire selon leurs intérêts, leurs talents», explique-t-il. Un avis que partage Lex Wisber, chargé de cours. «En 2015, j’ai dû fermer mon atelier de menuiserie par manque de personnel. Cette pénurie, je l’ai ressentie, c’est pour ça que ce projet me tenait à cœur», indique-t-il.
«On est moins sur les écrans, ça vide l’esprit»
Dans le camion-atelier, Solal et Guillaume, tous deux âgés de 15 ans, expérimentent pour la deuxième fois les cours manuels. Ce matin-là, ils doivent poursuivre leur projet de fabrication d’un cube en métal flottant sur un socle en bois. Loin des salles de classe classiques devant un professeur, ils disent apprécier cette nouvelle activité. «C’est complémentaire des cours théoriques. On réfléchit, on a envie de venir, on se lâche un peu plus, on peut discuter entre nous», confie Solal, élève en quatrième. Des interactions sociales qu’ils n’auraient pas forcément eues pendant un cours ou à la récréation. «On est moins sur les écrans, ça vide l’esprit», poursuit Guillaume. Si les deux lycéens n’envisagent dans l’avenir que des métiers manuels, ils expliquent que ces compétences pourront leur servir dans le futur. «Quand on habite seul, on doit savoir se débrouiller, le réparer et de cette façon, on ne fait pas appel à un artisan», indique Guillaume, également élève en quatrième.
Au total, environ 400 élèves pourront chaque trimestre expérimenter ces gestes professionnels. L’organisation varie, en revanche, selon les lycées. Certaines activités pourront être proposées régulièrement, notamment dans le cadre de cours d’option au cours d’un trimestre ou de manière ponctuelle pour des cours d’orientation et de découverte.
D’autres établissements pourront à terme accueillir ces activités. Le grand public pourra également découvrir ces camions mobiles pendant les prochaines vacances scolaires de la Toussaint.