Ion n’en était pas à son coup d’essai, mais sa tentative de braquage a échoué. Un an après son coup de bluff raté, il garde une dent contre la justice, qu’il compare au régime nazi.
«Je veux purger ma peine en Roumanie ou aux États-Unis. Ici, on se croirait en Afghanistan, en Iran ou en 1944 à Auschwitz», lance Ion après que le parquet a requis huit ans de prison ferme à son encontre. Ce Roumain de 72 ans clame être détenu illégalement au Luxembourg depuis plus d’un an et en veut aux autorités judiciaires luxembourgeoises. Il devait être jugé en juin dernier, mais le procès n’avait pas pu avoir lieu étant donné son comportement face à la 12e chambre criminelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg.
Ion avait notamment traité le président de la chambre criminelle de «motherfucker» et les policiers de «nazis» avant de réclamer vouloir rencontrer «l’ambassadeur des États-Unis ou ceux de Roumanie, de Chine, de Russie ou de Corée du Nord». Le prévenu s’étant montré intraitable et vociférant sans arrêt, le juge l’avait rappelé à l’ordre plusieurs fois avant de suspendre l’audience et de quitter calmement la salle.
Vendredi matin, on s’attendait à de nouvelles bordées d’insultes, mais Ion était relativement discipliné. Son avocate, commise d’office, avait déposé son mandat juste avant l’arrivé du prévenu et le juge a décidé de ne pas remettre le procès une nouvelle fois. Ion a donc dû plaider lui-même sa cause.
«Je n’avais pas d’argent pour manger. Je volais dans les magasins du centre-ville. Quand on a faim et soif, on ne réfléchit pas aux conséquences», a expliqué le prévenu. «Je n’ai pas attaqué les employés. Mon arme était factice. Si on m’avait donné 20 ou 30 euros, je serais parti, mais la police est arrivée.»
Le 5 mai 2025 au matin, le Roumain avait mis le Kirchberg en état de siège. Il avait tenté de braquer une agence de la BIL. Une partie du quartier autour de l’avenue Kennedy avait été bouclée par la police et l’agence avait été évacuée jusqu’à l’arrestation du septuagénaire qui, s’il n’avait pas réussi son coup, avait créé la panique avec un pistolet et une bombe factices.
Ion, qui n’en était pas à son coup d’essai, avait pensé à tout sauf au fait que l’agence choisie était une agence «cashless», sans argent. Le prévenu a déjà été condamné en Écosse, en Angleterre et en Suisse pour des tentatives de braquage de banque avec le même mode opératoire à des peines de prison de 6, 4 et 2 ans.
Un but «crapuleux»
Un taxi l’avait déposé devant l’agence bancaire peu après 9 h. «Il a sorti un pistolet et un boîtier qu’il a posé sur le comptoir», témoigne Carole, encore toute chamboulée à l’évocation des faits. «Il refusait de croire que nous n’avions pas d’argent liquide à l’agence. Il répétait qu’on devait lui donner de l’argent, sinon j’allais mourir.»
Le responsable de l’agence, qui avait d’abord cru à un exercice, confirme. «Je ne l’oublierai jamais», indique-t-il. Ion l’aurait menacé lui et son équipe en criant : «Give me the money or you die!» en pointant son arme qui était une petite perceuse camouflée par du ruban adhésif de couleur noir.
«Il parlait à sa montre dans une langue que je ne comprenais pas et il nous a expliqué qu’un complice l’attendait à l’extérieur» et qu’il avait une bombe, poursuit le témoin qui a essayé de jouer la montre jusqu’à l’arrivée de la police. «Le braqueur a menacé de me tuer en premier. Ça a duré une dizaine de minutes, mais j’ai eu l’impression que ça avait duré deux heures.»
Le personnel de la banque a cru en la supercherie mise en place par Ion. Son coup de bluff n’a cependant pas été payant. Le parquet l’accuse de tentative d’extorsion «par la force» à l’aide de menaces de mort ou de faire exploser le bâtiment. Le tout dans «un but crapuleux» et «strictement utilitaire».
Un expert psychiatre a décelé une «personnalité antisociale» qui n’empêcherait pas Ion d’être jugé quelles que soient ses élucubrations. En toute fin d’audience, alors qu’il était invité à s’exprimer une dernière fois, il a accusé les autorités judiciaires de lui avoir «injecté un produit au lendemain de son arrestation» qui aurait des répercussions sur sa santé.
«Je constate que vous n’avez aucun remords, aucun regret et aucune empathie envers les victimes», a noté le président avant de clore l’audience par un «Un point c’est tout» empreint de majesté.
Le prononcé est fixé au 19 novembre.