Pour le quatrième samedi consécutif, des milliers de personnes descendent dans la rue en France pour essayer de «maintenir la pression» avant une rencontre lundi avec le gouvernement et deux jours après une mobilisation d’ampleur.
«Je suis ici pour dénoncer les violences policières et le manque de réponses à nos revendications», a déclaré Emna, lycéenne de 16 ans, rencontrée à Paris sur la place de la République, d’où s’est élancée dans le calme la marche dans la capitale.
Le cortège parisien est majoritairement composé de jeunes, lycéens, étudiants, trentenaires, qui défilent notamment au son du tube de Téléphone Je rêvais d’un autre monde.
À 14 h, la mobilisation était toutefois en net recul sur l’ensemble du territoire, selon l’entourage du ministre de l’Intérieur, qui a évoqué une situation «globalement calme et maîtrisée», avec 18 interpellations, contre 27 à la même heure la semaine précédente.
«Ce n’est pas parce que les négociations doivent débuter» lundi à Matignon autour du Premier ministre Sébastien Lecornu «que la mobilisation doit se terminer», a jugé Vincent Gautheron, secrétaire général de l’Union régionale CGT, au départ de la manifestation parisienne organisée par l’intersyndicale de jeunesse (Union étudiante, FAGE, UNEF et USL) et des unions syndicales régionales (CGT, FO, FSU, Solidaires, CFDT).
«Aujourd’hui, c’est une date qui permet de maintenir la pression», a déclaré de son côté Sabrine Kharbach, porte-parole de l’Union étudiante.
Du côté de la place de la Concorde, dans le centre de la capitale, les forces de l’ordre étaient venues en nombre pour empêcher un autre rassemblement, prévu par la coordination des gilets jaunes et interdit par la préfecture de police.
En début d’après-midi, très peu de manifestants tentaient de s’y rassembler et deux porte-parole de la coordination, Benjamin Ball et Azelma Sigaux, ont été interpellés par la police, a constaté l’AFP.
Un rassemblement prévu plus tôt dans la matinée par des gilets jaunes près de la tour Eiffel n’a finalement pas eu lieu, selon les constatations de l’AFP sur place.
À Clermont-Ferrand, environ 600 personnes se sont rassemblées selon la préfecture, dans une ambiance bon enfant et à l’écart du centre-ville, où tout rassemblement était interdit.
À Lyon, les forces de l’ordre ont tiré des gaz lacrymogènes pour disperser «plusieurs centaines de personnes occupant la voie publique dans le cadre d’un rassemblement non déclaré», situé dans un périmètre du centre-ville interdit de rassemblement, a indiqué la préfecture.
Maintenir la pression
La nouvelle journée de mobilisation vise à garder de l’élan deux jours avant une conférence sociale avec les syndicats et le patronat, convoquée lundi matin à Matignon, et des rencontres avec les organisations lycéennes et étudiantes l’après-midi.
Cette conférence «permettra de présenter les réponses concrètes aux attentes des Français», a assuré le Premier ministre Sébastien Lecornu, dans un courrier adressé vendredi aux partenaires sociaux.
Les autorités veulent à tout prix éviter que se reproduisent les scènes d’émeutes et de pillages du 17 octobre.
Le dispositif massif de sécurité en vigueur depuis lors a été «reconduit», avec 70 000 policiers et gendarmes mobilisés sur l’ensemble du territoire, a annoncé vendredi le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez.
«Le risque est exactement le même que pour les samedis précédents», a-t-il souligné, appelant les préfets à «ne pas baisser la garde face à des phénomènes plus éclatés voire sporadiques dont le niveau de violence ne baissera pas en intensité».
Samedi à Paris, place de la République, la plupart des magasins étaient ouverts, avec des vitrines protégées par des planches de bois, mais, sur le parcours de la manifestation, la majorité des boutiques étaient fermées, selon une journaliste de l’AFP.
«Ne pas attendre la présidentielle»
La suite du mouvement dépendra en grande partie des réponses que va apporter le gouvernement lundi lors de la conférence sociale.
Les huit principaux syndicats nationaux ont d’ores et déjà indiqué qu’ils prendraient position dès lundi soir.
Une intersyndicale de l’éducation, rassemblant syndicats lycéens (USL), étudiants (Union étudiante, UNEF, FAGE, Fédération nationale étudiante) ainsi qu’enseignants et personnels (FSU, FO, CGT, SUD), a d’ores et déjà appelé à une journée de grève et manifestation mardi.