Des pépites et des classiques : le festival de Villerupt revient à travers une sélection de plus de 70 films pour réchauffer l’automne. Découverte.
Pour des raisons de «politique intérieure» propres à l’Italie, cette année, le cinéma transalpin n’a pas apporté son soleil, ses récits familiaux et ses paysages à couper le souffle dans les deux plus grandes manifestations cinématographiques en Europe, à Berlin et à Cannes. À Villerupt, l’organisation, du bout des lèvres, évoque sans surprendre une «austérité budgétaire» pratiquée par l’extrême droite au pouvoir, pour qui la culture, c’est connu, est un champ de bataille politique. Heureusement, depuis, le festival de Venise est passé par là avec plus d’une trentaine de productions nationales dans sa besace, et cette semaine, celui de Rome va à son tour apporter des certitudes dont profite le festival du Film italien, plus rassuré que cet été.
Mercredi, c’était donc la traditionnelle présentation de la nouvelle édition, qui démarre dans moins de dix jours (du 23 octobre au 10 novembre). En presque un demi-siècle, celle-ci pourrait se résumer à quelques chiffres qui montrent toute la dimension prise par le rendez-vous : 72 films, 250 séances sur 17 jours, six salles réparties sur quatre villes et une pelletée d’autres projections dans la région grâce au Cinémobile. Mais ce serait un peu mince vu la programmation qui, comme toujours, joue au grand écart entre les films patrimoniaux et les nouvelles voix. Sa section thématique en est un juste symbole : autour de «Mon père ce héros (?)», on trouvera le classique Ladri di biciclette (1948) comme le récent Il tempo che ci vuole (2024). Entre les deux, des questionnements sur la figure paternelle dans un pays où «le patriarcat est encore fort et violent», précise l’organisation.
Tanio Boccia, le Ed Wood italien
Pour atténuer les mœurs, le festival met à l’honneur l’icône Monica Vitti (1931-2022), et ce, jusque sur l’affiche de cette 49e édition. L’actrice n’était pas seulement la «muse» de Michelangelo Antonioni, mais aussi la «reine de la comédie» italienne comme le confortent deux œuvres au menu : Dramma della gelosia (1970) et Noi donne siamo fatte così (1971). Pour le reste, tout tient essentiellement à trois autres catégories, dont la plus prestigieuse, celle regroupant les douze films en compétition. En son sein, des immanquables : Gli occhi degli altri d’Andrea De Sica (petit-fils de Vittorio), «drame érotique» qui va pimenter la sélection, alors qu’Antartica de Lucia Calamaro va la refroidir avec un détour, plutôt rare dans le cinéma transalpin, par les glaces du pôle Nord. Enfin, Nicolangelo Gelormini, avec La Gioia, met en scène l’un des personnages forts du festival : une enseignante passionnée de littérature française et de la Juventus de Turin, soudainement attirée par un de ses lycéens.
Côte «Panorama», il y aura des habitudes : le film avec Pierfrancesco Favino, ce coup-ci dans la peau d’un professeur de tennis (Il Maestro) et la comédie italienne aux grosses ficelles, championne du box-office (Buen Camino). Et «Hors compétition», l’organisation promet des débats enflammés puisque de nombreux films, dont des inédits, abordent «des sujets sociaux», que l’on évoque, pêle-mêle, l’immigration (Nessun dolore), la maladie (Per te) ou encore les réseaux sociaux (Il profilo dell’altra). À noter que l’Amilcar de la Ville ira au Napolitain Edoardo De Angelis, invité d’honneur qui en profitera pour dévoiler Il fuoco che ti porti dentro sur un repas de Noël qui part en vrille. Pour tout ça, on ne pourra plus douter de la «vitalité du cinéma italien». À tel point que même Tanio Boccia, considéré comme le plus mauvais réalisateur des années 1960, est de la partie (Il grande Boccia).